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“Muor giovane colui che al cielo è caro”.

"Si ceux-là sont aimés des dieux qui meurent jeunes - dit le spirituel auteur (1) d'un ouvrage sur Fontenelle Fontenelle n'a pas eu les sympathies de la divinité puisqu'elle l'a laissé sur terre près de cent ans ”. Cet écrivain n'eut pas à se plaindre à la divinité de sa longue vie, puisque c'est à elle qu'il doit sa renommée. Il doit sa gloire au fait d'avoir eu son existence partagée entre les deux grands siècles de la France: le siècle classique et le siècle philosophique et scientifique.

Comme par sa longue vie il appartient au XVIIe et au XVIIIe siècle il forme en quelque sorte le lien entre l'un et l'autre.

À la fin du XVIIe siècle il montre déjà un penchant pour les goûts et les préoccupations du XVIIIe.

(1) A. LABORDE MILAÀ. Fontenelle. 1905. (Librairie Hachette).

Si Fontenelle n'est en général pas apprécié comme littérateur à cause de son faux goût, de son penchant pour le bel esprit et aussi à cause de sa préciosité il est cependant grand et il annonce, sans être lui-même un géant, cette génération de grands penseurs du XVIIIe siècle auxquels il a ouvert des horizons inconnus en s'engageant dans la vulgarisation scientifique où jusque là personne ne l'avait précédé. "?

Témoin des révolutions de l'esprit humain accomplies dans cet intervalle de temps, et auxquelles il a pris lui-même une part active, il a le mérite incontestable d'avoir le premier rendu populaire en France la science et la philosophie.

Dans cette voie il à déployé la force et la finesse de son esprit. Son style n'est certes pas irréprochable mais les agréments qu'on trouve dans son esprit ont contribué à propager la lumière et à répandre le goût de la raison et du savoir.

Homme spirituel qui connaît l'art d'intéresser et de communiquer d'une manière élégante, Fontenelle fut l'oracle de ces salons du XVIIIe siècle, qui occupent tant de place dans l'histoire car ils étaient les foyers intellectuels de cette puissance nouvelle qui allait devenir formidable: l'opinion publique.

Il est l'homme du monde le plus propre à servir d'intermédiaire entre l'aride érudition des savants et le public désireux d'apprendre, de posséder les sciences d'une manière claire et facile.

Puisqu'il est incapable de se consacrer absolument à une science et d'y vouer tout l'effort de son intelligence, il s'applique à les connaître toutes et à expliquer aux autres ce qu'il a le mieux compris.

Je ne m'occuperai pas de Fontenelle bel esprit, je ne le suivrai que dans la voie qui lui a donné la célébrité la plus légitime; dans la voie où il a été suivi par d'autres écrivains, et surtout par un littérateur qui a eu une grande influence sur la société élégante du XVIIIe siècle italien, comme vulgarisateur. C'est le comte Francesco Algarotti, qui, inspiré par l'ouvrage de Fontenelle, songea à développer devant une foule avide de connaissances scientifiques le système newtonien.

Grâce à la beauté et à la simplicité de leur style Bernard le Bovier de Fontenelle et Francesco Algarotti surent faire goûter à la société d'alors les attraits des sciences et de la philosophie. · Les gens du monde ont envers ces agréables et doux philosophes un devoir de reconnaissance car ils leur ont rendu faciles les connaissances utiles en les leur présentant dépouillées de cette aridité qui est inséparable de la science.

VIE - INFLUENCE DU XVIIE SIÈCLE SUR L'ESPRIT

DE FONTENELLE - SES RELATIONS AVEC
LES CORNEILLE.

Bernard le Bovier de Fontenelle était fils d'un avocat de Rouen, François le Bovier, qui s'entendait en belles lettres mais qui était un esprit sec et un caur triste, et de Marthe Corneille, âme douce et catholique fervente. C'était une sœur des deux Corneille, et Thomas était lié avec elle d'une tendre affection.

Fontenelle naquit en 1657, au milieu du siècle de Louis XIV. Selon le désir de son père il étudia le droit mais il n'avait aucun penchant pour le barreau.

En 1674, avant de faire son droit, il était allé chez son oncle Thomas Corneille, qui était aussi son parrain, pour y passer quelques mois. Il avait voulu visiter Paris qui était le rendez-vous des beaux-esprits desquels il aspirait de faire partie à d'autres titres que celui de neveu des deux Corneille.

Le siècle de Louis XIV avait déjà produit à cette époque la plupart de ses chefs d'œuvre poétiques. On attendait ancore “Phèdre” et “Athalie” et une partie des “Fables” de La Fontaine.

Molière était mort depuis un an. Le grand Corneille n'était plus qu'un fantôme du passé, assez malheureux de survivre à sa gloire.

Le bel esprit et la préciosité qui avaient été combattus par Racine, Boileau et Molière reviennent par réaction dans la seconde moitié du XVIIe siècle vers 1680. Les succès du monde étaient désormais du côté de ceux qui s'alambiquaient le cerveau. Pour réussir dans les ruelles il fallait faire une provision abondante de bel esprit, de pointes et de galanterie; c'est à quoi songea le jeune normand qui, retourné à Rouen, prit sa robe d'avocat, se hâta de perdre son premier procès et sous prétexte que sa poitrine était trop faible, ce qui du reste était vrai, il quitta le barreau pour se faire homme de lettres.

Son oncle, Thomas Corneille, l'encouragea dans cette décision par les éloges bien exagérés d'ailleurs desquels il accompagna les premiers essais de son neveu et qu'il inséra même dans le “ Mercure Galant” dont il était rédacteur avec De Vizé.

Thomas Corneille voyait entre lui et son neveu une certaine analogie de goûts et de penchants qui lui faisait espérer d'avoir en lui un continuateur de la tradition poétique de famille.

Les petites pièces que Fontenelle écrivit entre 1677 et 1678 sont: 1?“Amour noyé”, le “Ruisseau aimant de la prairie", et une “Poésie sur ce que Monsieur le Prince ne vit que de lait” furent publiés par le “Mercure Galant” qui, en présentant aux lecteurs ľ “Amour noyé”, le faisait précéder de l'avis suivant: “ Ces vers sont de M. de Fontenelle qui, à l'âge de “vingt ans a plus d'amis qu'on n'en a d'ordinaire à

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