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Il faut dire que les idées innées sont absolues, qu'il n'y a point d'intelligence sans principe ni de volonté sans motif, et que Dieu même est raisonnable.

Cette doctrine de Descartes à semblé si extraordinaire à Leibniz qu'il a cru devoir l'expliquer par cette autre théorie cartésienne, que nos propres jugements sont des opérations de la volonté. Si c'est volontairement que je juge que deux et deux font quatre, je puis soutenir que cette proposition dépend de la volonté de Dieu; car, de même que ma volonté libre ne pouvait ne pas juger ainsi, la nature de Dieu fait que sa volonté ne peut pas ne pas établir que deux et deux font quatre. Ainsi ce n'est qu'un changement dans la signification des termes; et Descartes n'a pas été véritablement de cette opinion, qui a tant égaré son école .

1 «Je ne saurais même m'imaginer que M. Descartes ait été tout de bon de ce sentiment, quoiqu'il ait eu des sectateurs qui ont eu la facilité de le croire et de le suivre bonnement où il ne faisait que semblant d'aller. C'est apparemment un de ses tours, une de ses ruses philosophiques; il se préparait quelque échappatoire : comme lorsqu'il trouva un tour pour nier le mouvement de la terre, pendant qu'il était copernicien à outrance. Je soupçonne qu'il a eu en vue ici une autre manière de parler extraordinaire de son invention, qui était de dire que les affirmations et les négations, et généralement les jugements internes, sont des opérations de la volonté. Et par cet artifice les vérités éternelles, qui avaient été jusqu'à cet auteur un objet de l'entendement divin, sont devenues tout à coup un objet de sa volonté. Or, les actes de la volonté sont libres : donc Dieu est la cause libre des vérités. Voilà le dénoûment de la pièce. Spectatum admissi. Un petit changement de la signification des termes a causé tout ce fracas. Mais si les affirmations des vérités nécessaires étaient des actions de la volonté du plus parfait esprit, ces actions ne seraient rien moins que libres; car il n'y a rien à choisir. Il parait que M. Descartes ne s'expliquait pas assez sur la nature de la liberté. »

(Leibniz, Théodicee, Essai sur la bonté de

Dieu, part. 1, $ 186.

Le doute méthodique, la conscience et Dieu donnent la clef de tout le cartesianisme. Il n'y a point d'autorité qui ne soit soumise au contrôle de la raison. Il n'est rien que je puisse affirmer avec plus de certitude sinon que j'existe. De cela seul que j'existe et que j'ai l'idée de Dieu, Dieu est. Ce sont les trois propositions fondamentales, toutes trois incontestables, et établies par Descartes dans le meilleur ordre et sur les meilleures preuves. Descartes établit encore solidement que mon âme, qui se connait par la conscience, se connait sous les attributs que la conscience perçoit, et se sépare de tout ce qui est corporel. Il montre bien que le monde entier dépend de Dieu, et pour être, et pour durer; mais il se trompe sur l'acte de Dieu, sur la loi de cet acte; partant, sur l'efficace des causes secondes, sur l'indéfectibilité des substances et leur activité. Son Dieu agit constamment, et non uniquement, ce qui compromet la stabilité du monde ; les lois du monde sont des lois en dehors du monde, ce qui fait du monde un automate , et introduit le mécanisme : de là la proscription des causes finales , et le nom de Dieu devenu presque inutile; de là aussi la fameuse parole : « De la matière et du mouvement, et je ferai le monde ; » dans ce monde mécanique sans cesse renouvelé, les substances et leurs modes ne dépendent en aucune façon de la persistance d'une force propre à la substance même, mais de l'action de la première force : de là la passivité des substances ; toute autre action y est niée, ou atténuée, ou accordée par déviation des principes : ainsi un corps n'agit pas sur un autre corps; l'esprit, à la vérité, agit sur le corps , mais pour en diriger le mouvement, non pour le produire ; et les mêmes raisons pour lesquelles on écarte la production devaient aussi faire rejeter la direction. En un mot, l'âme humaine y est établie, distinguée du corps, rapportée à Dieu , Dieu lui-même démontré comme cause et conservateur; mais la théorie générale des forces, et toute la doctrine des rapports est défec

tueuse. C'est pourquoi Descartes a fondé l'indépendance de l'esprit et le rationalisme; mais en même temps il a donné licu aux causes occasionnelles, à l'harmonie préétablie et au spinozisme.

SCIENCES SECONDAIRES.

La psychologie de Descartes, sa physiologie et sa physique renferment de belles applications de ses principes. Admirable dans ses erreurs mêmes, il a construit un système complet dans lequel on peut aller si aisément des principes aux conséquences et remonter des conséquences aux principes, que l'on s'y meut avec facilité, comme dans un monde bien connu et dont les rouages sont excellents. Notre âme a des actions et des passions ? ; il y a six passions principales : l'admiration, l'amour, la haine, le désir , la joie, la tristesse. Les actions dépendent de la volonté; la volonté est le pouvoir de se déterminer, elle est aussi le pouvoir d'affirmer ou de nier: ainsi le péché est une erreur 2, origine d’une opinion célèbre de Malebranche. La raison de nos erreurs est la disproportion qui existe entre la volonté et les autres facultés de notre entendement 3 ; et les causes qui font naitre cette disproportion sont les préjugés d'enfance, la disficulté de les oublier, la fatigue qui nait de l'attention, et l'emploi vicieux du langage *. Il n'y a pas de lutte entre la partie raisonnable

1 Cf. Traité des passions, 17. 2 Cf. Principes, 37.

3 « D'où est-ce donc que naissent mes erreurs? C'est, à savoir, de cela seul que, la volonté étant beaucoup plus ample et plus étendue que l'entendement, je ne la contiens pas dans la même limite. )

(Quatrième Méditation, cf. Principes, 36 et 38.) * Cf. Règles pour la direction de l'esprit, règles 71-74.

Le doute méthodique, la conscience et Dieu donnent la clef de tout le cartesianisme. Il n'y a point d'autorité qui ne soit soumise au controle de la raison. Il n'est rien que je puisse asfirmer avec plus de certitude sinon que j'existe. De cela seul que j'existe et que j'ai l'idée de Dieu, Dieu est. Ce sont les trois propositions fondamentales, toutes trois incontestables, et établies par Descartes dans le meilleur ordre et sur les meilleures preuves. Descartes établit encore solidement que mon âme, qui se connait par la conscience, se connaît sous les attributs que la conscience perçoit, et se sépare de tout ce qui est corporel. Il montre bien que le monde entier dépend de Dieu, et pour étre, et pour durer; mais il se trompe sur l'acte de Dieu, sur la loi de cet acte; partant, sur l'efficace des causes secondes, sur l'indéfectibilité des substances et leur activité. Son Dieu agit constamment, et non uniquement, ce qui compromet la stabilité du monde ; les lois du monde sont des lois en dehors du monde, ce qui fait du monde un automate, et introduit le mécanisme : de là la proscription des causes finales , et le nom de Dieu devenu presque inutile; de là aussi la fameuse parole : « De la matière et du mouvement, et je ferai le monde ; » dans ce monde mécanique sans cesse renouvelé, les substances et leurs modes ne dépendent en aucune façon de la persistance d'une force propre à la substance même, mais de l'action de la première force : de là la passivité des substances; toute autre action y est niée, ou atténuée, ou accordée par déviation des principes : ainsi un corps n'agit pas sur un autre corps; l'esprit, à la vérité, agit sur le corps , mais pour en diriger le mouvement, non pour le produire ; et les mêmes raisons pour lesquelles on écarte la production devaient aussi faire rejeter la direction. En un mot, l'âme humaine y est établie, distinguée du corps, rapportée à Dieu , Dieu lui-même démontré comme cause et conservaleur; mais la théorie générale des forces, et toute la doctrine des rapports est désec

tueuse. C'est pourquoi Descartes a fondé l'indépendance de l'esprit et le rationalisme; mais en même temps il a donné lieu aux causes occasionnelles, à l'harmonie préétablie et au spinozisme.

SCIENCES SECONDAIRES.

La psychologie de Descartes, sa physiologie et sa physique renferment de belles applications de ses principes. Admirable dans ses erreurs mêmes, il a construit un système complet dans lequel on peut aller si aisément des principes aux conséquences et remonter des conséquences aux principes, que l'on s'y meut avec facilité, comme dans un monde bien connu et dont les rouages sont excellents. Notre âme a des actions et des passions ? ; il y a six passions principales : l'admiration, l'amour, la haine , le désir , la joie, la tristesse. Les actions dépendent de la volonté; la volonté est le pouvoir de se déterminer, elle est aussi le pouvoir d'affirmer ou de nier : ainsi le péché est une erreur 2, origine d'une opinion célèbre de Malebranche. La raison de nos erreurs est la disproportion qui existe entre la volonté et les autres facultés de notre entendement 3 ; et les causes qui font naitre cette disproportion sont les préjugés d'enfance, la difficulté de les oublier, la fatigue qui nait de l'attention, et l'emploi vicieux du langage 4. Il n'y a pas de lutte entre la partie raisonnable

1 Cf. Traité des passions, 17. 2 Cf. Principes, 37.

3 « D'où est-ce donc que naissent mes erreurs? C'est, à savoir, de cela seul que, la volonté étant beaucoup plus ample et plus étendue que l'entendement, je ne la contiens pas dans la même limite. »

(Quatrième Méditation, cf. Principes, 36 et 38.) * Cf, Règles pour la direction de l'esprit, règles 71-74.

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