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ROXANE Seule.
E tout ce que je vois, que faut-il que je pense ?

,
Tous deux à me tromper font-ils d'intelligence ?
Pourquoi ce changement, ce discours, ce départ?
N'ai-je pas même entre eux surpris quelque regard ?
Bajazet interdit! Atalide étonnée !
O Ciel, à cet affront m'auriez-vous condamnée?
De mon aveugle amour seroient-ce là les fruits ?
Tant de jours douloureux, tant d'inquiètes nuits,
Mes brigues, mes complots, ma trahison fatale,
N'aurois-je tout tenté que pour une rivale ?
Mais peut-être qu'ausli, trop prompte à m'affliger,
J'observe de trop près un chagrin passager.
J'impute à son amour l'effet de fon caprice.
N'eût-il pas jusqu'au bout conduít son artifice?
Prêt à voir le succès de son déguisement,
Quoi! ne pouvoit-il pas feindre encore un moment?
Non, non, rassurons-nous. Trop d'amour m'intimide.
Et pourquoi dans son coeur redouter Atalide ?
Quel seroit fon dessein ? Qu'a-t-elle fait pour lui ?
Qui de nous deux enfin le couronne aujourd'hui?
Mais, hélas, de l'amour ignorons-nous l'empire ?
Si par quelque autre charme Atalide l'attire,

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Qu'importe qu'il nous doive & le fceptre & le jour?
Les bienfaits dans un caur balancent-ils l'amour?
Et fans chercher plus loin, quand l'ingrat me fût plaire,
Ai-je mieux reconnu les bontés de son frère !
Ah, fi d'une autre chaîne il n'étoit point lié,
L'offre de mon hymen l'eût-il tant effrayé?
N'eût-il pas, fans regret, feconde mon envie !
L'eût-il refusé même aux dépens de sa vie ?
Que de juftes raisons... Mais qui vient me parler?
Que veut-on ?

SCENE VIII.
ROXANE, ZAT I M E.

ZA TIM E.

PARDONNEZ, fi j'ose vous troubler.
Mais, Madame, un Esclave arrive de l'armée;
Et, quoique sur la mer la porte fût fermée,
Les Gardes, fans tarder, l'ont ouverte à genoux
Aux ordres du Sultan qui s'adressent à vous.
Mais, ce qui ne furprend, c'eft Orcan qu'il envoie.

ROX AN E.
Orcan!

Z A TI M E.
Oui, de tous ceux que le Sultan emploie,
Orcan le plus fidèle à servir ses desseins,
Né sous le Ciel brûlant des plus noirs Africains.

Madame, il vous demande avec impatience.
Mais, j'ai cru vous devoir avertir par avance;
Et souhaitant , fur-tout, qu'il ne vous surprit pas,
Dans votre appartement j'ai retenu ses pas.

ROX AN E.
Quel malheur imprévu vient encor me confondre?
Quel peut être cet ordre, & que puis-je répondre?
11 n'en faut point douter, le Sultan inquiet
Une seconde fois condamne Bajazet.
On ne peut sur ses jours, fans moi, rien entreprendre.
Tout m'obéit ici, Mais dois-je le défendre?
Quel est mon Empereur? Bajazet? Amurat?
J'ai trahi l'un; mais l'autre est peut-être un ingrat.
Le tems prese; que faire en ce doute funeste?
Allons. Employons bien le moment qui nous reste.
Ils ont beau se cacher, l'amour le plus discret
Laisse par quelque marque échapper fon secret.
Observons Bajazet. Etonnons Atalide,
Et couronnons l'ajnant, ou perdons le perfide,

Fin du troisiéme A&o.

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SCE NE PREMIER E. AT A LIDE, ZA I R E.

AT A LID E.
Ah! sais-tu mes frayeurs ? Sais-tu que dans ces lieux
J'ai vu du fier Orcan le visage odieux ?
En ce moment fatal, que je crains fa venue!
Que je crains... Mais, dis-moi , Bajazet t'a-t-il vue?
Qu'a-t-11 dit? Se rend-il, Zaire, à mes raisons?
Ira-t-il voir Roxane , & calmer ses foupçons ?

Z A Ï R E.
Il ne peut plus la voir fans qu'elle le commande.
Roxane ainsi l'ordonne; elle veut qu'il l'attende.
Sans doute à cet Esclave elle veut le cacher.
J'ai feint, en le voyant, de ne le point chercher.
J'ai rendu votre lettre , & j'ai pris sa réponse.
Madame, vous verrez ce qu'elle vous annonce.

A TALI DE.

Après tant d'injustes détours,
Faut-il qu'à feindre encor votre amour me convie ?

Mais je veux bien prendre soin d'une vie,

Dont vous jurez que dependent vos jours. Je verrai la Sultane; & , par ma complaisance, Per de nouveaux fermens de ma reconnoiffance,

J'appaiserai,

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J'appaiserai, ji je puis, son courroux. N'exigez rien de plus. Ni la mort, ni vous-même , Ne me ferez jamais prononcer que je l'aime,

Puisque jamais je n'aimerai que vous.
Hélas , que me dit-il! Croit-il que je l'ignore!
Ne fais-je pas assez qu'il m'aime, qu'il m'adore ?
Eft-ce ainsi qu'à mes veux il fait s'accommoder ?
C'est Roxane, & non moi, qu'il faut persuader.
De quelle crainte encor me laisse-t-il faisie ?
Funefte aveuglement! Perfide jalousie!
Récit menteur! Soupçons que je n'ai pû celer,
Falleit-il vous entendre, ou falloit-il parler ?
C'étoit fait, mon bonheur furpaffoit mon attente.
J'étois aimée, heureuse, & Roxane contente.
Zaïre, s'il fe peut, retourne sur tes pas.
Qu'il l'appaise. Ces mots ne me suffisent

pas.
Que fa bouche, ses yeux, tout l'assure qu'il l'aime.
Qu'elle le croie enfin. Que ne puis-je moi-même,
Echauffant par mes pleurs ses foins trop languiffans,
Mettre dans ses discours tout l'amour que je sens !
Mais à d'autres périls je crains de le commettre.

Z A Ï R E.
Roxane vient à vous.

AT A LIDE.
Ah, cachons cette lettre,

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Tome II.

G

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