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PENSES.

63 délicatesse ajoûte je ne sais quoi d'agréable qui fublime même. Une réflexion fubtile & judicieuse , tout ensemble contribue beaucoup à cette délicatesse. Ces sortes de Penfées font ordinairement exprimées. d'une maniere vive qui plait infiniment par le tour ingénieux & peu commun dont elles sont rendues ; c'est ce tour même qui les fait souvent appeller brillans. Il est certain qu'elles ennoblissent la matière traitée par l'Auteur; elles-donnent de la grace & de l'élévation au difa cours; mais outre la délicatesse des Penfées qui vient de lesprit seulement, il y en a une qui vient des fentimens, & ou Paffection à plus de part que l'intelligence; c'est ce qu'on verra avec un peu plus de détail dans le Chapitre des grands Sentimens. Nous allons donner de suite quelques exemples de Pensées nobles & délicates.

Exemples des Penfies nobles de

délicateso

Un de nos Poëtes termine ainfi PÉp mphe du Cardinat de Richelieu.

Il fut trop absolu sur l'esprit de son Maître; Mais fon Maître par lui fut le Maître des Rois)

Dans un éloge de Louis XIV. non imprimé, un Poëte s'exprime ainsi. Son Ame est au-dessus de la grandeur suprême, La vertu brille en lui plus que le Diadême ; Et quoiqu'un vaste Etat soit soumis à la Loi, Le Hérôs en Louis est plus grand que le Roi.

Après la publication d'une fameuse paix, on parloit ainsi de Louis XIV, Un Héros que le Ciel fait naître Pour le bonheur de cent Peuples divers, Aime mieux calmer l'Univers Que d'achever de s'en rendre le Maitre. Il cherche à rendre heureux jusqu'à ses ennea

mis ,

Tout est par ses travaux dans une paix profonde. Et ce n'est plus à Mars qu'il peut être permis De troubler le repos du monde. ...

Ballet du Triomphe de l'Amout: II a fait sur lui-même un effort génereux, Il veut rendre le monde heåreux; It préfére au bonheur d'en devenir le Maitre La gloire de montrer qu'il mérite de l'être...a

Perfee, Iragédie en musique

Les Muses vont lui faire entendre

Mille nouveaux concerts ;
De la grandeur il se plaît à descendre,
Il sçait mêler les jeux à cent travaux divers ;
L'envie en vain frémit de voir les biens qu'il

cause.
Une aimable paix est la Loi
Que ce Vainqueur impore,
Son tonnerre inspire l'effroi
Dans le tems même qu'il repose.

Phaeton ,

Prologues Qu'il régne ce Héros, qu'il triomphe toujours ; Qu'avec lui soit toujours la paix ou la victoire, Que le cours de ses ans dure autant que le cours

De la Seine & de la Loire; Qu'il régne ce Hérôs , qu'il triomphe toujours,

Qu'il vive autant que sa gloire.

Ces derniers Vers sont du grand Racine, & terminent une Idylle qu'il avoit faite sur la paix , & qui fut chantée dans l'Orangerie de Sceaux, devant le Roi Louis XIV. Rien n'est plus naturel ni plus délicat que ce dernier Vers : Qu'il vive autant que fa gloire.

Autres Exemples.

Boileau parle ainsi de Louis XIV dans son Epître sur le fameux passage du Rhina

Louis les animant du feu de son courage
Se plaint de la grandeur qui l'attache au rivage...
Déjà du plomp mortel plus d'un braye eft ats

teint,

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Sous les fougueux Coursiers l'Onde écume &

se plaint;
De tant de coups affreux la tempête orageuse
Tient un tems sur les eaux la fortune douteuse;
Mais Louis d'un regard fait bien-tôt la fixer ,
Le destin à ses yeux n'oseroit balancer..

» Ces derniers Vers paroissent d'abord so hardis , mais ils ne sont que forts , dit le Pere Bouhours, & ils ont une vraye shoblesse qui les autorise. Le Poëte ne dit pas en général que les destins dépen»dent du Roi, il ne parle que du destin : - de la guerre. Comme le fiftême de fa spensée est tout poëtique, if a droit de sa mettre la fortune en jeu , & comme la a présence d'un Prince aussi: magnanime

breridoit les Soldats invincibles ; c'eft comme s'il disoit : Dès que Louis paroît on est assuré de la victoire. Et plus bas il dit encore :

Quel plaisir de te suivre aux rives du Scaman

dre,
D'y trouver d'Ilion la poëtique cendre,
De juger fi les Grecs qui briferent ses Tours -
Firent plus en dix ans que Louis en dix jourse

;

On ne peut rien de plus délicatement pensé que cette plainte que le même Poëte fait faire à la molefse sur les trayaux. guerriers de ce grand Monarque, on peut dire que

rien n'est mieux imaginé, & que le tour eft nouveau. Voici l'endroit..

Hélas ! qu'eft devenu ce tems, cet heureux

tems Od les Rois s'honoroient du nom de faineans S'endormoient sur le Trône, & me servant fans

honte,

Laissoient leur Sceptre aux mains ou d'un Mai

re ou d'un Comte.
Aucun soin n'approchair de leur paisible Cour),
On repofoit la nuit, on dormoit tout le jour;
Seulement au printems, quand Flore dans la

plaines

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