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nay, dans le moment même où il la chargeoit près de moi dès accusations les plus graves ; cette odieuse apologie qu'il vous a envoyée, et où il n'y a pas une seule des raisons qu'il avoit à dire ; cette lettre projetée pour Saint-Lambert, qui devoit le tranquilliser sur des sentimens qu'il se reprochoit; et où, loin d'avouer une passion née dans són caur malgré lui, il s'excuse d'avoir alarmé madame d'Houdetot sur la sienne. Que sais-je encore ? Je ne suis point content de ses réponses ; je n'ai pas eu le courage de le lui témoigner, j'ai mieux aimé lui laisser la misérable consolation de croire qu'il m'a trompé. Qu'il vive! Il a mis dans sa défense un emportement froid qui m'a affligé. J'ai peur qu'il ne soit endurci.

• Adieu, mon ami ; soyons et continuons d'être honnêtes gens : l'état de ceux qui ont cessé de l'être me fait peur. Adieu, mon ami ; je vous embrasse bien tendrement ..... Je me jette dans vos brascomme un homme effrayé ; je tâche en vain de faire de la poésie, mais cet homme me revient tout à travers mon travail ; il me trouble, et je suis comme si j'avois à côté de moi un damné: il est damné, cela est sûr. Adieu, mon ami .... Grimm, voilà l'effet que je ferois sur 'vous, si je devenois jamais un méchant: en vérité, j'aimeroismieux être mort. H n'y a peut-être pas le sens commun dans tout ee que je vous écris, mais je vous avoue que je n'ai jamais éprouvé un trouble d'ame si terrible que celui que j'ai.

• Oh! mon ami, quel spectacle que celui d'un homme méchant et bourrelé! Brûlez, déchirez ce papier, qu'il ne retombe plus sous vos yeux ; que je ne revoie plus cet homme là, il me feroit croire aux diables et à l'enfer. Si je suis jamais forcé de retourner chez lui, je suis sûr que je frémirai tout le long du chemin : j'avois la fièvre en revenant. Je suis fâché de ne lui avoir pas laissé voir l'horreur qu'il m'inspiroit, et je ne me réconcilie avec moi qu'en pensant, que vous, avec toute votre fermeté, vous ne l'auriez pas pu à ma place: je ne sais pas s'il ne m'auroit pas tué. On entendoit ses cris jusqu'au bout du jardin ; et je le voyois ! Adieu, mon ami, j'irai demain vous voir ; j'irai chercher un homme de bien, auprès duquel je m'asséye, qui me rassure, et qui chasse de mon ame je ne sais quoi d'infernal qui la. tourmente et qui s'y est attaché. Les poètes ont bien fait de mettre un intervalle immense entre le ciel et les 'enfers. En vérité, la main me tremble.' III. 148, 149.

Madame d'Epinay lived, as we before observed, with many persons of great celebrity. We could not help smiling, among many others, at this anecdote of our countryman David Hume. At the beginning of his splendid career of fame and fashion at Paris, the historian was persuaded to appear in the character of a Sultan ; and was placed on a sofa between two of the most beautiful women of Paris, who acted for that evening the part of inexorables, whose favour he was supposed to be soliciting. The absurdity of this scene can easily be conceived.

· Le célèbre David Hume, grand et gros historiographe d'Angle

terre, connu et estimé par ses écrits, n'a pas autant de talens pour ce genre d'amusemens auquel toutes nos jolies femmes l'avoient décidé propre. Il fit son début chez madame de T ***; on lui avoit destiné le rôle d'un sultan assis entre deux esclaves, employant toute son éloquence pour s'en faire aimer; les trouvant inexorables, il devoit chercher le sujet de leurs peines et de leur résistance: on le place sur un sopha entre les deux plus jolies femmes de Paris, il les regarde attentivement, il se frappe le ventre et les genoux à plusieurs reprises, et ne trouve jamais autre chose à leur dire que: Eh bien! mes demoiselles.... Eh bien ! vous voilà donc.... Eh bien ! vous voilà....vous voilà ici ? ....Cette phrase dura un quart d'heure, sans qu'il pût en sortir. Une d'elles se leva d'impatience: Ah! dit-elle, je m'en étois bien doutée, cet homme n'est bon qu'à manger du veau! Depuis ce temps il est relégué au rôle de spectateur, et n'en est pas moins fêté et cajolé. C'est en vérité une chose plaisante que le rôle qu'il joue ici; malheureusement pour lui ou plutôt pour la dignité philosophique, car, pour lui, il paroît s'accommoder fort de ce train de vie; il n'y avoit aucune manie dominante dans ce pays lorsqu'il y est arrivé;

on l'a regardé comme une trouvaille dans cette circonstance, et l'effervescence de nos jeunes têtes s'est tournée de son côté. Toutes les jolies femmes s'en sont emparées ; il est de tous les soupers fins, et il n'est point de bonne fête sans lui; en un mot, il est pour nos agréables ce que les Genevois sont pour moi ' III. 284, 285.

There is always some man, of whom the human viscera stand in greater dread than of any other person, who is supposed, for the time being, to be the only person who can dart his pill into their inmost recesses; and bind them over, in medical recognisance, to assimilate and digest. In the Trojan war, Podalirius and Machaon were what Dr Baillie and Sir Henry Hala ford now are-they had the fashionable practice of the Greck camp; and, in all probability, received many a guinea from Agamemnon dear to Jove, and Nestor the tamer of horses. In the time of Madame d'Epinay, Dr Tronchin of Geneva was in voyue, and no lady of fashion could recover without writing to him, or seeing him in person. To the Esculapius of this very small and irritable republic, Madame d'Epinay repaired; and, after a struggle between life and death, and Dr Tronchin, recovered her health. During her residence at Geneva, she became acquainted with Voltaire, of whom she has left the following admirable and original account--the truth, tålent, and simplicity of which, are not a little enhanced by the tone of adulation or abuse which has been so generally employed in speaking of this celebrated person.

• Eh bien! mon ami, je n'aimerais pas à vivre de suite avec lui; il n'a nul principe arrêté, il compte trop sur sa mémoire, et il en abuse souvent; je trouve qu'elle fait tort quelquefois à sa conversation ; i! redit plus qu'il ne dit, et ne laisse jamais rien à faire aux autres. I ne sait point causer, et il humilie l'amour-propre ; il dit le pour et le contre, tant qu'on veut, toujours avec de nouvelles graces à la vérité, et néanmoins il a toujours l'air de se moquer de tout, jusqu'à luimême. Il n'a nulle philosophie dans la tête; il est tout hérissé de petits préjugés d'enfans; on les lui passeroit peut-être en faveur de ses graces, du brillant de son esprit et de son originalité, s'il ne s'affichoit pas pour les secouer tous. Il a des inconséquences plaisantes, et il est au milieu de tout cela très-amusant à voir. Mais je n'aime point les gens qui ne font que m'amuser. Pour madame sa nièce, elle est tout-à-fait comique.

• Il paroit ici depuis quelques jours un livre qui a vivement échauffe les têtes, et qui cause des discussions fort intéressantes entre différentes personnes de ce pays, parce que l'on prétend que la constitution de leur gouvernement y est intéressée : Voltaire s'y trouve melé pour des propos assez vifs qu'il a tenus à ce sujet contre lesprêtres. La grosse nièce trouve fort mauvais que tous les magistrats n'ayeut pas pris fait et cause pour son oncle. Elle jette tour à tour ses grosses mains et ses petits bras par dessus sa téte, maudissant avec des cris inhumains les lois, les républiques et surtout ces polissons de républicains qui vont à pied, qui sont obligés de souffrir les criailleries de leurs prêtres, et qui se croient libres. Cela est toutà-fait bon à entendre et à voir.' III. 196, 197.

Madame d'Epinay was certainly a woman of very considerable talent. Rousseau accuses her of writing bad plays and romances. This may be ; but her epistolary style is excellenther remarks on passing events lively, acute, and solid and her delineation of character admirable. As a proof of this, we shall give her portrait of the Marquis de Croisinare, one of the friends of Diderot and the Baron d'Holbach.

• Je lui crois bien soixante ans ; il ne les paroit pourtant pas. Il est d'une taille médiocre, sa figure a dû être très agréable : elle se distingue encore par un air de noblesse et d'aisance, qui répand de la grace sur toute sa personne. Sa physionomie a de la finesse. Ses gestes, ses attitudes ne sont jamais recherchés ; mais ils sont si bien d'accord avec la tournure de son esprit, qu'ils semblent ajouter à son originalité. Il parle des choses les plus sérieuses et les plus importantes d'un ton si gai, qu'on est souvent tenté de ne rien croire de ce qu'il dit. On n'a presque jamais rien à citer de ce qu'on lui entend dire ; mais lorsqu'il parle, on ne veut rien perdre de ce qu'il dit; et s'il se tait, on désire qu'il parle encore. Sa prodigieuse vivacité, et une singulière aptitude à toutes sortes de talens et de connoissances, l'ont porté à tout voir et à tout connoître ; au moyen de quoi vous comprenez qu'il est fort instruit. Il a bien lu, bien vu, et n'a retenu que ce qui valoit la peine de l'être. Son esprit annonce d'abord plus d'agrément que de solidité, mais je crois que quiconque le jugeroit

Frivole lui feroit tort. "Je le soupçonne de renfermer dans son cabinet les épines des roses qu'il distribue dans la société : assez constamament gai dans le monde, seul je le crois mélancolique. On dit qu'il a l'ame aussi tendre qu'honnête ; qu'il sent vivement et qu'il se livre avec impétuosité à ce qui trouve le chemin de son cæur. Tout le monde ne lui plaît pas ; il faut pour cela de l'originalité, ou des vertus distinguées, ou de certains vices qu'il appelle passions ; néanmoins dans le courant de la vie, il s'accommode de tout. Beaucoup de curiosité et de la facilité dans le caractère (ce qui va jusqu'à la foiblesse) l'entraînent souvent à négliger ses meilleurs amis et à les perdre de vue, pour se livrer à des goûts factices et passagers : il en rit avec eux ; mais on voit si clairement qu'il en rougit avec lui-même, qu'on ne peut lui savoir mauvais gré de ses disparates.' II. p. 324-326.

The portrait of Grimm, the French Boswell, Vol. III. p. 97, is equally good, if not superior; but we have already extracted enough, to show the nature of the work, and the talents of the author. It is a lively, entertaining book,--relating, in an agreeable manner, the opinions and habits of many remarkable men; -mingled with some very scandalous and improper passages, which degrade the whole work. But if all the decencies and delicacies of life were in one scale, and five francs in the other, what French bookseller would feel a single moment of doubt in making his election ?

Art. III. Proposals for an Economical and Secure Currency :

with Observations on the Profits of the Bank of England, &c.

By David Ricardo, Esq. London, 1816. An Essay on Moncy. By C. R. PRINSEP, Esq. London, 1818. AS s the important question regarding the resumption of cash

payments by the Bank of England, will, in the ensuing Session, come under the discussion of Parliament, the present seems a particularly fit period for endeavouring to excite the public aitention to a consideration of the state of the currency. The events which have occurred since the epoch of the Parliamentary discussions relative to the Bullion Report, and more especially the restoration of the par of exchange and the fall in the price of bullion in 1814 and 1815, have thrown new light on some points which were then involved in considerable obscurity. We have now witnessed the effects produced, as well by a sudden diminution as by a rapid increase in the amount of the circulating medium. And it will be our own fault if we do not avail ourselves of this experience, not only to establish and elucidate the true theory of metallic and paper mol ney, but also to regulate and digest those practical measures which are now become necessary.

In addition to this, the extraordinary progress which has of late been made in the elucidation of the fundamental principles of political economy, and in separating and disentangling them from the errors with which they had been incumbered, has in nothing been more conspicuous than in what relates to money. The principle on which the value of bank paper is sustained on a par with the value of gold or silver, and by which its value in exchange may be raised to any conceivable extent, has been fully and satisfactorily developed: And by a happy and ingenious application of this principle, Mr Ricardo has shown that, in order to avoid all fluctuations in the value of paper money, except such as are incident to the metal itself which is assumed as the standard of value, and to preserve it constantly on a par with that metal, it is not necessary it should be rendered exchangeable for coined money. It shall be our object to endeavour to explain these principles, and to show how, without the circulation of a single gold coin, we may have all the security against depreciation and sudden and injurious fluctuations in the value of the currency, that we should possess if it consisted wholly of that metal.

There does not now seem to be much room for difference of opinion respecting the circumstances which regulate the value of metallic money, and its distribution throughout the various countries of the Globe. Bullion is a commcdity, on the production of which, competition operates without any restraint: It is not subjected to any species of monopoly,—and its value in exchange must, therefore, be entirely regulated by the cost of its production, that is, by the quantity of labour necessary to bring any given quantity of it to market.

If, in every stage of society, it required precisely the same quantity of lalour to produce a given quantity of bullion, its value would be invariable; and it would constitute a standard by which the variations in the exchangeable value of all other commodities could be ascertained. But this is not the case either with bullion or any other commoclity. And its value, in the same way as the value of raw produce, manufactured goods, &c., fluctuates not only according to the greater or less productiveness of the mines from which it is extracted, but also according to the comparative skill of the miners, and the successive improvements of machinery.

The circumstance of the precious metals being used not only as an ordinary commodity in the manufacture of utensils, &c. but also as a circulating medium to expedite the exchange of

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