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NOTICE SUR DESCARTES.

:INDACIÓN MARRO BIBLIOTECA

ADRID

Quand on veut apprécier le mérite d'un grand écrivain, la première de toutes les questions qui se présentent à l'esprit, c'est celle de savoir ce que cet écrivain a apporté à l'ouvre du progrès, en quoi et comment il a contribué au perfectionnement de l'humanité.

Cette question, bien considérée, se divise en trois autres : 1° elle exige qu'on recherche quel était l'état des idées philosophiques, littéraires ou scientifiques, suivant qu'on a affaire à un philosophe, à un littérateur ou à un savant, lorsque les écrits de celui qu'on étudie sont venus les modifier; 2. elle demande qu'on examine quelles sont les qualités naturelles de son esprit, comment il s'est développé et mûri; 3o elle veut enfin qu'après avoir analysé ce qu'il a pu emprunter à la société de son temps ainsi qu'à ses prédécesseurs, et ce qu'il a tiré de son propre fonds, on détermine avec précision l'impulsion qu'il imprima à la science, le sens dans lequel il la dirigea , les combats qu'il livra pour elle, les écarts auxquels il put se laisser entraîner, et l'état dans lequel il la laissa.

Dans cette notice sur Descartes, nous essayerons de répondre successivement à ces trois questions; nous sommes

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persuadé que c'est seulement en ayant toujours les yeux de l'esprit fixés sur elles, qu’un biographe peut donner une juste idée du mérite de celui dont il écrit la vie et faire ainsi une cuvre utile pour le lecteur. Nous montrerons donc d'abord de quelle manière l'esprit de notre philosophe s'est développé. Nous dirons ensuite quelles idées avaient cours parmi les savants du temps où il vivait, et enfin nous tâcherons de déterminer quelle fut son action sur ces idées, et quel pas immense ses écrits ont fait faire à la science.

Né à la Haye, en Touraine, le 31 mars 1596, envoyé dès l'âge de huit ans au collége de la Flèche, récemment fondé et doté par Henri IV, il fut élevé par les jésuites, et se distingua tout d'abord par un amour extrême de l'étude. Il nous apprend lui-même, dans son Discours de la Méthode, qu'il parcourut dès sa jeunesse tous les livres qui traitent des sciences « les plus curieuses et les plus rares. » Mais son esprit, avide de vérité, ne trouvait pas dans cette lecture l'évidence qu'il cherchait: le philosophe perçait déjà dans le jeune homme. On raconte que, pendant les deux années qu'il passa en philosophie, son régent se plaignait souvent de l'indiscrétion de ses questions et de la hardiesse avec laquelle il argumentait. Le praticien se trouvait souvent embarrassé par la rectitude d'esprit de son élève, qui, ne pouvant souffrir les termes vagues, s'efforçait de définir tous les mots de la question agitée.

Au sortir du collége, Descartes se rendit à Rennes, près de son père remarié, et se livra à tous les exercices qui alors formaient un gentilhomme. Mais là encore, nous trouvons trace des préoccupations philosophiques de son esprit. En apprenant les armes, il cherche à se rendre compte du mouvement, et écrit un traité de l'escrime.

Bientôt il se rend à Paris, s'y lie avec Mydorge, neveu du président Chrétien de Lamoignon, et renommé déjà par ses connaissances mathématiques. Il retrouve aussi dans cette ville un géomètre distingué, engagé dans l'ordre des Minimes,

Mersenne, qu'il avait eu pour camarade à la Flèche, et qui fut plus tard son plus zélé partisan.

Bon mathématicien dès le collége, Descartes partageait son temps entre ses deux amis, et ne voyait plus guère les jeunes gentilshommes oisifs et dissipés qu'il avait d'abord fréquentés à son arrivée dans la capitale. Bientôt l'amour de l'étude le domina complétement, et pour s'y livrer plus à son aise, il se retira dans une maison du faubourg SaintGermain. Là, uniquement occupé de géométrie et d'algèbre, il resta deux ans caché sans qu'aucun de ses amis pût connaître le lieu de sa retraite. Enfin, l'un d'eux l'ayant rencontré par hasard, il fut forcé de retourner dans le monde.

Cependant son père le destinait à la carrière des armes et le pressait de prendre du service. Agé alors de vingt et un ans, il s'engage comme volontaire sous les ordres du prince Maurice de Nassau, dont l'armée était célèbre dans toute l'Europe par sa bonne tenue.

Descartes ne nous paraît pas avoir été jamais un soldat bien actif; il s'entretenait à ses dépens pour rester plus libre, et ne reçut jamais la paie qu'une fois en sa vie. On dit qu'il garda cet argent jusqu'à son dernier soupir comme souvenir de son service militaire. Il est douteux qu'il ait pris part à l'expédition de Maurice de Nassau, devenu prince d'Orange, contre Barneveldt. En 1619, il quitte ce prince et s'engage dans les troupes du duc de Bavière,, allié de l'empereur contre les protestants. On croit qu'il assista, en 1620, à la célèbre bataille de Pragues, où Frédéric V, représentant du protestantisme en Europe, fut vaincu, et qui décida la fin de ce qu'on nomme la période palatine de la guerre de Trente ans.

L'année suivante, nous trouvons Descartes sous les ordres du comte de Bucquoy, que sans doute il suivit dans sa campagne de Hongrie; mais ce général étant mort, notre philosophe abandonne définitivement le métier des armes

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