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tableau du maître flamand et qui doit remonter à l'époque même de Descartes. Or ce tableau a son histoire que nous devons conter brièvement.

En 1612, M. de la Touchelaye, parent de Descartes et l'abbé Picot, sonintendant pour les affaires domestiques, se rendirent en Hollande auprès du philosophe. En souvenir de leur voyage, ils rapportèrent un portrait de leur ami commun. A la vue de cette figure, alors dans toute sa fraicheur, une dame de Tours, Mme de la Ménardière, au rapport d'un biographe, se sentit prise d'une soudaine affection pour le savant qu'elle n'avait jamais vu. Ce sentiment prit assez de développement pour que l'amante de Descartes en effigie fut l'objet des conversations. Elle ne s'en défendait nullement, racontet-on, et jusqu'à sa mort, arrivée en 1680, elle garda un culte fidèle à son illustre préféré. On a lieu de croire que le tableau du Musée de Tours est celui-là même qui fut rapporté par les deux voyageurs et qui captiva si fort notre tourangelle.

Mais la capitale de la Touraine nous offre des témoignages bien autrement manifestes de son admiration pour Descartes. En 1852, sur l'initiative de la Société archéologique de Touraine et à l'aide d'une souscription ouverte dans le département, on élevait au bord de la Loire une remarquable siatue de marbre au grand homme. Une solennité superbe accompagna l'érection de la statue qui eut lieu le 11 septembre 1832. Le philosophe est représenté le regard un peu incliné et dans l'altitude de la méditation ; sa main droite tient un livre; il porte le manteau sur son habit et a l'épée au côté. A ses pieds, sont des livres, des instruments d'astronomie et de géométrie. Sur le piedestal on a gravé la célèbre pensée qui sert de base à sa philosophie : Cogito. ERGO SUM. Cette statue est l'œuvre de M. de Niewerkerke, alors directeur des Beaux-Arts.

Il est à peine besoin de faire remarquer que nous

Bulletin archéologique, t. XI.

n'avons pas entendu exposer l'iconographie complète de Descartes. La solennité du Centenaire nous a fourni l'occasion de redire à grands traits ce que le crayon, le burin et le ciseau ont tenté pour glorifier et perpétuer le souvenir du grand homme. Nous espérons avoir atteint notre but modeste, et nous nous estimons heureux d'avoir pu consacrer ces quelques observations à rappeler ce que les arts ont fait pour notre illustre compatriote, dont la mémoire sera d'ailleurs plus durable que le marbre et l'airain — ere perennius.

L. BOSSEBOEUF.

DISCOURS

POUR LA

CLOTURE DU CENTENAIRE DE DESCARTES

Prononcé par M. l'abbé L. BOSSEBOEUF
Président de la Société archéologique de Touraine

(23 décembre 1896)

Mesdames, MESSIEURS, Je vous prie de ne pas trop m'en vouloir si je prends la liberté de retenir, quelques instants encore, votre bienveillante attention. Si je suivais mon inclination, je serais tenté de vous laisser sous le charme — combien doux – de ce que vous avez entendu à l'honneur de Descartes ; mais, je le sens, j'ai un devoir impérieux à remplir et mes scrupules doivent s'effacer devant l'obligation que j'ai contractée en vous conviant à rendre hommage au génie et à l'æuvre de notre grand compatriote.

Je voudrais posséder la langue si noble et si pure du Maitre pour remercier ceux qui ont contribué à l'éclat du Centenaire de René Descartes.

Je salue tout d'abord la famille de l'éminent philosophe, justement fière des liens qui la rattachent à celui qui est et demeurera l'une des plus hautes personnalités de l'histoire. Ce salut je l'adresse aux membres de la famille qui sont ici présents, à ceux qui nous ont exprimé le regret de ne pouvoir venir, et, d'une façon particulière, à ceux qui, héritiers du goût de Descartes pour les voyages — le livre illustré par excellence — visitent à cette heure les plages, si délicieuses et si riches en souvenirs, de l'Algérie et de l'Egypte 1.

J'envoie tous nos remerciements à la France du Nord, à l'Empire de Russie qui, par l'organe de sa seconde capitale, de Moscou, a célébré solennellement le troisième centenaire de Descartes ?.

Je n'ai garde d'oublier la belle ville de Prague qui a montré, par ses fêtes, qu'elle se souvient du séjour et de la mémoire du Maitre.

J'unis dans une même pensée, dans une même expression de gratitude, le noble royaume de Scandinavie, qui entoure le tombeau de Descartes du culte fidèle et impérissable que nous gardons religieusement à son berceau. Ces sentiments, à qui pourrions-nous mieux les transmettre qu'à M. le Ministre plénipotentiaire de Suède qui a accepté, de grand cour, de faire partie du Comité d'honneur ? « Le souvenir que votre éminent compatriote a laissé en Suède est ineffaçable, nous écrivait-il, et je considère comme un insigne honneur d'avoir été appelé à rendre, avec vous, hommage à la mémoire d'un des savants les plus illustres, à un des fils les plus dignes de la France. »

J'ai prononcé le nom auguste de la France. Une fois de plus la France s'est montrée absolument digne de son glorieux enfant. Nous sommes heureux d'avoir à remercier M. le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts d'avoir accepté la présidence d'honneur de la solennité du Centenaire de Descartes.

Notre reconnaissance monte, vive et indéfectible comme la mémoire de Descartes, vers le poète éminent entre tous, vers M. Sully Prudhomme dont le génie, formé de tous les rayons de la science et de tous les charmes de la poésie, a transformé cette solennité en une fête nationale. Le savant illustre, que nous fêtons, méritait bien d'être chanté par le Lucrèce de la philosophie moderne, et notre âme gardera ineffaçable l'impression des mâles accents de cette lyre dont les échos se prolongeront à travers les Deux-Mondes. – J'ajoulerai de suite un remerciement tout particulier pour M. Barbier, l'historien distingué qui représente ici la savante Société des Antiquaires de l'Ouest et qui se prépare, nous le savons sans être jaloux, à revendiquer les droits légitimes du Poitou sur les lointaines origines de la famille Descartes.

I MM. J. et René de Marcay ont été empêchés par un voyage en Afrique de prendre part aux fêtes du Centenaire.

2 Voir en appendice une relation de M. le Président de la Société Psychologique de Moscou.

J'ai hâte d'arriver aux compatriotes du grand homme. Et ici, comme il convient, je réunis dans un même témoignage de gratitude M. le préfet, M. le président du tribunal civil et M. le maire Tours, dont la bienveillance nous a permis de transformer cette belle salle du Palais de Justice en une sorte d'Athénée, bien faite pour honorer le grave penseur qui appartenait à une famille de magistrats. Je n'oublierai pas Mer l'archevêque qui, après avoir accepté de faire partie du Comité d'honneur du Centenaire, à tenu à rehausser le caractère de cette soirée par sa présence.

J'adresse des remerciements tout spéciaux à M. le général commandant le 9e corps, qui s'est empressé d'accorder l'appoint de la musique du 66° régiment d'infanterie, dont nous avons tant apprécié le délicieux concours. D'ailleurs, l'armée n'a-t-elle pas été représentée à cette solennité par une brillante assistance d'officiers, qui gardent pour devise le beau vers du poète antique : Labor improbus omnia vincit. « Le travail opiniâtre prépare et assure toutes les victoires ! » La Presse, à son tour, a bien mérité de Descartes, et je la remercie de l'appui qu'elle nous a prêté avec tant de bon vouloir et d'einpressement.

Enfin, je remercie vivement tous ceux qui ont colla

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