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Mais il ne faut pas laisser ce soin à la poftérité ; il faut avoir le courage de dire à son siècle ce que nos contemporains font de noble et d’utile. Les justes éloges sont un parfum qu'on réserve pour embaumer les morts. Un homme fait du bien, on étouffe ce bien pendant qu'il respire; et si on en parle, on l'exténue, on le défigure : n'est-il plus, on exagère son mérite pour abaisser ceux qui vivent.

Je veux du moins que ceux qui pourront lire ce petit ouvrage sachent qu'il y a dans Paris plus d'un homme estimable et malheureux secouru par vous; je veux qu'on fache que tandis que vous occupez votre loisir à faire revivre , par les soins les plus coûteux et les plus pénibles,un art utile perdu dans l'Alie qui l'inventa, vous faites renaître un secret

à Paris le parterre est assis. Ses justes réclamations ont été écoutées sur des objets plus importans. On lui doit en grande, partie la fuppreffion des lépultures dans les églises , l'établisfement des cimetières hors des villes , la diminution du nombre des fêtes, méme celle qu'ont ordonnée des évêques qui n'avaient jamais lu ses ouvrages; enfin l'abolition de la fervitude de la glėbe et celle de la torture. Tous ces changemens se sont faits , à la vérité, lentement, à demi, et comme fi l'on eût voulu prouver en les fesant qu'on suivait non sa propre raison, mais qu’on cédait à l'impulsion irréliflible que M. de Voltaire avait donnée aux esprits.

La tolérance qu'il avait tant préchée s'est établie peu de temps après la mort en Suède et dans les Etats héréditaires de la inaison d'Autriche ; et, quoi qu'on en dise , nous la verrons bientôt s'établir en France.

plus ignoré, celui de soulager par vos bienfaits cachés la vertu indigente. (2)

Je n'ignore pas qu'à Paris il y a dans ce qu'on appelle le monde, des gens qui croient pouvoir donner des ridicules aux belles actions, qu'ils sont incapables de faire ; et c'est ce qui redouble mon respect pour vous.

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P. S. Je ne mets point mon inutile nom au bas de cette épître, parce que je ne l'ai jamais mis à aucun de mes ouvrages; et quand on le voit à la tête d'un livre ou dans une affiche, qu'on s'en prenne uniquement à l'afficheur ou au libraire.

12 ) M. le comte de Lauraguais avait fait une pension au célèbre du Marsais, qui sans lui eût traîné sa vieillesse dans la misère. Le gouvernement ne lui donnait aucun fecours, parce qu'il était soupçonné d'être janseniste , et même d'avoir écrit en faveur du gouvernement contre les prétentions de la cour de Rome.

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LES PARISIENS. (a)

MESSI E U RS,

Je suis forcé par l'illuftre M. F...... de m'exposer vis-à-vis de vous. Je parlerai sur le ton du sentiment et du respect;ma plainte sera marquée au coin de la bienséance, et éclairée du flambeau de la vérité. J'espère que M. F..... sera confondu vis-à-vis des honnêtes gens qui ne sont pas accoutumés à feprêter aux méchancetés de ceux qui, n'étant pas sentimentés, font métier et marchandise d'insulter le tiers et le quart, sans aucune provocation, comme dit Cicéron dans l'oraison pro Murena , page 4.

Messieurs, je m'appelle Jérôme Carré , natif de Montauban ; je suis un pauvre jeune homme sans fortune ; et comme la volonté me change d'entrer dans Montauban , à cause que M. L. F...... de P..... m'y persécute , je suis venu implorer la protection des Parisiens. J'ai traduit la comédie de l'Ecossaise de M. Hume. Les comédiens français et les italiens voulaient la représenter : elle aurait peut-être été jouée cinq ou fix fois , et voilà que M. F.... emploie

la) Cette plaisanterie fut publiée la veille de la représentation,

fon autorité et son crédit pour empêcher ma traduction de paraître ; lui qui encourageait tant les jeunes gens quand il était jésuite , les opprime aujourd'hui : il a fait une feuille entière contre moi; il commence par dire méchamment que ma traduction vient de Genève, pour me faire suspecter d'être hérétique.

Ensuite il appelle M. Hume, M. Home; et puis il dit que M. Hume le prêtre , auteur de cette pièce , n'est pas parent de M. Hume le philosophe. Qu'il consulte seulement le journal encyclopédique du mois d'avril 1758 , journal que je regarde comme le premier des cent soixante-treize journaux qui paraissent tous les mois en Europe , il y verra cette annonce , page 137.

L'auteur de Douglas est le ministre Hume , parent du fameux David Hume, si célèbre par fon impiété. Je

ne sais pas si M. David Hume est impie : s'il l'est, j'en suis bien fâché, et je prie Dieu pour lui comme je le dois ; mais il résulte que l'auteur de l'Ecossaise eft M. Hume le prêtre, parent de M. David Hume; ce qu'il fallait prou

et ce qui est très-indifférent. J'avoue à ma honte que je l'ai cru fon frère ; mais qu'il soit frère ou cousin, il est toujours certain qu'il est l'auteur de l'Ecollaise. Il est

ver ,

vrai que

dans le journal que je cite , l'Ecossaise n'est pas expressément nommée ; on n'y parle que d'Agis et de Douglas ; mais c'est une bagatelle.

Il est fi vrai qu'il est l'auteur de l'Ecossaise que j'ai en main plusieurs de ses lettres , par lesquelles il me remercie de l'avoir traduite; en voici une que je soumets aux lumières du charitable lecteur.

My dear translator , mon cher traducteur, you have comitted many a blunder in your performance, vous avez fait plusieurs balourdises dans votre traduction: you have quitte impoverish'd the caracter of Wasp, and you have blotted his chastisement at the end of the drama....... vous avez affaibli le caractère de Frélon , et vous avez supprimé son châtiment à la fin de la pièce.

Il est vrai, et je l'ai déjà dit, que j'ai fort adouci les traits dont l'auteur peint son Wasp, (ce mot wasp veut dire frélon); mais je ne l'ai fait que par le conseil des personnes les plus judicieuses de Paris. La politesse française ne permet pas certains termes que la liberté anglaise emploie volontiers. Si je suis coupable, c'est par excès de retenue ; et j'espère que messieurs les Parisiens, dont je demande la protection, pardonneront les défauts de la pièce en faveur de ma circonspection.

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