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et la sensitive; mais entre l'âme et le corps faisant chacun effort sur la glande pinéale. Nous avons des idées innées , des idées adventices, des idées formées et conçues par la force propre de notre esprit 1. On sait que Descartes démontre l'existence du monde extérieur par la véracité de Dieu ; et que, pour expliquer l'action réciproque de l'esprit sur le corps et du corps sur l'esprit, il emploie les esprits animaux et la glande pinéale 2. Il faut remarquer que ni l'esprit ne donne le mouvement au corps, ni le corps ne donne la pensée à l'esprit. Le corps ne fait qu'exciter les pensées, qui sont virtuellement dans la faculté de penser; il n'influe que sur leur direction; elles se développent en moi à son occasion, non par son action : c'est l'origine de l'harmonie préétablie de Leibniz, qui déclare lui-même que Descartes y serait venu infailliblement s'il n'avait pas accordé aux causes secondes la direction du mouvement 3.

Les animaux ne sont que de la matière ; ils sont donc soumis aux lois de la matière, qui sont des lois mécaniques, et non à celles de l'esprit. Par conséquent ils ne sont et ne peuvent être que des automates. Un automate étant supposé parfaitement semblable à un singe, il serait impossible de les distinguer.

Le mouvement n'est point iphérent à la matière, ni aucune force quelconque; et un corps ne peut pas en mouvoir un autre. La matière dans son essence n'est que de l'étendue : elle est donc identique avec l'espace ; elle n'a donc point de

1 Cf. Troisième Méditation.

Cf. Les passions de l'ame, 42 et 43. 3 « La seconde découverte est qu'elle se conserve encore la même direction dans tous les corps ensemble qu'on suppose agir entre eux, de quelque manière qu'ils se choquent. Si cette règle avait été connue de M. Descartes, il aurait rendu la direction des corps aussi indépendante de l'àme que leur force, et je crois que cela l'aurait mené tout droit à l'hypothèse de l'harmonie préétablie, » Leibniz, Théodicée,

limites; elle ne souffre donc point de vide; enfin elle est donc divisible à l'infini ". Les lois mécaniques du mouvement de la matière font qu'elle persévère dans son mouvement ou dans son repos jusqu'à ce qu'il survienne une cause de changement 2. En outre, chaque partie de la matière tend à se mouvoir suivant des lignes droiles , comme on peut le voir par l'exemple de la fronde ; et un corps en mouvement qui en rencontre un autre perd sa direction, mais non son mouvement ?. Les tourbillons résultent de l'inertie de la matière, des lois de la direction des mouvements, et des rapports des vitesses avec la masse. Le monde peut être conçu comme une machine où tout résulte des lois du mouvement. La matière inerte et passive élant donnée avec le mouvement et ses lois, leur action mécanique produirait le monde sans l’intervention d'aucune force. La terre se meut autour du soleil.

Dans toutes ces applications de la méthode aux sciences secondes, Descartes établit nettement les distinctions, et ne résout les rapports que par des hypothèses sans réalité. Il se trompe sur la nature des substances en ce qu'il les croit passives , quant à leur développement interne, par sa théorie sur la durée; et quant à leur action au dehors, par le caraclère mécanique de son système. Il se trompe sur leurs rap

Essai sur la bonté de Dieu, part. 1, $ 61. Cf. Leibniz, Troisième lettre à Bourguest; et Malebranche, Des lois générales de la communication des mouvemenis, S 14, Remarque.

1 Cf. dans les Essais de M. de Rémusat l’Essai sur la matièrc tout entier, et particulièrement p. 299 sqq. et 329 sqq.

2 Principes, seconde partie, principes 36 et 37. Cf. Malebranche, Éclaircissement sur le sixième livre de la Recherche de la vérité.

3 Huyghens croyait avoir démontré la fausseté des règles du mouvement de Descartes; Spinoza accorde seulement la fausseté de la sixième régle, et il croit le sentiment de Huyghens aussi erroné que celui de Descartes. Consultez Spinoza, OEuvres posthumes, lettre 15, et l'excellent travail de M. Emile Saisset.

ports, par une suite de son erreur sur leur nature, en ce qu'il introduit partout un troisième terme, soit qu'il l'appelle les lois mécaniques du monde, ou que, revenant à la première forme de sa philosophie, il l'appelle la volonté de Dieu !.

CONCLUSIONS GÉNÉRALES.

Il faut considérer dans l'auvre de Descartes la fondation de l'indépendance philosophique, du rationalisme moderne ct de l'école cartésienne proprement dite.

Sur le premier point le succès a été complet. Descartes ne parut point en plein moyen age. Il vint au moment où la réforme était possible, et avec toutes les qualités d'un réformateur sérieux, la hardiesse et la prudence. Le seizième siècle, en changeant de joug, avait fait l'apprentissage de la liberté.

1 Descartes dit expressément : « Pour ce qui est du mouvement, il me semble qu'il est évident qu'il n'y en a point d'autre cause que Dieu, » Principes, 36. - Et plus loin : « De cela que Dieu n'est point sujet à changer et qu'il agit toujours de même sorte, nous pouvons parvenir à la connaissance de certaines règles, que je nomme les lois de la nature, et qui sont les causes secondes des divers mouvements que nous remarquons en tous les corps. » Ibid., 37. – Les lois de la nature considérées comme causes secondes, voilà déjà un point digne de remarque; et cependant on voit par ce passage, que Descartes, dans le fond, a toujours recours à l'action de Dieu, et met les lois de la nature dans les choses comme la marque de cette volonté divine en elles. Mais malgré cela, ou peut-être à cause de cela, il fait partout la supposition des machines; et ce sont ces suppositions, dont il fait ensuite tout dépendre, qui constituent le caractère de sa physique générale. Il faut se rappeler, à propos de l'intervention divine, ce pas. sage de Malebranche, II. : « Les hommes ne peuvent s'empêcher de reconnaitre que les créatures dépendent de Dieu; ils diminuent celle dépendance autant qu'il leur est possible, soit par une secrète aversion pour Dieu, soit par une stupidité et par une insensibilité effroyable à l'égard de son opération, etc. )

Ces vieilles et immobiles théories du moyen age, ce jargon des écoles, cette autorité inexorable qui arrêtait l'élan de l'imagination et de la science , à force d'avoir duré, finirent, commetoutes les tyrannies, par augmenter l'énergie des forces novatrices si longtemps et si durement contenues. De toutes parts se lèvent en un moment de fiers et nobles esprits, amoureux du grand style et des brillantes pensées , dégoûtés du passé, ardents pour l'avenir, ou remontant dans les souvenirs de l'humanité au delà de cette agonie du moyen âge, de cette oppression, de cette barbarie, jusqu'aux plus beaux âges de la philosophie grecque, quand Platon et ses disciples, n'aimant que le beau et le vrai, ignorés du monde et s'élevant au-dessus de lui, vivaient dans le palais de leurs pensées, dans ce temple majestueux et serein élevé par la doctrine des sages, Edita doctrina sapientum templa serena. Ce mouvement, qui décidait de l'avenir du monde, le monde n'y participait pas encore : les moines s'agitaient dans leurs cloîtres, les savants dans leurs écoles ; mais le peuple n'avait pas secoué le joug, la lumière n'avait pas brillé aux regards de tous. L'inquisition brûlait Giordano Bruno à Rome, pour inaugurer le dix-septième siècle par un auto-da-fé; Descartes vivait quand sur la place du Salin, à Toulouse, il fallut employer des tenailles pour arracher la langue de Vanini poussant des cris de bête féroce, et jetant du haut de son bûcher sa malédiction à ses bourreaux. Descartes lui-même, dans tout l'éclat de sa gloire, condamna à l'oubli, pour un temps du moins, son plus important ouvrage, quand il apprit la condamnation de Galilée; et ce grand homme, quoique copernicien à outrance, comme le dit Leibniz, fut obligé plus tard de dissimuler sa doctrine sur le mouvement de la terre et de l'envelopper dans des termes ambigus, pour éviter la persécution. Malebranche déplorait encore après lui l'autorité d'Aristote survivant dans les écoles, et se plaignait que de son temps, si l'on faisait une découverte et qu'Aristote y fût con

traire, on renonçait à sa raison et à l'expérience plutôt qu'à la foi péripatéticienne. Cependant le parti de l'autorité tombait chaque jour, et sa cause était perdue à jamais. Le Dis. cours de la Méthode, écrit en langue vulgaire, accessible à tous, et renfermé tout entier dans le scepticisme méthodique et le Je pense, donc je suis, avait opéré ce grand prodige. 11 avait mis dans le monde une lumière qui ne se pouvait plus éteindre, et accompli une de ces révolutions immenses, nécessaires, dont les résultats vont toujours croissant, parce qu'elles ouvrent à l'esprit une voie nouvelle, et le mettent en possession d'une de ces vérités qu'on ne peut, quand on les possède, abandonner sans périr.

Le triomphe du rationalisme ne fut pas aussi grand, mais il le fut autant qu'il pouvait l’étre. Descartes eut le bonheur de rencontrer deux adversaires puissants, Gassendi ct Hobbes, l'un le plus érudit et le plus habile, l'autre le plus radical et le plus conséquent des sensualistes, Il caractérisa si nettement la spiritualité de l'âme que le corps devint douteux, pon l'esprit, et que ce fut comme un problème pour quelquesuns de ses successeurs de savoir si le corps était matériel. Il ne reste rien à faire après Descartes pour la séparation de l'âme et du corps : l'autorité de la conscience distincte et séparée de la perception sensible, et mise au-dessus d'elle ; les idées innées considérécs comme le fond même et la partie positive de toutes nos conceptions, telle est en effet la base suffisante, complète, du spiritualisme ct du rationalisme. Quant à l'objection de savoir si nos idées innées ont une réalité objective, Descartes prenait ce point comme démontré par la seule considération de leur nature; et de là l'importance toute spéciale qu'il donne à sa démonstration de l'existence de Dieu par la simple conception de son essence. Les cartésiens comprenaient que l'on pût discuter sur la réalité objective des idèes factices, parce que le moi en possède la réalité éminente; mais ils n'admellaient pas de doule sur

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