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Conclusion.

Dans cette étude sur Fontenelle nous avons vu que cet auteur, après avoir marché d'abord dans une fausse voie, a évolué ensuite avec son siècle et s'est plongé dans cette “Querelle " qui avait pour but d'immoler le passé à l'avenir; il a contribué, par ses raisonnements, à inculquer, dans les esprits la foi au progrès incessant de l'humanité. Les partisans de l'antiquité n'avaient pas compris que quand il s'agit de chefs d'euvre 'classiques où l'imagination pure domine on peut les admirer toujours, et que quand il s'agit au contraire, d'ouvrages scientifiques, il est logique que les plus récents, enrichis de nouvelles découvertes doivent être supérieurs aux anciens.

Dans son rôle de vulgarisateur nous avons vu que Fon-.. tenelle possédait ce qui est nécessaire pour être agréable et utile: une intelligence prompte, pas trop de profondeur, car cela aurait rendu la science aride et inaccessible au grand public, et la hardiesse nécessaire pour oser présenter des idées nouvelles ou peu connues. De même qu'il comprend facilement ce qui est juste et vrai il trouve en i même temps les expressions les plus claires pour convaincre

les esprits. Il est supérieur en cela à certains vulgarisateurs superficiels qui ne savent pas grand'chose et qui donnent sans clarté une quantité de notions inexactes. Il popularise la science en la mettant à la portée de tout le monde; il en fait comprendre la grandeur et l'utilité, il fait par ses Eloges aimer et estimer les savants.

Il est même resté un peu à la surface des sciences, mais il n'explique que ce qu'il sait très bien sans aucune inexac

titude et sans pédantisme. ; Il a su donner à la société de son temps ce qui lui était nécessaire: le goût de la science, après avoir secoué le · joug de l'autorité.

La religion que par prudence il n'attaqua pas directement, eut en lui un adversaire par son penchant à ne vouloir accepter que ce que sa raison expliquait. Sans doute par un sentiment qui lui était naturel il ne croit. pas que l'homme soit abandonné à soi-même, mais qu'il est, comme tout l'univers, l'ouvrage d'une volonté supérieure, c'est-à-dire de Dieu. : Somme toute il ne fut qu'un écrivain ingénieux, élégant, et sans être un de ces grands génies qu'il a si bien compris, et je dirais presque décomposés pour les mettre à la portée des esprits communs, il est une intelligence de premier ordre.

Il fallait en effet de grandes connaissances pour savoir apprécier plusieurs générations de savants: astronomes, mathématiciens, philosophes, naturalistes, chimistes, médecins. Mais l'intelligence et les connaissances ne suffisent pas à un auteur pour passer à la postérite, s'il ne laisse aucune trace de son génie dans quelques cuvres vraiment originales.

De son temps il fut si admiré et si populaire qu'il reçut dès son vivant de grands honneurs, et lors de sa mort on lui débita les éloges qui ne sont réservés d'ordinaire qu'aux plus grands génies.

Quelque temp après il se fit autour de son mon un silence profond.

Le bruit et l'éclat que font en France et en Europe les précurseurs de la Révolution française ont fait oublier cet auteur discret qui prélude pourtant aux grandes hardiesses du siècle philosophique. Les convulsions de cette Révolution et même celles de l'Empire ont fait oublier pendant plus d'un siècle le nom de Fontenelle.

De nos jours il nous et possible d'envisager avec plus de sérenité l'époque où vivait cet auteur et l'intérêt de son cuvre. Nous pouvons l'apprécier et voir son véritable mérite: celui d'avoir été le plus parfait intermédiaire entre les gens du monde et les savants, et d'avoir contribué à répandre le goût et le besoin du savoir et de la vérité.

FIN.

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