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Un autre fang d'Hélene, une autre Iphigénie Sur ce bord immolée

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doit laisser sa vie. Thésée avec Hélene uni secrettement Fit succéder l'Hymen à son enlévement, Une fille en sortit que fa mere a célée, Du nom d'Iphigénie elle fut appellée. ... Elle me voit , m'entend , elle est devant vos

yeux , Et c'est elle en un mot que demandent les

Dieux. Ainsi parle Calchas. Tout le Camp immobile L'écoute avec frayeur & regarde Eriphile. Elle étoit à l'Autel , & peut-être en son caur Du fåtal Sacrifice accusoit la lenteur. Elle-même tantôt d'une course subite Etoit venue aux Grecs annoncer votre fuite: On admire en secret sa naissance & lon sort. Mais puisque Troye enfin est le prix de la mort L'Armée à haute voix se déclare contr'elle , Et prononce à Calchas fa sentence mortelle. Déja pour la saisir Calchas leve le bras : Arréte , a-t-elle dit, & ne m'approche pas. Le sang de ces Héros dont tu me fais descendre Sans tes profanes mains saura bien se répandre. Furieuse elle vole, & sur l'Autel prochain Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein, A peine son fang coule & fait rougir la Terre, Les Dieux font sur l'Autel entendre le tonnerre,

Les vents agitent l'air d'heureux frémissemens, Et la mer leur répond par ses mugiffemens. Tout s'empresse, tout part, la seule Iphigénie Dans ce commun bonheur pleure son ennemie. Des mains d’Agamemnon venez la recevoir , Venez, Achille & lui brûlent de vous recevoir,

Racine, Iphigénie.

Peintures vives.

Pauline femme de Polyeucte Seigneur Arménien , raconte à une de ses confidentes un songe qui lui donnoit de grandes allarmes sur le compte de son mari. Or il eft bon de savoir que Polyeucte avoit embrassé depuis peu le Christianisme , mais: il n'en faifoit pas encore profession ouvertement , & Pauline sa femme qui étoit: Payenne , ne favoit encore rien de son changement: dans ce moment elle venoit d'apprendre à sa Confidente qu'avant d'être mariée elle avoit aimé Severe Chevalier Romain , parce que Felix fon pere le Jui avoit d'abord destiné pour époux. Le bruit avoit couru qu'il avoit été tué depuis peu à la guerre. C'est dans ces circonstances qu'elle a le fonge qu'on va voir & qui est dépeint avec cette noblesse &

ces images magnifiques avec lesquelles le grand Corneille favoit fi bien tracer ses figures.

Je l'ai vû cette nuit ce malheureux Sévere
La vengeance à la main, l'ail ardent de colere,
Il n'étoit point couvert de ces tristes lambeaux
Qu'une ombre désolée emporte des tombeaux,
Il n'étoit point percé de ces coups pleins de

gloire Qui retranchant la vie, affurent sa mémoire. Il sembloit triomphant & tel que sur son char Victorieux dans Rome entre notre César. Après un peu d'effroi que m'a donné la vûe : » Porte à qui tu voudras la faveur qui m'est dûe,

Ingrate, m'a-t-il dit, & ce jour expiré,' » Pleure à loisir l'époux que tu m'as préféré. A ces mots j'ai frémi, mon ame s'est troublée , Ensuite des Chrétiens une impie assemblée Pour avancer l'effet de ce discours fatal, A jetté Polyeucte aux pieds de son rival. Soudain à son secours j'ai réclamé mon pere ; Hélas ! c'est de tout point ce qui me défelpere. J'ai vû mon pere même un poignard à la main Entrer le bras levé pour lui percer le sein. Là ma douleur trop forte a brouillé ces images Le fang de Polyeučte a satisfait leurs

rages. Je ne lai ai comment ni quand ils l'ont tué,

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Mais je sai qu'à sa mort tous ont contribué.
Voilà quel est mon songe.

Le récit suivant peint vivement l'indignation dont est faisie une personne zélée pour fa Religion & qui vient de voir profaner l'objet de fon culte & de fon respect. C'est la Confidente de Pauline qui vient lui raconter de quelle maniere Polyeucte & fon ami Néarque ont profané les Autels dans un Sacrifice public en se déclarant ouvertement Chrétiens.

Cette Scéne se passe entre deux femmes élevées dans le Paganisme. La Confidente qui fait le récit représente admirablement le caractere d'une femme prévenue pour fa Religion & dévouée au culte des Dieux

que

dans son erreur elle croit & qu'elle respecte de tout son cæur.

PAULINE.

Hé bien, ma Stratonice, Comment s'est terminé ce pompeux Sacrifice ? Ces rivaux généreux au Temple se sont yûs ?

STRATONICE.

Ah! Pauline.

PAULINE.

Mes yeux ont-ils été déçus?

J'en vois sur ton visage une mauvaise marque , Se font-ils querellés? STRATONICE.

Polyeuce, Néarque, Les Chrétiens.....

PAULINE.

Parle donc, les Chrétiens ?
STRATONICE.

Je ne puise
PAULINE.
Tu prépares mon ame à d'étranges ennuis,

STRATONICE.
Vous n'en fauriez avoir une plus juste cause

PAULINE.

L'ont-ils assassiné?

STRATONICE.

Ce seroit peu de chofe. Tout votre songe est vrai, Polyeuce n'est plus.

PAULINE.

Il est mort ?

STRATONICE.
Non, il yit, mais ô pleurs superflus!

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