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Ne fauroit soutenir la vûe
D'un Dieu fi terrible & fi grand;
Et devant fa Majesté fainte
Mon cæur se perd saisi de crainte
Dans les abîmes du néant.

L'immensité fait son Royaume,
Ce vaste Monde tel qu'il est
Devant lui n'est plus qu'un atôme ;
Dans l'infini tout disparoît.
Mais l'homme insulte à la puissance ,
Et jaloux de l'indépendance ,
Veut s'égaler au Créateur.
Cieux fuyez; que la Terre tremble,
Que tous les élémens ensemble
Vengent les droics de leur Auteur.

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Quelle est la main qui dans leur course
Retint des flots tumultueux,
Et du Jourdain jusqu'à la source
Fit le reflux impétueux ?
Sout cette main Toute-puissante,
Notre cœur qu'entraînoit sa pente ,
Sent vers le Ciel un faint retour
Et cherchant fa source suprême
Il va le perdre dans Dieu même
Par le reflux de son amour.

Rempli d'un espoir qui m'enflamme,
Seigneur , quel divin mouvement
De l'excellence de mon ame
Fait naître en moi le sentiment ?
Cette ame à toi toute livrée
Doit à jamais être enyvrée
Du torrent de ta volupté,
Vivre abîmée en ton essence,
Et contemplant ta gloire immense,
Partager ta félicité.

Insensés dont l'orgueil insulte
A ces sublimes vérités,
Qui blasphêmez contre le culte
Du Dieu par qui vous existez:
Plongés dans une nuit funefte ;
Des biens purs, du bonheur Céleste
Vous n'avez point connu le prix.
Dillipez les ombres du vice
Et du Soleil de la Justice
Le jour luira sur vos esprits,

Aselini

Extrait d'un Ode de Rousseau dans laquelle ce célébre Poëte fait voir que l'Hiftoire fauve de l'oubli des teins la mémoire des Héros.

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Ce vieillard qui d'un vol agile
Fuit sans jamais être arrêté ,
Le tems cette image mobile
De l'immobile Eternité.
A peine du sein des ténébres
Fait éclorre les faits célébres,
Qu'il les replonge dans la nuit.
Auteur de tout ce qui doit être ,
Il détruit tout ce qu'il fait naître
A mesure qu'il le produit.

Mais la Déeffe de mémoire
Fayočable aux noms éclatans ,
Souleve l'équitable Histoire
Contre l'iniquité des tems.;
Et dans les registres des âges
Consacrant les nobles images

Que la gloire lui vient offrir;
Sans cesse en cet auguste Livre
Notre reffouyenir voit revivre
Ce que nos yeux ont vû périr.

C'est là que la main immortelle,
Mieux que

la Déefse aux'cent yoix
Saura dans un tableau fidelle
Immortaliser les exploits.
L'avenir faisant son étude
De cette yaste multitude

D'incroya

D'incroyables événemens,
Dans leurs vérités authentiques
Des fables les plus fantastiques
Retrouvera les fondemens.

Ce n'est point d'un amas funeste De massacres & de débris Qu'une vertu pure & Céleste Tire son véritable prix. Un Héros qui de la victoire Emprunte fon unique gloire, N'est Héros que quelques momens ; Et pour

l'être toute sa vie Il doit opposer à l'envie De plus paisibles monumens.

En vain ses exploits mémorables
Etonnent les plus fiers Vainqueurs,
Les seules conquêtes durables
Sont celles qu'on fait sur les cæurs.
Un tiran cruel & fauyage
Dans les feux & dans le

rayage N'acquiert qu'un honneur criminel : Un Vainqueur qui fait toujours l'être, Dans les cæurs dont il se rend Maître S'éleve un trophée éternel.

R

Ode à la Fortune.

Fortune dont la main couronne
Les forfaits les plus inouis
Du faux éclat qui t'environne
Serons-nous toujours éblouis ?
Jusqu'à quand, trompeuse idole ,
D'un culte honteux & frivole
Honnorerons-nous tes Autels ?
Verra-t-on toujours tes caprices
Consacrés par les Sacrifices
Et par l'hommage des mortels?

Le Peuple dans ton moindre ouyrage
Adorant la prospérité,
Te nomme grandeur de courage,
Valeur , prudence, fermeté,
Du titre de vertu suprême
Il dépouille la vertu même
Pour le vice que tu chéris ;
Et toujours ses fauffes maximes
Erigent en Héros sublimes
Tes plus coupables favoris.

Mais de quelque superbe titre
Dont ses Héros soient revêtus,
Prenons la raison pour arbitre

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