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J'irois, je volerois dans le sein du repos.
Là de ce corps impur les Ames délivrées,
De la joie ineffable à la fource enivrées
Et riches de ces biens que l'æil ne fauroit voir
Ne demandent plus rien, n'ont plus rien à vous

loir. De ce Royaume heureux Dieu bannit les al

larmes, Et des yeux de ses Saints daigne essuyer les lar.

mes j C'est-là qu'on n'entend plus ni plaintes ni lou,

pirs ; Le Caur n'a plus alors ni craintes ni désirs. L'Eglise enfin triomphe & brillante de gloire Fait retentir le Ciel des chants de fa victoire, Elle chante tandis qu'Esclaves désolés Nous gémiffons encor sur la Terre exilés. Près de l’Euphrate assis (a), nous pleurons sur

ses rives, Une jufte douleur tient nos langues captives ; . Et comment pourrions-nous au milieu des mé

chans,

O Çeleste Sion, faire entendre tes chants ? Hélas! nous nous taisons, nos Lyres détendues(6)

(a) Super Flumina Babylonis illic sedimus flevimus cum recordaremur Sion. Pf. 136.

(6) In salicibus in medio ejus suspendimus Organa mostra. . . . . Quomodo cantabimus Canticum Domini in Terra aliena, . . Ibid.

Languiffent en Glence aux saules suspendues
Que mon exil est long ! Ô tranquille Cité !
Sainte Jérusalem ! ô chere éternité!
Quand irai-je au torrent de ta volupté pure
Boire l'heureux oubli des peines que j'enduret
Quand irai-je goûter ton adorable paix ?
Quand verrai-je ce jour qui ne finit jamais.

Poëme de Racine,

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On
peut
voir

par ce morceau & par plusieurs autres que nous avons rapporté, que la Poesie travaillée par une main habile, est très-capable de parler le langagé de la piété, & de la piété la plus tendre & la plus affectueufe, ce que bien des personnes croyoient imposiblea

Sur la Divine Providence.

Extrait d'une Ode de Rousseau faite à l'occasion de la naisfance d'un Prince.

C'est ainsi que la main des Parques:
Va nous filer ce siécle heureux,
Qui du plus fage des Monarques
Doit couronner les juftes veux ś

Espérons des jours plus paisibles;
Les Dieux ne seront point inflexibles
Puisqu'ils puniffent nos forfaits ;
Dans leurs rigueurs les plus austéres,
Souvent leurs fleaux falutaires

gage

de leurs bienfaits.

Sont un

Le Ciel dans une nuit profonde
Se plaît à nous cacher ses Loix,
Les Rois font les Maîtres du monde,
Les Dieux font les Maîtres des Roisa.
Valeur, activité, prudence
Des decrets de leur Providence,
Rien ne change l'ordre arrêté,
Et leur regle conftante & sure
Fait seule ici bas la mesure
Des biens & de l'adversité.

Sonnet de Des Barreaux.
C'est le langage d'un Pécheur pénic

tenta

Grand Dieu, tes Jugemens sont remplis d'ao.

quité, Toujours tu prens plaisir à nous être propice ;

(a) C'est une imitation de cet endroit d'Horaee: Regum timendorum in proprios greges : Reges in ipfos imperium eft Jovis. Od. 1. Liva .

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Mais j'ai tant fait de mal que jamais ta bonté
Ne me pardonnera sans blefer ta Justice. I

Non, mon Dieu, la grandeur de mon impiété
Ne laiffe à ton pouvoir que le choix du fupplice,
Ton intérêt s'oppose à ma félicité,
Et ta juste colere attend que je périffe.

Contente ton désir puisqu'il t'est glorieux ;
Offense-toi des pleurs qui coulent de mes yeuxy
Tonne , frappe, il est tems ; rend moi guerre

pour guerre.

J'adore en périssant la raison qui t'aigrit;
Mais dessus quel endroit tombera ton Tonnerre
Qui ne soit tout couvert du fang de Jefus

Christ.

Personne n'ignore que ce Sonnet est un des plus beaux que la Poësie Fran, çaise ait jamais produit.

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CHAPITRE II.

De ce qui contribue à la beauté

de la Poesie.

ET I°. DES PENSÉ E S.

ES Pensées sont les images des cho

,

que la

peinture d'un objet spirituel ou fenfible.

1°. De ce principe il s'ensuit premiere qualité (a) que doit avoir une Pensée, c'est d'être vraye , puisque les images & les peintures ne sont véritables qu'autant qu'elles sont ressemblantes; ainfi une Pensée est vraye lorsqu'elle représente les choses fidellement ; & elle est fauffe quand elle les fait voir autrement qu'elles ne font. Les pensées font plus ou moins vrayes selon qu'elles sont plus qu moins conformes à leur objet, cette conformité fait la justesse de la pensée : une Pensée juste est une Pensée vraye les côtés.

de tous

- (a) Qualités que doivent avoir les Pensées

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