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achevée le 1er octobre 1785. Cette dépense sera supportée par toutes les maisons des rues éclairées, sans exception de personnes même privilégiées ou exemptes. Cinq notables sont désignés pour arrêter, d'accord avec la municipalité, le plan d'établissement et l'assiette de l'imposition au marc la livre du loyer imposable.

Dès le 5 janvier 1785, protestation des députés de l'Eglise Métropolitaine et du Chapitre de Saint-Martin; ce dernier rappelle qu' « ayant droit de haute justice, police et voirie dans son cloître, il a, en conséquence, le droit de pourvoir par lui-même à la sûreté, au bon ordre et à la commodité des habitants ». Il « illuminera » lui-même et s'oppose, en attendant, à toute imposition pour les maisons ou les habitants de son cloître. L'archevêque, Mar de Conzié, accepte le principe de l'imposition aussi bien que les autres Chapitres et Corps constitués ; on passe donc outre et, le 28 avril, un traité est consenti avec un sieur Sangrin, qui « se charge de l'entretien du matériel pendant vingt ans, à raison de 24 livres 10 sols ». Les réverbères appartiendront à la ville. Mais, devant une protestation du Chapitre de SaintGatien, on décide qu'il en sera référé au Conseil du roi lors de l'établissement de l'imposition ; en attendant, le traité Sangrin pour le prix de 24 livres est définitivement approuvé le 27 mai, et, le 9 juin, on dresse le rôle et on commence l'évaluation des loyers des maisons en y comprenant même les couvents. Malgré l'opposition qui ne désarme pas et les charges dont la ville est grevée, l'Intendant invite le Corps municipal à passer outre. Toutefois, le 10 janvier 1787, rien n'était encore fait: les cahiers des maisons à imposer n'étaient même pas achevés, on décida de les remettre au sieur Mingot chargé des recouvrements municipaux. Il avait été entendu que, par mesure d'économie, « on illuminerait » seulement du 1er octobre au 31 mars. Le 23 avril, tout est prêt, au dire de Sangrin qui est invité à terminer l'installation pour le 1er octobre, et dès le 23 mai

un marché est passé avec un serrurier pour la fourniture des boîtes, barres et consoles.

Nouvelle délibération le 15 août 1787 ; le Corps de ville porte à 304 le nombre des réverbères, ce qui donnera 707 becs ; l'imposition atteindra 16.968 livres et, pour l'établir, une demande d'autorisation est adressée au roi avec mémoire à l'appui. Ceci provoque au mois de septembre l'opposition des Chapitres de Saint-Gatien et de Saint-Martin bientôt suivie de celles des Corporations de marchands, fabricants et drapiers auxquelles se joint même le lieutenant de police ! C'est une pluie de mémoires. Le Conseil de ville décide « qu'aucun Corps « ne pouvant arrêter l'exécution de délibérations prises « par le Corps municipal et les Notables, l'autorisation « du Conseil du roi n'étant utile que pour l'imposition « seulement, on allumera, nonobstant l'opposition ».

Pendant ce temps, on répandait en ville un libelle calomnieux pour l'Administration et, le 6 octobre, paraissait un ordre du lieutenant du police prohibant « l'illumination ». Le 7, les opposants adressaient un mémoire au Conseil du roi. Il est assez curieux pour être cité. Il y était dit que, la ville ayant aujourd'hui « quatre à cinq fois moins d'habitants qu'autrefois, « c'est-à-dire 20.000 au lieu de 80.000, elle était « presque déserte et avait peu de mouvement durant « le jour et point du tout la nuit; que, dès lors, les « lanternes serviraient encore mieux les voleurs que « la clarté de la lune. Le libertinage, déjà si répandu à « Tours, se répandra encore plus à la lumière des « réverbères à l'instar de Paris, lumière obscure qui

inspire encore plus l'impudence que la honte. Le « commerce à Tours n'a pas besoin du temps de la « nuit, puisqu'il ne remplit même pas la durée du jour.» Ce mémoire était signé par les syndics des corporations. Parmi les principaux fabricants figurent les Roze, les Pillet, les Viollet, les Jahan, les Champoiseau, les Lesourd, etc.

Le 7 novembre 1787, nouveau mémoire des opposants ; le Corps municipal reconnait lui-même, dit-on, que la ville a contenu autrefois 120.000 habitants et que la sécurité publique y était assurée sans le secours des lanternes. On réédite, en somme, les mêmes arguments en ajoutant cependant que, « vu la misère extrême, un « quart des habitants est réduit à l'aumône »,

qu'il fallait consulter la généralité des habitants, etc.

A ce mémoire, le Corps de ville riposte, le 24 novembre, par un autre accusant les Chapitres de mener la résistance et de tout faire pour éviter l'évaluation de leurs propres terrains, signalant en outre parmi les opposants des commerçants qui, en 1783, ont signé la demande d'illumination. Il propose de prendre aux frais de la ville seule l'éclairage des rues communes à la ville et aux cloîtres. D'ailleurs, que l'on se réfère à l'édit de juin 1697 portant que, « dans les principales « villes, il sera établi des lanternes et enjoignant aux « intendants de procéder, avec le maire, aux états de

répartition au marc la livre de la valeur des maisons « suivant la valeur des baux, à quelques personnes « qu'elles appartiennent, ecclésiastiques, bénéficiaires « ou autres ». A l'appui de la réponse, le Conseil municipal citait une vingtaine de grandes villes munies d'un éclairage suffisant.

Le 6 décembre 1787 paraissait enfin un arrêt du Conseil d'Etat qui, sans s'arrêter à la défense du lieutenant de police, ordonnait enfin « l'illumination » des rues. En conséquence, il déboutait les Chapitres, les Syndics des fabricants et marchands merciers et autres Compagnies d'arts et métiers de leur opposition. La querelle était donc finie après plus d'une année de chicanes de toutes sortes.

Résumé d'après les notes de M. H. Faye.

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NOTE SUR UN ENDUIT GALLO-ROMAIN

PROVENANT DE SAINT-MARTIN

(Lue à la séance du 30 novembre 1897)

Messieurs, vous avez bien voulu entendre, au cours des séances de l'hiver dernier, la lecture d'un mémoire que j'ai intitulé Revue rétrospective des discussions archéologiques concernant, depuis 1880 jusqu'à ce jour, les fouilles pratiquées autour du tombeau de saint Martin.

Au cours de cette lecture, j'ai placé sous vos yeux un fragment d'enduit, avec peinture, qualifié par moi de gallo-romain. J'avais détaché moi-même cet enduit du massif circulaire du podium sur lequel s'appuient les restes du tombeau de saint Martin retrouvé en 1860 ; j'en déduisais naturellement l'antiquité des maçonneries, du podium et du tombeau.

M. L. de Grandmaison, comprenant l'importance des conclusions motivées par l'examen de cet enduit, s'il était vraiment gallo-romain, vous engagea à le soumettre à M. le conservateur du musée gallo-romain de SaintGermain-en-Laye; je fus chargé de cette visite et de vous rapporter son avis; c'est précisément sa réponse que je viens vous communiquer.

Après l'avoir examiné avec soin, M. le conservateur m'a déclaré, sans aucune hésitation, que tout était romain dans ce fragment, mortier et peinture, et, sur ma demande, il m'a remis le certificat que je dépose aujourd'hui entre les mains de notre président, certificat ainsi conçu :

Château de Saint-Germain-en-Laye, 30 octobre 1897. « M. Stanislas Ratel m'a soumis un fragment de peinture provenant de la basilique de Saint-Martin à Tours.

Je n'hésite pas à considérer cette peinture comme romaine, et l'enduit qui la supporte comme romain. « Le conservateur-adjoint, membre de l'institut,

« Salomon REINACH. >>

Ce fragment de peinture gallo-romain devenant, dès lors, une pièce précieuse pour l'histoire du tombeau et de la basilique de Saint-Martin, je l'ai fait enchåsser avec soin entre deux plaques de verre pour assurer sa conservation, avec deux inscriptions qui le feront reconnaitre facilement.

Mes conclusions sont donc aujourd'hui que : 1° le podium circulaire trouvé dans les fouilles de 1860, autour du tombeau de saint Martin, et auquel cet enduit était adhérent, est bien définitivement gallo-romain et ne peut être attribué qu'à saint Brice et à saint Perpet, premiers constructeurs, au ivo et au vo siècle, des sanctuaires qui ont recouvert la tombe de saint Martin; – 2° que les côtés latéraux du petit caveau découvert par les chanoines de Saint-Martin, en 1636, dans l'enceinte de ce podium gallo-romain, et dont les restes ont été retrouvés une seconde fois, en 1860, par les membres de la Commission de Saint-Martin, s'appuyant encore sur la première retraite intérieure de ce podium, qui en formait la paroi du fond, et revêtus d'un enduit qui se retourne rectangulairement sur cette paroi, doivent être. comme le podium, attribués à saint Perpet, c'est-à-dire au vo siècle.

En présence de ces faits, et pour assurer la conservation de ce petit monument, aussi précieux au point de vue archéologique qu'au point de vue religieux, je propose à la Société archéologique de solliciter le classement, comme monuments historiques, de ces précieux restes et des fondations adjacentes.

St. RATEL.

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