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variety of French characters, and lays open very completely the interior of French life and manners. But there are some letters and passages which ought not to have been published; which a sense of common decency and morality ought to have suppressed; and which, we feel assured, would never have seen the light in this country.

A French woman seems almost always to have wanted the flavour of prohibition, as a necessary condiment to human life. The provided husband was rejected, and the forbidden husband introduced in ambiguous light, through posterns and secret partitions. It was not the union to one man that was objected tofor they dedicated themselves with a constancy which the most household and parturient woman in England, could not exceed; - but the thing wanted was the wrong man, the gentleman without the ring--the master unsworn to at the altar-the person unconsecrated by priests

• Oh! let me taste thee unexcis’d by kings.' The following strikes us as a very lively picture of the ruin and extravagance of a fashionable house in a great metropolis.

• M. d'Epinay a complété son domestique. Il a trois laquais, et moi deux ; je n'en ai pas voulu davantage. Il a un valet de chambre ; et il vouloit aussi que je prisse une seconde femme, mais comme je n'en ai que faire, j'ai tenu bon. Enfin les officiers, les femmes, les valets se montent au nombre de seize. Quoique la vie que je mène soit assez uniforme, j'espère n'être pas obligée d'en changer. Celle de M. d'Epinay est différente. Lorsqu'il est levé, son valet de chambre se met en devoir de l'accommoder. Deux laquais sont debout à attendre les ordres. Le premier secrétaire vient avec l'intention de lui rendre compte des lettres qu'il a reçues de son département, et qu'il est chargé d'ouvrir ; il doit lire les réponses et les faire siguer; mais il est interrompu deux cents fois dans cette occupation par toutes sortes d'espèces imag mahles. C'est un maquignon qui a des chevaux uniques à vendre, mais qui sont retenus par un seigneur; ainsi il est venu pour ne pas manquer à sa parole ; car on lui en donneroit le double, qu'on ne pourroit faire affaire. Ii en fait une description séduisantt, on demande le prix. Lo scigneur un tel en offre soixante louis.--Je vous en donne cent.-Cela est inutile, à moins qu'il ne se dédise. Cependant l'on conclut à cent louis sans les avoir vus, car le lendemain le seigneur ne manque pas de se dédire : voilà ce que j'ai vu et entendu la semaine dernière.

• Ensuite c'est un polisson qui vient brailler un air, et à qui on accorde sa protection pour le iaire entrer à l'Opéra, après lui avoir donné quelques leçons de bon goût, et lui avoir appris ce que c'est que la propreté du chant français ; c'est une demoiselle qu'on fait attendre pour savoir si je suis encore là. Je me lève et je m'en vais; les deux laquais ouvrent les deux battans pour me laisser sortir, noi

qui passerois alors par le trou d'une aiguille ; et les deux estafiers crient dans l'anti-chambre : Madame, messieurs, voilà madame. Tout le monde se range en haie, et ces messieurs sont des marchands d'étoffes, des marchands d'instruinens, des bijoutiers, des colporteurs, des laquais, des décroteurs, des créanciers ; enfin tout ce que vous pouvez imaginer de plus ridicule et de plus atiligeant. Midi ou une heure sonne avant que cette toilette soit achevée, et le secrétaire, qui, sans doute, sait par expérience l'impossibilité de rendre un compte détaillé des affaires, a un petit bordereau qu'il remet entre les inains de son maître pour l'instruire de ce qu'il doit dire à l'assemblée. Une autre fois il sort à pied ou en fiacre, rentre à deux heures, fait comme un brûleur de maison, dîne tête à tête avec moi, ou admet en tiers son premier secrétaire qui lui parle de la nécessité de fixer chaque article de dépense, de donner des délégations pour tel ou tel objet. La seule réponse est : Nous verrons cela. Ensuite il court le monde et les spectacles ; et il soupe en ville quand il n'a personne à souper chez lui. Je vois que mon temps de repos est fivi.' I. 309-310.

A very prominent person among the carly friends of Madame d'Epinay, is Mademoiselle d'Ette, a woman of great French respectability, and circulating in the best society; and, as we are painting French manners, we shall make no apology to the serious part of our English readers, for inserting this sketch of her history and character by her own hand.

• Je connois, me dit-elle ensuite, votre franchise et votre discrétion : dites-moi naturellement quelle opinion on a de noi dans le monde. La meilleure, lui dis-je, et telle que vous ne pourriez la conserver si vous pratiquiez la morale que vous venez de me prêcher. Voilà où je vous attendois, me dit-elle. Depuis dix ans que j'ai perdu ma mère, je fus séduite par le chevalier de Valory qui m'avoit vu, pour ainsi dire, élever ; mon extrême jeunesse et la confiance que j'avois en lui ne me permirent pas d'abord de me défier de ses vues. Je fus long-temps à m'en apercevoir, et lorsque je m'en aperçus, j'avois pris tant de goût pour lui, que je n'eus pas la force de lui résister. Il me vint des scrupules; il les leva, en me promettant de n'épouser. Il y travailla en effet ; mais voyant l'opposition que sa famille y apportoit, à cause de la disproportion d'age et de mon peu de fortune ; et me trouvant, d'ailleurs, heurcuse comme j'étois, je fus la première à étouffer mes scrupules, d'autant plus qu'il est assez pauvre. Il commençoit à faire des réflexions, je lui proposai de continuer à vivre comme nous étions ; il l'accepta. Je quittai ma province, et je le suivis à Paris : vous voyez comme j'y vis. Quatre fois la semaine il passe sa journée chez moi ; le reste du temps nous nous contentons réciproquement d'apprendre de pos nouvelles, à moins que le hasard ne nous fasse rencontrer. Nous vivons heureux, contens; peut-être ne le serions nous pas tant si nous étions mariés. 1. p. 111, 112.

This seems a very spirited, unincumbered way, of passing through life; and it is some comfort, therefore, to a matrimonial English reader, to find Mademoiselle d'Ette kicking the Chevalier out of doors towards the end of the second volume. As it is a scene very edifying to rakes, and those who decry the happiness of the married state, we shall give it in the words of Madame d'Epinay.

• Une nuit, dont elle avoit passé la plus grande partie dans l'inquiétude, elle entre chez le chevalier : il dormoit ; elle le réveille, s'assied sur son lit, et entame une explication avec toute la violence et la fureur qui l'animoient. Le chevalier, après avoir employé vainement, pour le calmer, tous les moyens que sa bonté naturelle lui suggéra, lui signifia enfin très-précisément qu'il alloit se séparer d'elle pour toujours, et fuir un enfer auquel il ne pouvoit plus tenir. Cette confidenee, qui n'étoit pas faite pour l'appaiser, redoubla sa rage. Puisqu'il est ainsi, dit-elle, sortez tout à l'heure de chez moi ; vous deviez partir dans quatre jours, c'est vous rendre service de vous faire partir dans l'instant. Tout ce qui est ici m'appartient ; le bail est en mon nom; il ne me convient plus de vous souffrir chez moi : levez-vous, monsieur, et songez à ne rien emporter sans ma permission.' II. p. 193, 194.

Our English method of asking leave to separate from Sir William Scott and Sir John Nicol is surely better than this.

Any one who provides good dinners for clever people, and remeinbers what they say, cannot fail to write entertaining Mcmoires. Among the early friends of Madame d'Epinay was Jean Jacques Rousseau-she lived with him in considerable intimaey; and no small part of her book is taken up with accounts of his eccentricity, insanity and vice.

Nous avons débuté par l'Engagement téméraire, comédie nouvelle, de M. Rousseau, ami de Francueil qui nous l'a présenté. L'auteur a joué un rôle dans sa pièce. Quoique ce ne soit qu'une comédie de société, elle a eu un grand succès. Je doute cependant qu'elle pût réussir au théâtre ; mais c'est l'ouvrage d'un homme de beaucoup d'esprit, et peut-être d'un homme singulier. Je ne sais pas trop cependant si c'est ce que j'ai vu de l'auteur ou de la piice qui me fait juger ainsi. Il est complimenteur sans être poli, ou au moins sans en avoir l'air. Il paroît ignorer les usages du monde ; mais il est aisé de voir qu'il a infiniment d'esprit. Il a le teint brun; et des yeux pleins de feu animent sa physionomie. Lorsqu'il a parlé ei qu'on le regarde, il paroit joli; mais lorsqu'on se le rappelle, c'est toujours en laid. On dit qu'il est d'une mauvaise santé, et qu'il a des souffrances qu'il cache avec soin, par je ne sais quel principe de vanité : c'est apparemment ce qui lui donne, de temps en temps, l'air farouche. M. de Bellegarde, avec qui il a causé long-temps, ce matin, en est enchanté, et l'a engagé à nous venir voir souvent. J'en suis bien aise ; je me promets de profiter beaucoup de sa conversation.' I. p. 175-176.

Their friendship so formed, proceeded to a great degree of intimacy - Madame d'Epinay admired his genius, and provide ed him with hats and coats; and, at last, was so far deluded. by his declamations about the country, as to fit him up a little hermit cottage, where there were a great many birds, and a great many plants and flowers--and where Rousseau was, as might have been expected, supremely miserable. His friends from Paris did not come to see him. The postman, the butcher and the baker, hate romantic scenery-dutchesses and marchionesses were no longer found to scramble for him. Among the real inhabitants of the country, the reputation of reading and thinking is fatal to character; and Jean Jacques cursed his own successful eloquence which had sent him from the suppers and fattery of Paris to smell to daffodils, watch sparrows, or project idle saliva into the passing stream. Very few men who have gratified, and are gratifying their vanity in a great metropolis, are qualified to quit it. Few have the plain sense to perceive, that ihey must soon inevitably be forgotten, -or the fortitude to bear it when they are. They represent to themselves imaginary scenes of deploring friends and dispirited companies ;-but the ocean might as well regret the drops exhaled by the sun-beams. Life goes on; and whether the absent have retired into a cots tage or a grave, is much the same thing.-In London, as in Law, de non apparentibus, et non existentibus eadem est ratio.

This is the account Madame d'Epinay gives of Rousseau soon after he had retired into the hermitage.

« J'ai été il y a deux jours à la Chevrette, pour terminer quelques affaires avant de m'y établir avec mes enfans. J'avois fait prévenir Rousseau de mon voyage : il est venu me voir. Je crois qu'il a besoin de ma présence et que la solitude a déjà agité sa bile. Il se plaint de tout le monde. Diderot doit toujours aller, et ne va jamais le voir ; M. Grimm le néglige ; le baron d'Holbach l'oublie ; Gauffecourt et moi seulement avons encore des égards pour lui, dit-il; j'ai voulu les justifier : cela n'a pas réussi. J'espère qu'il sera beaucoup plus à la Chevrette qu'à l'Hermitage. Je suis persuadée qu'il n'y a que façon de prendre cet homme pour le rendre heureux'; c'est de feindre de ne pas prendre garde à lui, et s'en occuper sans cesse : c'est pour cela que je n'insistai point pour le retenir, lorsqu'il m'eut dit qu'il vouloit s'en retourner à l'Hermitage, quoiqu'il fût tard et malgré le mauvais temps.' II. p. 253-254.

Jean Jacques Rousseau seems, as the reward of genius and fine writing, to have claimed an exemption from all moral duties. He borrowed, and begged, and never paid ;-„put his children in a poor-house-betrayed his friends—insulted his beHefactors--and was guilty of every species of meanness and mischiet. His vanity was so great, that it was almost impossible

to keep pace with it by any activity of attention ; and his suspicion of all mankind amounted nearly, if not altogether, to insanity. The following anecdote, however, is totally clear of any symptom of derangement, and carries only the most rooted and disgusting selfishness.

• Rousseau vous a donc dit qu'il n'avoit pas porté son ouvrage à Paris ? Il en a menti, car il n'a fait son voyage que pour cela. J'ai reçu hier une lettre de Diderot, qui peint votre hermite comme si je le voyois. Il a fait ces deux lieues à pied, est venu s'établir chez Diderot sans l'avoir prévenu, le tout pour faire avec lui la revision de son ouvrage. Au point où ils en étoient ensemble, vous conviendrez que cela est assez étrange. Je vois, par certains mots échappés à mon ami dans sa lettre, qu'il y a quelque sujet de discussion entre eux; mais comme il ne s'explique point, je n'y comprends rien. Rousseau l'a tenu impitoyablement à l'ouvrage depuis le samedi dix heures du matin, jusqu'au lundi onze heures du soir, sans lui donner à peine le temps de boire ni manger. La revision finie, Diderot cause avec lui d'un plan qu'il a dans la tête, et prie Rousseau de l'aider à arranger un incident qui n'est pas encore trouvé a sa fantaisie. Cela est trop difficile, répond froidement l'hermite, il est tard, je ne suis point accoutumé à veiller. Bonsoir, je pars demain à six heures du matin, il est temps de dormir. Il se lève, va se coucher, et laisse Diderot pétrifié de son procédé. Voilà cet homme que vous croyez si pénétré de vos leçons. Ajoutez à cette reflexion un propos singu. lier de la femme de Diderot, dont je vous prie de faire votre profit. Cette femme n'est qu'une bonne femme, mais elle a le tact juste. Voyant son mari désolé le jour du départ de Rousseau, elle lui en demande la raison ; il la lui dit : C'est le manque de délicatesse de cet homme, ajoute-t-il, qui m'affige ; il me fait travailler comme un manæuvre, je ne m'en serois, je crois, pas aperçu, s'il ne m'avoit refusé aussi sèchement de s'occuper pour moi un quart-d'heure... Vous êtes étonné de cela, lui répond sa femme, vous ne le connoissez donc pas? Il est dévoré d'envie ; il enrage quand il paroît quelque chose de beau qui n'est pas de lui. On lui verra faire un jour quelques grands forfaits plutôt que de se laisser ignorer. Tenez, je ne jurerois pas qu'il ne se rangeat du parti des jésuites, et qu'il n'entreprit leur apologie.' III. 60, 61.

The horror which Diderot ultimately conceived for him, is strongly expressed in the following letter to Grimm,—written after an interview which compelled him, with many pangs, to renounce all intercourse with a man who had, for years, been the object of his tenderest and most partial feelings.

• Cet homme est un forcené. Je l'ai vu, je lui ai reproché, avec toute la force que donne l'honnêteté et une sorte d'intérêt qui reste au fond du caur d'un ami qui lui est dévoué depuis long-temps, l'énore mité de sa conduite ; les pleurs versés aux pieds de madame d'EpiVOL. XXXI. NO. 61.

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