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AVERTISSEMENT.

Je donne une édition américaine des Fables de La Fontaine, et la principale raison en est, que l'édition stéréotypée de Firmin Didot, la seule populaire à peu près correcte, est dans un état si délabré, dans les caractères, les accents et la ponctuation, points si essentiels à la facile intelligence du style coupé et laconique de cet inimitable ouvrage, et à la bonne prononciation de la langue, que les étudiants au lieu de jouissance n'y éprouvent aujourd'hui que du dégoût. D'ailleurs cette édition de Firmin Didot est faite d'après l'ancienne orthographe, et se trouve tout à fait dépourvue de notes explicatives du texte, accessoire maintenant indispensable dans un pareil ouvrage.

Les autres éditions ordinaires, que l'on introduit en Amérique de France et des

pays circonvoisins de ce royaume, sont généralement si mutilées et si incorrectes, qu'il y manque parfois des syllabes, des mots, et même des vers entiers ; et l'on y trouve la plus horrible négligence dans l'orthogra

phe, l'accentuation et la ponctuation, ce qui rend le texte confus, et par conséquent pénible aux élèves et difficile à déchiffrer.

Pour toutes ces raisons, et afin d'être toujours sûr d'avoir la même édition dans les classes, avantage que les maîtres reconnaîtront et sauront apprécier d'abord, je me suis résolu à faire cette entreprise.

A cet effet, j'ai consulté plusieurs des éditions les plus estimées ; entre autres, celles de Ant. Aug. Renouard, 1811; de Voland le Jeune, 1813; de P. Dupont, 1826 ; de Furne, 1835; et de Armand Aubrée, 1837, toutes publiées à Paris ; et j'ai tâché, d'après une collation bien soigneuse entre elles, de rendre la mienne aussi parfaite qu'il m'a été possible. Afin de faciliter l'intelligence du texte de cette production admirable, j'ai adopté, en raccourci, de ces différentes éditions, les notes qui m'ont paru les plus nécessaires et convenables aux jeunes gens, et j'y ai ajouté celles qui pouvaient contribuer à leur encouragement et à leurs progrès.

J'ai cru devoir laisser les notes en français, parce qu'elles pourront servir en même temps à la jeunesse française, et que le lecteur américain n'aura point de peine à les comprendre, ne devant traduire ces fables qu'après avoir lu quelque livre

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en prose. Elles serviront ainsi à enrichir l'étudiant de diverses explications d'idiotismes, de locutions et de mots, car la langue, ainsi que la

prononciation, a un peu varié depuis le siècle où notre ingénieux auteur a composé ces apologues.

J'ai adopté la nouvelle orthographe, et je me suis conformé en cela à la sixième et dernière édition du Dictionnaire de l'Académie française, publiée l'an 1835. J'ai été d'autant plus porté à suivre l'autorité de ce corps illustre, que les écoliers, trouvant dans les grammaires dont on se sert aujourd'hui, que les diphthongues oi et ois se prononcent toujours o-ah et non ai et ais, quand ils lisent les œuvres de La Fontaine et des célèbres écrivains classiques du siècle d'or de la littérature française, réimprimées suivant l'orthographe ancienne, commettent souvent la faute, lorsque le cas arrive, de prononcer o-ah au lieu de ai ou ais, et cette contradiction tend à les rebuter et occasione de la peine aux maîtres.

Quand il se trouve qu’un mot a vieilli ou qu'il n'a plus le même sens qu'il avait autrefois, qu'il est altéré pour la rime par licence poétique, j'ai conservé avec une exactitude scrupuleuse le texte, et j'ai mis un renvoi au bas de la page qui donne le mot équivalent à présent en usage. Pour ce qui regarde la rime, je n'ai pas jugé à

propos de lui sacrifier les règles de la grammaire seulement pour le plaisir de la vue.

Par exemple, quand on trouve (ce qui arrive souvent dans quelques éditions) des participes présents déclinés où ils sont indéclinables, à l'effet de faire rimer deux mots aux yeux ainsi qu'à l’oreille, en ces cas j'ai omis toutes ces lettres superflues ; car elles n'ajoutent rien à l'exacte mesure ni à la véritable rime des vers, et embarrassent l'analyse grammaticale aux étudiants.

Pour rendre cette publication plus complète, j'y ai ajouté un Précis élémentaire de versification française, extrait des “Nouvelles Leçons Françaises de Littérature et de Morale ; par A. H. LEMONNIER, Avocat à la Cour Royale de Paris, &c," qu'on trouvera à la suite de cet Avertissement.

Enfin, cette édition-ci des Fables de l'immortel bonhomme est mise au jour spécialement pour la jeunesse américaine des États-Unis, à qui elle est dédiée cordialement ; avec le souhait ardent, que le travail et les soins qu'elle a coûtés puissent lui rendre facile et intéressant un des ouvrages les plus universellement admirés de la langue française, et, dans son genre, de toutes les langues modernes.

L'ÉDITEUR. Cambridge, 17 Octobre, 1838.

RÈGLES GÉNÉRALES

DE LA

VERSIFICATION FRANÇAISE.

La versification enseigne le mécanisme des vers. On peut donc définir le vers: un certain nombre de mots renfermés dans une mesure prescrite, et construits d'après les règles de la versification.

La construction des vers français est assujettie à quatre règles principales : 1°. à la mesure, 2°, à l'hémistiche, 30. à la rime, 4°. à l'élision.

I. De la Mesure.

La mesure du vers est déterminée par le nombre des syllabes. Nous avons des vers de douze syllabes, indifféremment appelés vers héroïques, alexandrins, ou grands vers; des vers de dix syllabes, que l'on appelle vers communs; des vers de huit, de sept, de six et de cinq syllabes. Les vers plus courts servent ordinairement de refrain, et l'on évite d'en mettre de suite plusieurs de même

mesure.

II. De l' Hémistiche.

Les vers de douze syllabes et ceux de dix doivent avoir un repos ; les premiers après la sixième syllabe ; les se

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