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AMPHITRYON.

MOLIÈRE, 1668.

ACTE I, SCÈNE II.

SOSIE.
Je vois devant notre maison
Certain homme dont l'encolure
Ne me présage rien de bon.
Pour faire semblant d'assurance,
Je veux chanter un peu d'ici.

MERCURE,

Qui donc est ce coquin qui prend tant de licence

Que de chanter et m'étourdir ainsi ?
Veut-il qu'à l'étriller ma main un peu s'applique ?

sosie.
Cet homme assurément n'aime pas la musique.

SOSIE, battu

Ce dernier vers est devenu sentence familière, proverbe, mille et mille fois répété, lorsque l'occasion de le redire encore se présente.

par

Mercure. Ah! qu'esl-ce-ci ? grands dieux ! il frappe un ton plus fort. Métaphore charmante du musicien Molière. Il va crescendo serait faible et vulgaire, si toutefois crescendo était connu du temps d’Amphitryon ou même de Molière. Il frappe un ton plus fort, représente ici, très agréablement, il chante un ton plus haut.

ACTE III, SCÈNE VIII.

ARGATIPHONTIDAS.
Argatiphontivas ne va point aux accords.
Écouter d'un ami raisonner l'adversaire,

Pour des hommes d'honneur n'est point un coup à faire ;
il ne faut écouter

que

la vengeance alors.
Le procès ne saurait me plaire ;
Et l'on doit coinmencer toujours, dans ses transports,

Par bailler, sans aulre mystère,

De l'épée au travers du corps. Être de tous bons accords est une métaphore empruntée à la musique, où la quinte (dominante) figure dans les accords de tonique et de dominante. Étre de tous bons accords, c'est so montrer conciliant, toujours prêt à calmer, apaiser la colère de deux antagonistes. On dit encore, dans le même sens : Il est du bois dont on fait les vielles. Il est du bois dont on fait les flûtes. Lorsque le matamore thébain dit, brutalement :

Argatiphontidas ne va point aux accords, Sosie pourrait faire un da capo, disant, avec ou sans calembour:

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Cet homme assurément n'aime pas la musique. Sous le nom de Seigneur des Accords, Étienne Tabourot, procureur du roi au bailliage et chancellerie de Dijon, publia ses Bigarrures et touches en 1560. Les armes parlantes de sa maison étaient un tabour, plus tard appelé tambour, avec celte devise A tous accords. Pour se désigner sans se nommer, Tabourot apposait seulement sa devise au bas de ses vers; il n'en avait pas trouvé de plus propre à son humeur; voulant

છે faire entendre qu'il s'accommodait au goût de tout le monde, comme le tambour, dont le son est inappréciable, s'accommode sans préparation à toute espèce de concerts de voix et d'instruments. Il y figure seulement pour augmenter le bruit; et, comme dit le Seigneur des Accords, il est propre en temps de guerre pour animer les soldats; en temps de paix, il est pris pour instrument de bal.

Anne Bégat, honnête et gracieuse damoiselle, ayant reçu de Tabourot un sonnet signé de sa devise : A tous Accords, répondit par un autre sonnet, que ces mots précédaient : ponse d'Anne Bégat au Seigneur des Accords. Cet harmonieux

surnom lui resta, Tabourot se plut à le mellre sur le litre de son livre, qui, pour n'être pas bien rare, n'en est pas moins très curieux.

Le blason parlant de Tabourot ne dit plus rien pour sa famille, depuis que tabour est devenu tambour; mais il conviendrait admirablement au virtuose Tamburini.

Beaumarchais s'était aussi donné pour emblème un tambour, avec cette devise : Silet nisi percussus, il se tait s'il n'est batta,

Sous le titre d’Amusements philologiques, ou Variétés en tous genres, par G. P. Philomneste, un autre Dijonnais, Peignot a reproduit une partie des Bigarrures et touches du Seigneur des Accords. Dijon, V. Lagier, 1842, in-8, troisième édition.

La Parodie d'Amphitryon, drame en vaudevilles en trois actes, avec un prologue, par Raguenet, représentée, le 11 janvier 1713, sur le théâtre de Lille. 1713, in-12, sans nom de ville ni d'imprimeur.

L'Amphitryon de Molière, devenu livret d'opéra dans les mains de Sedaine, musiqué par Grétry, ne réussit point lorsqu'il fut représenté devant la cour, au chateau de Versailles, le 15 mars 1786. – Les paroles en ont été trouvées plates et burlesques. Le musicien Grétry est convenu lui-même que le poème (style de l'époque) ne lui avait rien inspiré, et que la musique ne répondait point à la réputation de son auteur. » BACHAUMONT ET PIDANSAT, Mémoires secrets.

Revu, corrigé, diminué, ce lyrique Amphitryon ne fut pas plus heureux à Paris lorsqu'il s'y montra, le 15 juillet 1788, sur le théâtre de l'Académie royale de Musique.

Il Marito, comédie de Ludovico Dolce, imprimée à Venise, est une imitation de l'Amphitryon de Plaute.

Dryden a traité ce sujet pour le théâtre de Londres, et s'est aidé beaucoup de l'ouvre de Molière.

Lady Worthley Montague, dans sa huitième lettre datée de Vienne, parle d'une comédie d’Amphitryon, qu'elle vit en 1716 dans cette capitale de l'Autriche, et dit: – La farce commença par Jupiter qui tombait amoureux en lorgnant

travers une ouverture de nuages... Mais le plus plaisant était l'usage que Jupiter faisait de sa métamorphose; car à peine le voyez-vous sous la figure d'Amphitryon qu'au lieu de courir chez Alcmène avec les transports que Dryden lui prête, il fait appeler le tailleur du prince, et lui filoute un manteau galonné. Il escroque encore à son banquier un sac d'argent, à un juif, une bague en diamants, et l'intrigue enfin roule sur les chagrins que ces particuliers causent au véritable Amphitryon pour les dettes contractées par le dieu... C'est ce que les Allemands appellent une pièce à brouhaha.»

Le succès de l'Amphitryon de Molière, en vers libres, fit penser que cette versification était plus propre à la comédie; cependant l'usage des rimes plates et des alexandrins prévalut, surtout pour les comédies de caractère. Voltaire a dit : - Les vers libres sont d'autant plus malaisés à faire, qu'ils semblent plus faciles, et qu'il y a un rhythme très peu connu qu'il faut y observer, sans quoi cette poésie rebute. »

у Voltaire a raison; et, si nous exceptons l'Amphitryon de Molière, toutes les comédies, tous les opéras comiques écrits en vers libres devraient être mis en prose, pour la plus grande satisfaction de l'oreille.

Ce rhythme, dont le goût du musicien Molière l'avait si bien instruit, fait que sa comédie est un chef-d'ouvre de style. On y rencontre cependant une licence damnable, plus de soixante fois répétée ; c'est celle de ne pas séparer des vers d'une consonnance différente soit masculine, soit féminine.

MERCURE.

Ma foi, me trouvanı las, pour ne pouvoir fournir
Aux différents emplois où Jupiter m'engage,
Je me suis doucement assis sur ce nuage,

Pour vous allendre venir.

LA NUIT.

Vous vous moquez, Mercure, et vous n'y songez pas:
Sied-il bien à des dieux de dire qu'ils sont las?

Prologue.

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