Page images
PDF
EPUB
[merged small][merged small][ocr errors][merged small][merged small][merged small]

Chacun me dit, à la ronde,
Que je suis mal loti

Et mal bâti.
Mais il faut bien, dans ce monde,

Prendre enfin son parti.

Je suis pauvre, et n'attends même

Ni place, ni soutien.

Mais n'ayant rien, Je suis sûr que lorsqu'on m'aime,

Ce n'est pas pour mon bien.

Chacun me dit, à la ronde, etc.

Je suis sot; mais dans la vie
Si c'était par l'esprit

Qu'on réussit,
Verrions-nous donc, je vous prie,

Tant de gens en crédit?

Chacun me dit , à la ronde, etc.

Je suis borgne; mais le nombre
Des méchants entassés,

Des sots pressés,
Est tel que, même dans l'ombre,

Un vil en voit assez.

Chacun me dit, à la ronde, etc.

Je suis bossu; mais Esope,
Qui, dit-on , fut si laid ,

Si contrefait,
Sous sa difforme enveloppe,

Fit la barbe au mieux fait.

Chacun me dit, à la ronde, etc.

Je suis sourd; mais sur la terre
Tout, pour m'intimider,

Peut s'accorder,
Créanciers, femme, tonnerre,

Je n'entends rien gronder.

Chacun me dit, à la ronde, etc.

Je suis boiteux des deux jambes ;
Mais combien on en voit,

En maint endroit,
Qui, bien qu'ils soient très ingambes,

N'en marchent pas plus droit.

Chacun me dit, à la ronde, etc.

Je suis manchot; mais qu'y faire ?
Me plaindre de mon sort

Serait un tort,
Un bras pour remplir mon verre

N'est-il pas assez fort?

Chacun me dit, à la ronde, etc.

Si je suis court de stature,
Après sa mort, ma foi,

Le plus grand roi
Ne tiendra pas, je vous jure,

Plus de place que moi.

[ocr errors]
[merged small][ocr errors]

Ainsi tous tant que vous êtes,
Gens, de la tête aux pieds,

Estropiés,
Borgnes, bossus, boiteux, bêtes,

Riez-en et criez.

Chacun me dit, à la ronde,
Que je suis mal loti

Et mal bâti ;
Mais il faut bien , dans ce monde,
Prendre enfin son parti.

DÉSAUGIERS.

L'ASSASSIN.

AIR du ménage de Garçon.

Dans une auberge d'Angleterre,
Un matin, couché sur mon lit,
Je rêvais, triste et solitaire,
Quand soudain ma porte s'ouvrit.
Un homme à mine hétéroclite,
Le front pâle et les pieds poudreux,
Entre et dit: Levez-vous bien vite;
Vous comprenez ce que je veux.

Jugez quelle frayeur m'assiège !
Pourtant je me lève en tremblant ;
L'inconnu me fait prendre un siège
Et couvre mon corps d'un drap blanc.
Quels dangers mon esprit se forge!
Mais je résisterais en vain;
Car il me saisit à la gorge
Avec un instrument d'airain.

Dans cette affreuse conjoncture,
Il me force à rester muet ;
Puis il me meurtrit la figure
Avec un énorme boulet.
J'écumais; j'étais tout en nage.
Quelle mort allais-je endurer?
L'eau ruisselait sur mon visage
Et j'avais peine à respirer.

Il voit la terreur qui m'agite.
Ému par mon regard touchant,
Voulant m'expédier plus vite,
Il s'empare d'un fer tranchant.
Par une blessure profonde,
Mon sang coule ; plus de milieu ;
Je vois qu'il faut quitter ce monde
Et je me recommande à Dieu.

« PreviousContinue »