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Si en l'aage que je l'ay cogneu plus avancé, il eust prins un tel desseing que le mien, de mettre par escrit ses fantasies, nous verrions plusieurs choses rares et qui approcheroient de bien pres de l'honneur de l'antiquité : car notamment en cette partie des dons de la nature, je n'en cognois point qui luy soit comparable.

MONTAIGNE, Essais, I, 27.

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JULES DELALAIN,
IMPRIMEUR DE L'UNIVERSITÉ ROYALE DE FRANCE

BUE DES MATHURINS SAINT-JACQUES, 5.

M DCCC XLVI.

70. C. II.

Toui contrefacteur ou débitant de contrefaçons de cette Édition sera poursuivi conformément aux lois.

Toutes mes éditions sont revêtues de ma griffe.

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u Oserais-je demander, écrivait M. Nodier, il y a déjà plusieurs années!, pourquoi nous n'avons pas encore une édition complète d'Etienne de La Boëtie, cet autre lui que Montaigne préférait à lui-même, et en qui la postérité moins prévenue aimerait du moins à reconnaitre le digne ami de Montaigne ? En faisant une large part aux concessions libérales de l'amitié, l'homme que Montaigne a nommé le plus grand de son siècle mérite bien quelque place dans les archives littéraires des siècles suivants. »

L'accueil bienveillant fait par le public à mon Étude sur la vie et les ouvrages de cet écrivain?, m'a permis de penser que le moment était venu de répa-' rer l'injuste oubli signalé par M. Nodier : je donne donc présentement les OEuvres complètes de l'ami de Montaigne. Il semble que de nos jours cette publication ne manque pas d'un certain à-propos, et qu'il y a dans le goût général quelque disposition à l'accepter avec faveur. On l'a éprouvé déjà plus d'une fois : l'attention publique ne fait pas défaut à ces retours vers le passé ; on salue avec reconnaissance

1. Manuel de Bibliographie, publié par Téchener, février, 1835.

2. Élienne de La Boëlie, ami de Montaigne, Étude sa vie et ses ouvrages, précédée d'un coup-d'æil sur les origines de la littérature française ; 1 vol. in-8°, Paris, Labitte, 1845.

sur

nos vieilles gloires, et l'on sait gré ceux qui nous les rendent. Déjà notre siècle a confirmé par son suffrage plus d'une réparation de ce genre. Il ne refuse plus un rang aux écrivains du xvie siècle parmi les glorieux ancêtres de la France littéraire; il mèle au culte des génies du xvire une pensée reconnaissante pour ceux qui les ont annoncés. Montrer, par delà cette grande époque de maturité, les. jets hardis, la sève abondante d'une jeunesse vigoureuse, n'est pas une entreprise moins utile que juste : ce culte des origines ne conduit-il pas à mieux comprendre, à mieux apprécier nos chefs-d'æuvre modernes? Enfin, lorsque les nations arrivent à ce point où par l'effet de la richesse des produits de la pensée, une sorte d'épuisement se manifeste, où la lassitude et le déclin commencent, n'est-ce pas en rejetant les yeux dans le passé, qu'elles peuvent apprendre où elles doivent aller ; n'est-ce pas en se retrempant aux sources, qu'elles peuvent retrouver leur vigueur ?

l'on doit remercier le Conseil royal de l'instruction publique, d'avoir favorisé ce besoin des esprits, en reportant vers les vieilles pages de notre histoire intellectuelle l'attention des jeunes gens qui se destinent à l'enseignement? : par là, il se montre fidèle

1. « Les langues commencent par la naïveté et se perdent par l'affectation : » parole bien vraie du cardinal du Perron, qu'il nous convient fort de méditer.

2. Sur la liste des auteurs prescrits pour les concours d'agrégation en 1846, figurent les noms d'Amyot et de La Boëtie, dont les candidats devront faire une étude critique et philologique, et qu'ils devront même comparer ensemble dans quelques parties: v.l'arrêté du 21 novembre 1845.

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