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sant tous ses devoirs, faisant toutes ses fonctions de roi. Ainsi l'exercice & la tempérance font capables de conserver aux vieillards quelque chose de leur première vigueur.

Je n'ai jamais goûté ce vieux proverbe , qui est fi commun que pour être long-tems vieux, il faut l'être de bonne heure. Pour moi , plutôt que de l'être avant terme , j'aime mieux l'être moins long-tems.

Roidissons-nous contre la vieilleffe. Que l'attention redoublée de notre part, compense les torts qu'elle peut avoir. Traitons - la comme une maladie contre la quelle il faut lutter. Prenons soin de notre santé ; faisons un exercice modéré; buvons & mangeons pour réparer nos forces seulement, & non jusqu'à les outrer. Mais pourvoyons aux besoins de l'efprit autant & plus qu'à ceux du corps. C'est une lampe où il faut remettre de l'huile, sans quoi la vieillesse l'éteint. Car ces fots vieillards de comedie, ainsi que parle Cécilius , c'est-à-dire , qui font crédules, oublieux, négligens, ce n'est point leur âge qui les rend tels ; c'est leur paresse, c'est qu'ils ne favent rien faire, c'est qu'ils ne font que dormir.

J'aime que le jeune homme tienne un peu du vieillard, & que le vieillard tienne un peu du jeune homme,

Observons cette règle, & notre corps pourra bien vieillir ; mais notre esprit , non.

On reproche, en troisième lieu , à la vieillesse , de n'être plus propre à goûter le plaisir. Que nous lui sommes donc redevables, d'avoir écarté de nous

que

la jeunesse a de plus dangereux !

écoutez ce que disoit un des grands hommes qu'il y ait eu , Archytas de Tarente. J'ai entendu raconter son discours à Tarente même, où j'étois dans ma jeunelle avec (1) Fabius. La

ce

Jeunes gens,

(1) Caron, dans ce dialogue sur la vieillelle, chap. so dit en quelle qualité & à quelle occalion il s'étoit trouvé à Tarence

volupté, disoit-il, est le plus tera rible fléau du genre humain , puisque c'est la soif de la volupté qui allume les plus violentes palfions. Pour la satisfaire on trahit sa patrie, on renverse les républi. ques, on a de secrets (1) entretiens avec l'ennemi , on se porte à tous les crimes, à tous les attentats poflibles. On ne connoîtroit ni adultères, ni autres horreurs de cette espèce, sans les amorces du plaifir. Et comme le plus riche présent que l'homme ait reçu , ou de la nature, ou de quelque Dieu, c'est la raison, aufli la raison n'a-t-elle point de plus mortelle ennemie que la volupté. Où la volupté domine, il n'y a plus de retenue, & la vertu ne séjourne point où la volupté règne. Pour le mieux comprendre, figurez-vous quelqu'un , disoit Archytas, dans l'accès du plaisir le plus vif que les sens puissent goû. ter : tant que durera ce transport, assurément l'esprit de cet homme-là ne sauroit faire aucune fonction. Rien donc de si détestable , rien de si nuisible que la volupté, puisque l'effet qu'elle produit, lorsqu'elle a le plus de force & de durée, c'est d'éteindre le flambeau de l'ame.

avec le grand Fabius , surnommé le Tem. poriseur.

(1) C'est un trait qui porte sur ce qui se passa au siège niême de Tarente , où Fabius fit habilement servir à ses fins, un commerce de galanterie.

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