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ajouter à quelque degré d'être que j'aperçois en moi tel autre degré que ce soit, ct, de tous les degrés capables d'être ajoutés, former l'idée d'un être parfait ? « Mais, dites-vous, l'effet ne a peut avoir ancun degré de perfection ou de réalité qui n'ait « été auparavant dans sa cause. » Mais, outre que nous voyons tous les jours que les mouches et plusieurs autres animaux , comme aussi les plantes, sont produits par le soleil, la pluie et la terre, dans lesquels il n'y a point de vie comme en ces animaux, laquelle vie est plus noble qu'aucun autre degré purement corporel, d'où il arrive que l'effet tire quelque réalité de sa cause qui néanmoins n'était pas daus sa cause; mais, dis-je, cette idée n'est rien autre chose qu'un être de raison , qui n'est pas plus noble que votre esprit qui la conçoit. De plus, que savez-vous si cette idée se fût jamais oflerle à votre esprit, si vous eussiez passé toute votre vie dans un désert, et non point en la compagnie de personnes savantes ? Et ne peut-on pas dire que vous l'avez puisée de pensées que vous avez eues auparavant, des enseignements, des livres, des discours et entretiens de vos amis, etc., et non pas de votre esprit seul ou d'un souverain Etre existant? Et partant il faut prouver plus clairement que cette idée ne pourrait être en vous , s'il n'y avait point de souverain Etre; et alors nous serons les premiers à nous rendre à votre raisonnement, et nous y donnerons tous les mains. Or, que cette idée procède de ces notions anticipées, cela paraît, ce semble, assez clairement de ce que les Canadiens, les Hurons et les autres hommes sauvages n'ont point en eux une telle idée, laquelle vous pouvez même former de la connaissance que vous avez des choses corporelles ; en sorte que votre idée ne représente rien que ce monde corporel, qui embrasse toutes les perfections que vous sauriez imaginer; de sorte que vous ne pouvez conclure autre chose sinon qu'il y a un être corporel très-parfait, si ce n'est que vous ajoutiez quelque chose de plus qui élève notre esprit jusqu'à la connaissance des choses spirituelles ou incorporelles. Nous pouvons ici encore dire que l'idée d'un ange peut être en vous aussi bien que celle d'un être très-parfait, sans qu'il soit besoin pour cela qu'elle soit formée en vous par un ange réellement existant, bien que l'ange soit plus parfait que vous. Mais je dis de plus que vous n'avez pas l'idée de Dieu, non plus que celle d'un nombre ou d'une ligne infinie; laquelle quand vous pourriez avoir , ce nombre néanmoins est entièrement impossible. Ajoutez à cela que l'idée de l'unité et simplicité d'une seule perfection qui embrasse et contienne toutes les autres se fait seulement par l'opération de l'entendement qui raisonne, tout ainsi que se font les unités universelles, qui ne sont point dans les choses, mais seulement dans l'entendement, comme on peut voir par l'unité générique transcendentale, etc.

En troisième lieu , puisque vous n'êtes pas encore assuré de l'existence de Dieu , et que vous dites néanmoins que vous ne sauriez être assuré d'aucune chose, ou que vous ne pouvez rien connaître clairement et distinctement si premièrement vous ne connaissez certainement et clairement que Dieu existe, il s'ensuit que vous ne savez pas encore que vous êtes une chose qui pense, puisque, selon vous, cette connaissance dépend de la connaissance claire d'un Dieu existant, laquelle vous n'avez pas encore démontrée aux lieux où vous concluez que vous connaissez clairement ce que vous êtes. Ajoutez à cela qu'un athée connaît clairement et distinctement que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits, quoique néanmoins il soit fort éloigné de croire l'existence de Dieu, puisqu'il la nie tout à fait : parce, dit-il, que si Dieu existait , il y aurait un souverain être et un souverain bien, c'est-à-dire un infini; or, ce qui est infini en tout genre de perfection exclut toute autre chose que ce soit, non-seulement toute sorte d'être et de bien, mais aussi toute sorte de non-être et de mal ; et néanmoins il y a plusieurs êtres et plusieurs biens, comme aussi plusieurs non-êtres et plusieurs maux; à laquelle objection nous jugeons à propos que vous répondiez, afin qu'il ne reste plus rien aux impies à objecter, et qui puisse servir de prétexte à leur impiété.

En quatrième lieu, vous niez que Dieu puisse mentir ou décevoir, quoique néanmoins il se trouve des scolastiques qui tiennent le contraire, comme Gabriel Ariminensis, et quelques autres, qui pensent que Dieu ment, absolument parlant, c'est-àdire qu'il signifie quelque chose aux hommes contre son intention et contre ce qu'il a décrété et résolu, comme lorsque, sans ajouter de condition, il dit aux Ninivites par son prophète : Encore quarante jours, et Ninive sera subvertie, et lors qu'il a dit plusieurs autres choses qui ne sont point arrivées, parce qu'il n'a point voulu que telles paroles répondissent à son intention ou à

son décret. Que s'il a endurei et aveuglé Pharaon, et s'il a mis dans les prophètes un esprit de mensonge, comment pouvezvous dire que nous ne pouvons être trompés par lui ? Dieu ne peut-il pas se comporter envers les hommes comme un médecin envers ses malades et un père envers ses enfants, lesquels l'un et l'autre trompent si souvent, mais toujours avec prudence et utilité ? car si Dieu nous montrait la vérité toute nue, quel vil, ou plutôt quel esprit aurait assez de force pour la supporter ? Combien qu'à vrai dire il ne soit pas nécessaire de feindre un Dieu trompeur, afin que vous soyez déçu dans les choses que vous pensez connaître clairement et distinetement, vu que la cause de cette déception peut être en vous, quoique vous n'y songiez seulement pas. Car que savez-vous si votre nature n'est point telle qu'elle se trompe toujours, ou du moins fort souvent ? Et d'où avez-vous appris que, touchant les choses que vous pensez connaître clairement et distinctement, il est certain que vous n'êtes jamais trompé, et que vous ne le pouvez être ? Car combien de fois avons-nons vu que des personnes se sont trompées en des choses qu'elles pensaient voir plus clairement que le soleil ? Et partant, ce principe d'une claire et distinete connaissance doit être expliqué si clairement et si distinctement que personne désormais, qui ait l'esprit raisonnable, ne puisse être déçu dans les choses qu'il croira savoir clairement et distinctement; autrement nous ne voyons point encore que nous puissions répondre avec certitude de la vérité d'aucune chose.

En cinquième lieu, si la volonté ne peut jamais faillir, ou ne pèche point lorsqu'elle suit et se laisse conduire par les lumières claires et distinctes de l'esprit qui la gouverne, et si, au contraire, elle se met en danger de faillir lorsqu'elle poursuit et embrasse les connaissances obscures et consuses de l'entendement, prenez garde que de là il semble que l'on puisse iuférer que les Turcs et les autres insidèles non-seulement ne pèchent point lorsqu'ils n'embrassent pas la religion chrétienne et catholique, mais même qu'ils pèchent lorsqu'ils l'embrassent, puisqu'ils n'en eonnaissent point la vérité ni clairement ni distinctement. Bien plus, si cette règle que vous établissez est vraie, il ne sera permis à la volonté d'embrasser que fort peu de choses, vu que nous ne connaissons quasi rien avec cette clarté et distinction que vous requérez pour former une cer

titude qui ne puisse être sujette à aucun doute. Prenez donc garde, s'il vous plaît, que, voulant affermir le parti de la vérité, vous ne prouviez plus qu'il ne faut, et qu'au lieu de l'appuyer vous ne la renversiez.

En sixième lieu, dans vos réponses aux précédentes objections, il semble que vous ayez manqué de bien tirer la conclusion dont voici l'argument : « Ce que clairement et distincte( ment nous entendons appartenir à la nature, ou à l'essence, « ou à la forme immuable et vraie de quelque chose, cela peut « être dit ou affirmé avec vérité de cette chose; mais, après que « nous avons soigneusement observé ce que c'est que Dieu, nous « entendons clairement et distinctement qu'il appartient à sa « vraie et immuable nature qu'il existe. » Il faudrait conclure : Donc, après que nous avons assez soigneusement observé ce que c'est que Dieu, nous pouvons dire ou affirmer cette vérité, qu'il appartient à la nature de Dieu qu'il existe. D'où il ne s'ensuit pas que Dieu existe en effet, mais seulement qu'il doit exister si sa nature est possible ou ne répugne point, c'est-àdire que la nature ou l'essence de Dieu ne peut être conçue sans existence, en telle sorte que, si cette essence est, il existe réellement; ce qui se rapporte à cet argument, que d'autres proposent de la sorte : S'il n'implique point que Dieu soit, il est certain qu'il existe; or il n'implique point qu'il existe : donc, etc. Mais on est en question de la mineure, à savoir : qu'il n'implique point qu'il existe; la vérité de laquelle quelques-uns de nos adversaires révoquent en doute, et d'autres la nient. De plus, cette clause de votre raisonnement, « après que « nous avons assez clairement reconnu ou observé ce que c'est « que Dieu, » est supposée comme vraie, dont tout le monde ne tombe pas encore d'accord, vu que vous avouez vous-même que vous ne comprenez l'infini qu'imparfaitement; le même faut-il dire de tous ses autres attributs ; car tout ce qui est en Dieu étant entièrement infini, quel est l'esprit qui puisse comprendre la moindre chose qui soit en Dieu que très-imparfaitement? Comment donc pouvez-vous avoir assez clairement et distinctement observé ce que c'est que Dieu ?

En septième licu, nous ne trouvons pas un seul mot dans vos Méditations touchant l'immortalité de l'âme de l'homme, laquelle néanmoins vous devicz principalement prouver, et en faire une très-exacte démonstration pour confondre ces per

sonnes indignes de l'immortalité, puisqu'ils la nient et que peut-être ils la détestent. Mais, outre cela, nous craignons que vous n'ayez pas encore assez prouvé la distinction qui est entre l'âme et le corps de l'homme, comme nous l'avons déjà remarqué en la première de nos observations, à laquelle nous ajoutons qu'il ne semble pas que de cette distinction de l'âme d'avec le corps il s'ensuive qu'elle soit incorruptible ou immortelle; car qui sait si sa nature n'est point limitée selon la durée de la vie corporelle, et si Dieu n'a point tellement mesuré ses forces et son existence qu'elle finisse avec le corps ?

Voilà, monsieur, les choses auxquelles nous désirons que vous apportiez une plus grande lumière, afin que la lecture de vos très-subtiles et, comme nous estimons, très-véritables Méditations soit profitable à tout le monde. C'est pourquoi ce serait une chose fort utile si, à la fin de vos solutions, après avoir premièrement avancé quelques définitions, demandes et axiomes, vous concluiez le tout selon la méthode des géomètres, en laquelle vous êtes si bien versé, afin que tout d'un coup, et comme d'une seule æillade, vos lecteurs y puissent voir de quoi se satisfaire, et que vous remplissiez leur esprit de la connaissance de la divinité.

RÉPONSES DE L'AUTEUR

AUX DEUXIÈMES OBJECTIONS.

MESSIEURS, C'est avec beaucoup de satisfaction que j'ai lu les observations que vous avez faites sur mon petit traité de la première philosophie; car elles m'ont fait connaître la bienveillance que vous avez pour moi, votre piété envers Dieu, et le soin que vous prenez pour l'avancement de sa gloire; et je ne puis que je ne me réjouisse non-seulement de ce que vous avez jugé mes raisons dignes de votre censure, mais aussi de ce que vous n'avancez rien contre elles à quoi il ne me semble que je pourrai répondre assez commodément.

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