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LE
ES peintures vives font ordinaire+

étalées dans les Narrations & les descriptions ; elles sont employées tantôt pour orner le récit de quelque fait important, par exemple , le récit ou la rela--tion d'une bataille, d'une tempête, de la mort d'un Héros ou de quelqu'autre tragique accident; tantôt pour donner l'image des différentes passions, comme de la colere, de la vangeance , de la trahison, &c. tantôt enfin pour embellir les grands sujets & tout ce qui doit frapper l'imagination. Elles doivent présenter des tableaux si frappans , & dont les couleurs foient fi viyes & fi naturelles, qu'on ne croye plus entendre le Poëte, mais que par une agréable illusion on se voye tranfporté dans le lieu où la chose dont on parle s'est passée, ou que l'on s'imagine voir

les

les personnes ou les choses dont il est question dans le sujet. Les objets les plus pitoyables, même les plus affreux ont de quoi plaire s'ils sont bien exprimés ; le plaisir qu'on a de voir une belle imitation ne vient pas précisément de l'objet, mais de la réflexion que fait l'esprit, qu'il n'y a rien en effet de plus ressemblant. Les exemples fuivans feront sentir l'effet que doivent produire les peintures vives.

Cinna raconte à Émilie les progrès de la conspiration qu'il avoit formée contre Auguste.

Jamais contre un tiran entreprise conçue
Ne permit d'espérer une si belle issue;
Jamais de telle ardeur on n'en jura la mort,
Et jamais conjurés ne furent mieux d'accord...
Plût à Dieu que vous-même euffiez vú de quel

zele
Cette troupe entreprend une action fi belle!..
Amis, leur ai-je dit , voici le jour heureux
Qui doit conclure enfin nos deffeins généreux.
Le Ciel entre nos mains a mis le fort de Rome
Et son salut dépend de la perte d'un homme....
Au seul nom de César, d'Auguste & d'Empe-

reur ,

L

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Vous eussiez vû leurs yeux s'enfiammer de fus

reur....
par un long récit de toutes les miseres
Que durant notre enfance ont enduré nos peres
Renouvellant leur haine avec leur souvenir,
Je redouble en leurs cours l'ardeur de le pus

nir. ...
J'ajoûte à ce tableau la peinture effroyable
De leur concorde impie, affreuse, inexorable,
Funeste aux gens de bien, aux riches, au Sé-

nat ,

Et pour tout dire enfin de leur Triumvirat ;
Mais je ne trouve point de couleurs assez noia

res

Pour en représenter les tragiques histoires.
Je les peins dans le meurtre à l'envi triom,

phans,
Rome entiere noyée au sang de ses enfans.
Les uns affassinés dans les Places publiques,
Les autres dans le sein de leurs Dieux domess

tiques.
Le méchant par le prix au crime encouragé
Le mari par sa femme en son lit égorgé;
Le fils tout dégoutant du meurtre de son pere;
Et sa tête à la main demandant son salaire ;
Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles

traits
Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix,

Vous dirai-je les noms de ces grands person

nages Dont j'ai dépeint les morts pour aigrir leurs

courages ?...

J'ajoûte en peu de mots : toutes ces cruautés,
La perte de nos biens & de nos libertés,
Le ravage des Champs , le pillage des Villes,
Et les proscriptions & les guerres civiles
Sont les degrés sanglans dont Auguste a fait

choix Pour monter sur le Trône & nous donner des

loix. Mais nous pouvons changer un destin si funeste Puisque de trois tirans c'est le seul qui nous

refte, Et que juste une fois , il s'est privé d'appui, Perdant pour régner seul deux méchans après

lui.....

A peine ai-je achevé que chacun renouvelle Par un noble serment le veu d'être fidele, L'occasion leur plaît, mais chacun veut pour

foi L'honneur du premier coup que j'ai choisi

pour moi.

Corn. Cinna.

L'Oracle de Calchas ayoit prononcé que les Grecs faisoient de vains efforts

pour prendre la Ville de Troye, & qu'ils devoient facrifier Iphigénie fille d'Agamemnon Chef des Princes Troyens, pour obtenir des Dieux un vent favorable qui les conduisit à Troye. Dans le récit fuivant Ulyffe raconte à Clytemnestre mere d'Iphigénie, comment sa fille a échapé de la mort, & comment l'Oracle a eu néanmoins son accomplissement.

Jamais jour n'a paru fi mortel à la Gréce,
Déja de tout le Camp la discorde maîtreffe,
Avoit sur tous les yeux mis son bandeau fatal
Et donné du combat le funeste signal.
De ce spectacle affreux votre fille allarmée,
Voyoit pour elle Achille & contr'elle l'Armée,
Mais quoique seul pour elle Achille furieux
Epouvantoit l'Armée & partageoit les Dieux,
Déja de traits en l'air s'élevoit un nuage,
Déja couloit le sang prémice du carnage.
Entre les deux partis Calchas s'est avancé
L'æil farouche, l'air sombre & le poil hérissé,
Terrible & plein du Dieu qui l'agitoit sans dou-

te :
Vous Achille, a-t-il dit, & vous Grecs qu'on

m'écoute. Le Dieu qui maintenant vous parle par ma voix M'explique son Oracle & m'instruit de son choix,

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