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TROISIÈME PARTIE.

DES PASSIONS PARTICULIÈRES.

175. Comment la hardiesse dépend de l'espérance,

174. De la lacheté et de la peur.

175. De l'usage de la lacheté.

176. De l'usage de la peur.

177. Du remords.

178. De la moquerie.

179. Pourquoi les plus imparfaits ont coutume d'être les plus moqueurs.

180. De l'usage de la raillerie.'

181. De l'usage du ris en la raillerie.

182. De l'envie.

183. Comment elle peut être juste ou injuste..

18 1. D'où vient que les envieus sont sujets à avoir le teint plombé.

185. De la pitié.

186. Qui sont les plus pitoyables.

187. Comment les plus généreux sont touchés de cette passion

188. Qui sont ceux qui n'en sont point touchés.

189. Pourquoi cette passion excite à pleurer.

190. De la satisfaction de soi-même.

191. Du repentir.

192. De la faveur.

193. De la reconnaissance

194. De l'ingratitude.

195. De l'indignation.

196. Pourquoi est elle quelquefois jointe à la pitié et quelquefois à la moquerie.

197. Qu'elle est souvent accompagnée d'admiration et n'est point incompatible

avec la joie.

198. De son usage.

199. De la colère.

200. Pourquoi ceux qu'elle fait rougir sont moins à craindre que ceux qu'elle

fait pâlir.

201. Qu'il y a deux sortes de colère, et que ceux qui ont le plus de bonté sont les

plus sujets à la première.

202. Que ce sont les âmes faibles et basses qui se laissent le plus emporter à l'autre.

203. Que la générosité sert de remède contre ses excès.

204. De la gloire.

205. De la honte.

206. De l'usage de ces deux passions.

207. De l'impudence.

208. Du dégoût.

209. Du regret.

210. De l'allégresse.

211. Un remède général contre les passions.

212. Que c'est d'elles seules que dépend tout le bien et le mal de cette vier

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LES

PASSIONS DE L’AME.

PREMIÈRE PARTIE.

DES PASSIONS EN GÉNÉRAL, ET PAR OCCASION DE TOUTE LA NATURE DE

L'HOMME.

Art. I. Que ce qui est passion au regard d'un sujet est toujours action à

quelque autre égard. n n'y a rien en quoi paraisse mieux combien les science's que nous avons des anciens sont défectueuses qu'en ce qu'ils ont écrit des passions; car, bien que ce soit une matière dont la connaissance a toujours été fort recherchée, et qu'elle ne semble pas être des plus difficiles, à cause que, chacun les sentant en soi-même, on n'a point besoin d'emprunter d'ailleurs aucune observation pour en découvrir la nature, toutefois ce que les anciens en ont enseigné est si peu de chose, et pour la plupart si peu croyable, que je ne puis avoir aucune espérance d'approcher de la vérité qu'en m'éloignant des chemins qu'ils ont suivis. C'est pourquoi je serai obligé d'écrire ici en même façon que si je traitais d'une matière que jamais personne avant moi n'eût touchée : et pour commencer je considère que tout ce qui se fait ou qui arrive de nouveau est généralement appelé par les philosophes une passion au regard du sujet auquel il arrive, et une action au regard de celui qui fait qu'il arrive; en sorte que, bien que l'agent et le patient soient souvent fort différents, l'action et la passion ne laissent pas d'être toujours une même chose qui a ces deux noms, à raison des deux divers sujets auxqucls on la peut rapporter.

Art. 2. Que pour connaître les passions de l'âme il faut distinguer ses fonctions d'avec

celles du corps.

Puis aussi je considère que nous ne remarquons point qu'il y ait aucun sujet qui agisse plus immédiatement contre notre âme que le corps auquel elle est jointe, et que par conséquent nous devons penser que ce qui est en elle une passion est communément en lui une action; en sorte qu'il n'y a point de meilleur chemin pour venir à la connaissance de nos passions que d'examiner la différence qui est entre l'âme et le corps, afin de connaître auquel des deux on doit attribuer chacune des fonctions qui sont en nous.

Art, 3. Quelle règle on doit suivre pour cet effet.

A quoi on ne trouvera pas grande difficulté si on prend garde que tout ce que nous expérimentons être en nous, et que nous voyons aussi pouvoir être en des corps tout à fait inanimés, ne doit être attribué qu'à notre corps ; et, au contraire, que tout ce qui est en nous, et que nous ne concevons en aucune façon pouvoir appartenir à un corps, doit être attribué à notre âme.

Art. 4. Que la chaleur et le mouvement des membres procèdent du corps; les

pensées, de l'âme.

Ainsi, à cause que nous ne concevons point que le corps pense en aucune façon, nous avons raison de croire que toutes sortes de pensées qui sont en nous appartiennent à l'âme; et à cause que nous ne doutons point qu'il n'y ait des corps inanimés qui se peuvent mouvoir en autant ou plus de diverses façons que les nôtres, et qui ont autant ou plus de chaleur (ce que l'espérience fait voir en la flamme, qui seule a beaucoup plus de chaleur et de mouvement qu'aucun de nos membres), nous devons croire que toute la chaleur et tous les mouvements qui sont en nous, en tant qu'ils ne dépendent point de la pensée, n'appartiennent qu'au corps.

Art. 6. Que c'est une erreur de croire que l'âme donne le mouvement et la chaleur

au corps.

Au moyen de quoi nous éviterons une erreur très-considérable en laquelle plusieurs sont tombés, en sorte que j'estime qu'elle est la première cause qui a empêché qu'on n'ait pu bien expliquer jusques ici les passions et les autres choses qui appartiennent à l'âme. Elle consiste en ce que, voyant que tous les corps morts sont privés de chaleur, et ensuite de mouvement, on s'est imaginé que c'était l'absence de l'âme qui faisait cesser ces mouvements et cette chaleur; et ainsi on a cru, sans raison, que notre chaleur naturelle et tous les mouvements de nos corps dépendent de l'âme : au lieu qu'on devait penser au contraire que l'âme ne s'absente lorsqu'on meurt qu'à cause que cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir les corps se corrompent.

Art. 6. Quelle différence il y a entre un corps vivant et un corps mort. Afin donc que nous évitions cette erreur, considérons que la mort n'arrive jamais par la faute de l'âme, mais seulement parce que quelqu'une des principales parties du corps se corrompt; et jugeons que le corps d'un homme vivant diffère autant de celui d'un homme mort que fait une montre, ou autre automate (c'est-à-dire autre machine qui se meut de soi-même), lorsqu'elle est montée et qu'elle a en soi le principe corporel des mouvements pour lesquels elle est instituée avec tout ce qui est requis pour son action, et la même montre, ou autre machine, lorsqu'elle est rompue et que le principe de son mouvement cesse d'agir. Art. 7. Briève explication des parties du corps, et de quelques-unes de ses

fonctions.

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Pour rendre cela plus intelligible, j'expliquerai ici en peu de mots toute la façon dont la machine de notre corps est composée. Il n'y a personne qui ne sache déjà qu'il y a en nous un caur, un cerveau, un estomac, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et choses semblables; on sait aussi que les viandes qu'on inange descendent dans l'estomac et dans les boyaux, d'où leur suc, coulant dans le foie et dans toutes les

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