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A la partie inférieure on lit : F. Hals pinxit. J. Suijderhoeff sculpsit. P. Goss excudit.

A côté du tableau de Hals et de ses copistes, il y eut comme un autre courant parallèle qui a produit divers portraits de Descartes d'un caractère différent pour l'expression des traits et pour le port des vêtements. Un des admirateurs et amis de Descartes était le hollandais François Schooten, professeur de mathématiques à l'Université de Leyde. Ce savant résolut de publier une traduction des cuvres de Descartes et de placer en tête un portrait du maitre qu'il grava de sa propre main, d'après nature. René est représenté de trois quarts avec un habit brodé, le regard de côté et assez sévère. Autour du médaillon, on lit: RENATUS DES CARTES, DOMINUS DE PERR, NATUS HAGÆ TURONUM ANNO MDXCVI, ULTIMO DIE Martii. Dans le cadre, il y a : Franciscus a Schooten pr. mat. ad vivum delineavil et fecit anno 1644. Un autre disciple de Descartes, Constantin Huyghens, dit M. Zuitlichem, père du célèbre Chrétien Huyghens, et l'auteur d'un poème en l'honneur de la philosophie cartésienne, composa les vers suivants pour être placés audessous du portrait :

Primus inaccessum qui per tot secula verum
Eruit è tetris longæ caliginis umbris,
Mysta sagax, Natura, tuus sic cernitur orbi
Cartesius. Voluit sacros in imagine vultus
Jungere victuræ artificis pia dextra fanæ
Omnia ut aspicerent quem sæcula nulla tacebunt.

CONSTANTINI Hugenii F. Y.

Ce portrait puise un intérêt tout particulier dans ce fait que Descartes l'a connu et a dit sa pensée à ce sujet. Schooten ayant fait parvenir une épreuve au philosophe en lui manifestant son intention de mettre la gravure en tête d'un volume des ouvres de Descartes, celui-ci écrivit au mathématicien-graveur de Leyde en ces termes : « Pour le pourtrait en taille douce, vous m'obligez plus que je ne mérite d'avoir pris la peine de le graver, et je le trouve fort bien fait, mais la barbe et les habits ne ressemblent aucunement. Les vers sont aussi fort bons et fort obligeants; mais puisqu'ils ne satisfont pas assez leur autheur, j'approuve extrêmement le dessein que vous m'avez dit que vous aviez de ne vous point servir du tout de ce pourtrait, et de ne le point mettre au devant de vostre livre. Mais en cas que vous l'y voulussiez mettre, je vous prierois d'en oster ces mots Perronii toparcha, natus die ultimo Martii 1596. Les premiers pour ce que j'y ai aversion pour toutes sortes de titres; et les derniers, pour ce que j'ay aussi de l'aversion pour les faiseurs d'horoscope, à l’erreur desquels on semble contribuer, quand on publie le jour de la naissance de quelqu'un 1. »

Parmi les portraits qui sont plus ou moins inspirés de celui de Schooten, on compte une gravure de la seconde moitié du xviie siècle, sans signature d'artiste, dont la légende porte: René Descartes, seigneur de Perron, naquit l'an 1396 et mourut l'an 1650 en Suède, la Royne l'ayant fait venir auprès d'elle à cause de son ercellent sçavoir dans les sciences. — Dans ce même ordre d'idées, nous citerons un portrait gravé après le transfert à Sainte-Geneviève à Paris, bien qu'il ne soit pas de bonne facture. Il porte l'indication: F. Jollain excudit, rue Saint-Jacques à la ville de Cologne. Il offre ceci de particulier que, suivant une mention mise au bas du portrait, il a été « gravé sur le dernier tableau peint à Stockholm en 1650.» — Nous signalerons encore une réduction de la gravure d'Edelinck, audessous de laquelle on Jit: René Descartes, en 1596, mort en 1650.

Après la mort du grand philosophe, les Hollandais firent frapper une médaille en son honneur. Elle est conservée dans les principaux cabinets d'Europe. Au droit, est la figure de Descartes d'après le tableau de Hals avec la légende RENATUS DESCARTES. Nat. Hag. TUR. MORT. IX. Suc. 1650. Le revers représente un soleil qui éclaire de ses rayons le globe, avec les mots SECULI LUMEN. Au centre sont gravés à l'adresse du Maître huit vers d'éloge en langue hollandaise, que nous reproduisons :

i Lettres de Descartes, t. III, I. CXVII.

Dit pronk jurveel bevat
Helwereliswonder, dat
Natuurs verborgentheden
Door polsten en ontleden
Op't spits vansynverstand
Nu raaskald griekenland
En'lafgesloof de Romen
Bromtharsenloss dromen.

Cette inscription célèbre « le merveilleux ouvrage du Maître qui sonda les mystères de la nature à laquelle, à force de recherches et d'analyse, la pénétration de son génic a arraché les secrets de façon à étonner l'antiquité tout entière. »

Au xviie siècle, on trouve encore un portrait en ovale, de trois quarts, non signé, d'après Hals. On lit au dessous, dans un cartouche de feuillage : RENÉ DES-CARTES, SEIGNEUR DU PERRON, à Paris, che: Crépy, rue Saint-Jacques, au Lion d'argent. Le socle porte: « Cet illustre philosophe et mathématicien est né à La Haye en Touraine; après avoir porté les armes en Allemagne el en Hongrie, il s'est retiré en Hollande où il a emploié 20 ans aux excellents ouvrages qui lui ont acquis une si grande réputation. La Reine Christine de Suède l'ayant appellé à sa cour, il y est mort à Stockolm en 1650, âgé de 51 ans, son corps a esté apporté à Paris à Sainte-Geneviève du Mont. »

Une autre gravure du xviLo siècle, ovale médiocre, a pour légende tout autour : Renatus Discartes (sic) nobilis gallus Peroni dominus summ' mathem. Nalus Hage 1590 (sic) denatus Ilolmii 1650. » « Au dessous sont les deux vers:

Nobilis ingenio est si quisquam ut gente RENATUS
Hic est DE CHARTis alter Aristoteles.

Ce portrait est signé l. j.; peut-être s'agit-il de Louis Jacob, graveur au buria, né à Anvers 1600, et élève de Soutman.

Le xviie siècle n'a pas manqué de reproduire les traits de Descartes. C'est d'abord une gravure en médaillon, avec la légende: René Descartes et la signature F. Hals pinxit et R. Vinkeles sculp. Rénier Vinkeles est né à Amsterdam en 1741 et mort dans la même ville en 1816. – A la fin de ce siècle on fit une gravure en couleur, d'ailleurs assez peu ressemblante, portant la signature: Sergent del 1791. M. de Cernel, sculpt. Au dessous sont les armes du philosophe avec l'inscription : « René Descartes, chev' seigneur du Perron, né à La Haye en Touraine le 31 mars 1596, mort à Stockolm le 11 février 165C ». — « A Paris chez Blin, imprimeur en taille-douce, place Maubert, n° 17, vis-à-vis la rue des 3 portes. A. P. D. R. » Le Perron que Descartes possédait est sur la commune d'Availles en Poitou. C'est une maison ancienne offrant des signes de vétusté. L'habitation se compose, au rez-dechaussée, d'une grande pièce attenant à des servitudes: grange, cellier et écurie. Il y a au-dessus une grande chambre, de même dimension et basse d'étage et, à côté, un petit cabinet de travail. La terre, qui a une dépendance de 9 hectares, fut vendue 15.000 francs il y a une quarantaine d'années. Ce fief relevait de la Tour a 'Oyré, château situé à 300 mètres environ du Perron.

Dans la suite et de nos jours on a gravé une série de portraits du philosophe, inspirés en général par le tableau de Hals. Nous n'en citerons que quelques-uns. Tout d'abord un petit médaillon sur lequel on lit : « Dessiné d'après le portrait original de Franc-Halls qui est au musée royal et gravé par Ambroise Tardieu ; » puis : « René Des-Cartes, cher seig' du Perron, mathématicien, philosophe et physicien, né à La Haye en Touraine (Indre-et-Loire) le 31 mars 1596, mort à Stockholm le 11 février 1650. » — Un autre pelit portrait avec la légende : « René, publié par Blaisot. » — Une bonne gravure ovale avec la légende : « René Descartes, chevalier, seigneur de Péron » – « à Paris chez Rapilly – Duhamel sculpsit. » — Une autre gravure sans cadre, signée : « L. Butavand sculp., 1835. « Enfin, le portrait, que M. Mame nous a gracieusement prêté et qui figure en tête de ce volume, est dû au graveur Gusmand. Le ciseau n'est pas demeuré en retard sur le burin pour reproduire les traits de Descartes. Nous citerons, en particulier, le buste qui surmonte le tombeau exécuté à Stokholm par Sergel, le plus grand sculpteur suédois et élève du statuaire français L'Archevêque; le buste qui ornait la partie supérieure du mausolée de Descartes à Sainte-Geneviève de Paris, et dont les restes sont au Musée de Versailles ; et la belle statue, exécutée par Pajou, que l'on remarque à l'Institut. Nous rappellerons aussi le buste du Louvre et les deux statues de Descartes à La Haye et à Tours, la première en bronze et la seconde en marbre.

Nous voici revenus sur les rives enchanteresses de la Loire. Descartes aimait la capitale de la Touraine où il se plaisait à venir saluer ses amis à chacun de ses voyages en France. Aussi Tours n'a pas cessé de payer le philosophe de reconnaissance pour cet attachement de toute sa vie. Sans parler de la mémoire de ses amis, tels que MM. de la Touchelaye, de Crenan et d'autres, chez lesquels il descendait, nous nous arrêterons de préférence au souvenir qui s'attache à l'un des tableaux du Musée de la ville. Des dessins de Drouais, des toiles de Boucher, des aquarelles de Lenfant et surtout deux tableaux de Mantegna -- connu de tous les amis des arts – méritent certainement de fixer l'attention ; mais, pour l'heure, nous allons droit à un portrait, lequel, à première vue, n'offre rien de captivant. Il s'agit d'un portrait de Descartes d'une facture bien personnelle ; c'est, sinon un original, du moins une bonne copie du

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