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MÉ CHANS.
Réflexions sur les Méchans & les

mauvaises langues.

Il faut faire aux méchans guerre continuelle,

La paix est fort bonne de soi,
J'en conviens, mais de quoi sert elle?
Avec des ennemis fans foi.

La Font. Ce qu'on donne aux méchans, toujours on le

regrette ;
Pour tirer d'eux ce qu'on leur prête
Il faut que l'on en vienne aux coups,
Il faut plaider, il faut combattre ;
Laissez leur prendre un pied chez vous,
Ils en auront

bien-tôt
quatre.

Ibid.
Que ne sait point ourdrir une langue traitrelle

Par sa pernicieuse adresse ?
Des malheurs qui sont sortis

De la boëte de Pandore,
Celui qu'à meilleur droit tout l'Univers abhor.

re,
C'est la fourbe à mon avis.

Ibite

MONDE.

Portrait du Monde.

Les Vers fuivans font adressés à une Dame qui avoit formé le dessein de se retirer dans une Solitude fort trifte. Le Poëte lui conseille de ne pas quitter le monde, ce qui lui donne occasion d'en faire le portrait.

La solitude est belle eft Vers,
On est charmé de la peinture,
Mais elle a de fâcheux revers,
Et malgré ce qu'on s'en figure ,
Donne bien de la cablature.
J'en sai mille exemples divers :
Quelque bien qu'on soit le tems dure,
Et je vois dans cet Univers
Qu'on aime à changer de posture....
Le monde a de fort grands défauts,
Ne craignez pas que je l'excuse..
Il est méchant, léger & faux ,
Il trompe, il féduit, il abuse,
Il est auteur de mille maux.
Mais tel qu'il eft il nous amuse,
Sans cesse il fournit à nos yeux
Mille spectacles curieux, .

!

10

Sa Scéne mobile & changeante
Plait même par son changement,
Toujours nouvel évenement,
Que son esprit fécond enfante
Nous réveille agréablement.
L'un rit & l'autre se lamente,
Tous deux trompés également.
L'un arrive au port surement,
L'autre eft encor dans la tourmente,
L'un perd son bien, l'autre l'augmente ;
L'un poursuit inutilement
La fortune toujours fuyante ,
L'autre l'attend tranquilement,
Ou parvient sans savoir comment
Et presque contre son attente.
L'un réussit heureusement,
L'autre après bien du mouvement
Trouve un rival qui le suplante;
L'un fait un bon contrat de rente,
Et l'autre fait un ceftament;
L'un à quinze ans, l'ame dolente,
Va prendre gîte au monument,
Et l'autre prend femme à soixante,
L'un se fait tuer triftement ,
L'autre nait au même moment
Pour remplir la place vacante.
On rencontre indifféremment
Un Baptême, un Enterrement....

INGÉNIBUSES.

423
Enfin c'est une Comédie
De voir ce qu'on voit tous les jours;
Vous diriez en voyant ces tours
Que la fortune s'étudie
Sans cesse à varier fon cours.
Toujours quelque métamorphose
Donne matiere à l'entretien,
Mais sur la Rhune on ne voit rien,
Ou c'est toujours la même chose :
En un mot dans ce pauvre

nid
On ne sait qui meurt ni qui vit.

MOR T.

Réflexions sur la Mort.

Ce tems,

La mort ne surprend point le sage,
Il est toujours prêt à partir

S'étant Içu lui-même avertir
Du tems où l'on se doit résoudre à ce passage.

hélas ! embrasse tous les teins; Qu'on le partage en jours, en heures, en mo

mens ,

Il n'en est point qu'il ne comprenne Dans le fatal tribut : tous font de son domaine; Est le premier instant où les enfans des Rois

Ouvrent les yeux à la lumière , :Et celui qui vient quelque fois

Fermer pour toujours la paupiere.

Alléguez la beauté, la vertu , la jeunesse ;

La mort ravit tout sans pudeur.
Un jour le monde entier accroîtra fa richesse

Il n'est rien de moins ignoré,
Et puisqu'il faut que je le die,

Rien où l'on soit moins préparé...
J'ai beau le répéter, mon zéle est indiscreti
Le plus semblable aux morts, meurt le plus à
regret.

La Font. La mort a des rigueurs à nulle autre pareilless

On a beau la prier ,
La cruelle qu'elle est le bouche les oreilles

Et nous laiffe crier.
Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre

Eft sujet à ses loix,
Et la Garde qui veille aux barrieres du Louvre
N'en défend pas nos Rois,

Malherbe.
Le trépas vient nous guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes,
Plutôt fouffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.

La Fom.
C'eft folie
De compter sur dix ans de vie.

Soyons bien buvans, bien mangeans, Nous devons à la mort de trois l'un en dix ansa

Dans

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