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chal de Saxe, que sans moi vous n'auriés peut-être jamais sue, car je ne pense pas que vous l'eûfliés été déterrer dans cette rapsodie qui vient de paroitre sous le titre d'Histoire du Maréchal de Saxe.

L A scène est à Mittaw: c'est dans cette capitale de la Semigalle que la fille d'un bourgeois de la ville , étant venue faire visite au Comte, attendoit la nuit pour se retirer , lorsque la maison fut investie par les Moscovites. 11 n'y avoit plus moïen de partir, même à la faveur de l'obscurité qui commençoit, sans risquer d'être reconnue, & c'étoit ce qu'elle craignoit le plus au monde. Le Comte,qui, s'il eût été pris, eût peut - être été transporté en Sibérie, païs qu'il n'aimoit point, occupé des moïens de s'épargner ce vorage, abandonna le soin de la jeune bourgeoise à un de ses valets de chambre. Celui-ci, pour la faire évader moder

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tie sauve, imagine de la déguiser en homme, lui donne un habit de son maître, & la descend avec une corde par une fenêtre dans un jardin voisin. Des Russes qui étoient montés sur des toits, la virent descendre; ils crurent que c'étoit le Comte qui cherchoit à s'échapper; ils y coururent au nombre de plus de cinquante, la baïonnette au bout du fusil, l'arrêtèrent, ne doutant plus que ce ne fût lui-même (quelques-uns aïant reconnu son habit) & l’emmenèrent bien escorté à celui qui les commandoit. L'erreur ne fut pas longue; les pleurs de la prisonnière de guerre eurent bientôt trahi son sexe; ses larmes, sa fraïeur, sa confusion, sa beauté, la jeunesse & la singularité de l'aventure adoucirent l'officier Russien, il ordonna qu’on en prît tout le soin posible: mais au lieu de la rendre à ses parens, comme elle le lui demandoit avec les instances

les

les plus touchantes, il l'emmena avec lui quand il se retira, & en fit sa femme.

Ne m'envoïés plus, je vous en prie, de vos nouveaux romans avant de les avoir lus, ou fait lire. J'ai parcouru les 200 premières pages de votre Dom Quichote femelle, dans l'espérance d'y trouver quelque chose ; achève qui voudra ; je le donne en cent à l'ainé des Lisards (h). Voïés pourtant le chapitre 12 du premier livre, & le dernier du second. Un imbécille d'amant, ne sachant comment faire pour attraper le goût de cette maussade folle d'Arabelle , & la voïant confite dans les romans, se résout à en lire quelquesuns pour apprendre à lui plaire. Charmée d'un si fage dessein Arabelle envoie aufli-tôt chercher dans son cabinet Cléopatre, Calandre, Clélie, & le

Grand

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(6) Vous rappelés-vous cette famille de la façon de votre Spectateur, ou de votre Babillard , fi je ne me trompe ?

Grand Cyrus. Glanville, c'est le nom de l'Amant, voïant arriver la femme de chambre accablée sous le poids de cette bibliothèque, frémit & maudit en soi les quarante volumes in secula seculorum. Arabelle après les avoir placés sur une immense table, ouverts avec complaisance & dévorés de l'ail l’un après l'autre, je vous ai choisi, dit-elle en soupirant au triste Glanville, ce petit nombre entre beaucoup d'autres •. Ce trait, & celui du (i) mal- entendu de l'amour & de la carpe volée, plus plaisant encore & que j'ai regret de n'avoir pas le tems de vous dire, sont peut-être les deux seuls bons de l'histoire de la très ennureusement ridicule & jamais intéressante Arabelle.

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(i) Livre 2. dernier chapitre,

LET L E T T RECII.

Paris, 15. fuin, 1752.

MR.de Voltaire en est fâché, Mon

R.

, fieur, & moi bien aise; aussi pourquoi nous faire attendre si longtems une pièce jouée ? Une perfide édition de fa Rome Sauvée, Catilinaire, infâme, horrible, à fais

re peur , A faire évanouir la Nièce de l'Au

teur, me met aujourd'hui en état de satisfaire un peu moins mal votre curiosité, que je ne fis il y a trois (a) mois. Que m'importe la correction ? Un vers estropié, criblé d'hiatus, laiffé en arrière, je ne suis point à cela près ;

Vous (a) Voïés mes Lettres du Ier, & du 15 Mars,

F

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