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LIVRE CINQUIÉME.

DE LA
POLITIQUE,

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pas être étonné de rencontrer dans un
CHAPITRE : PREMIER. même ouvrage les fables débitées par

12... les anciens Naturalistes,ou les illusions
- Desi e différentes fortes de 1913 des sciences occultes, avec des disserta-
.!':8
gouvernements, 3103 tions sur ce que les sociétés des hommes

ont de plus auguste : l'histoire de l'esprit
SO MM AIRE. humain comprend des sujets si éloignés
Les opinions politiques fome partie de les uns des autres .
Thistoire de l'esprit humain. 2. Com.

Nous examinerons dans ce chapitre
bien de diferentes espèces de gouver les différentes apinions sur les gouverne,
nements. 3. Dela Démocratie. 4. De ments, & ce que l'esprit humain a in,
T'Aristocratie.f. Du gouvernement de

venté & pratiqué en ce genre. Autant l'ancienne Rome. 6.Du gouvernement que les avantages de coute une société mixte.7. Des Amphyctions.8, Dugon

d'hommes l'emportent sur ceux d'un vernement despotique.9. Dela monar

particulier , autant la politique excelle chie e kettive,de i hereditaire.io. De au dellus des autres sciences; mais il n'y la monarchie engéäéráh 11.Dugon en a aucune où il se foic introduit des vernement de France. 12. Despoirle labus fi pernicicus, & dont les maximes ments. i 3. Des états généraux.

aient été ti corrompuës.

La plus importante question est cel. OU T S les philosophes le qui regarde les différentes sortes [ 0 ] de différencélébres[<Jont regardé de gouvernements. Un écat

tes etpeces être

peut tiques font

la politique comme une régi de cing maniéres différentes. Lors neinents.

des branches [ b) de la que la puissance supréme réside dans le Mumain.

philosophie. C'est l'ob- peuple', c'est-à-dire , dans les affem-
jet le plus ecendu & les plus important brées générales des ciroiens, comme
de la sagelse humaine. On je doit donc à Athénes , ou dans le corps de la

P 3
[ 2 ] Pythagore, Platon 2 Ariftore, Cité- te, Thalie : dans Plutarq. Tiel Love Xias de
rin Albert le grand saint Thomas , door ons Siuxcarias y éxiyapzias , dans Agrippa,
iraité de la palitique

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Coinbien

Les opicions poli

de gouver

partie de l'histoire

de l'elprit

de vanitate scientiarum ; capi ss. dans Puf{b.] Cum tertia pars philosophiæ præ- fendorf, du droit de la nature de des gens, liv. cepta quæreret , non folum ad privatæ dans Denys d'Halic. liri. 4. dans Dion vitæ rationem, fed etiam ad rerum oubli- Caffius,liv.52 dans Hobbes, de imperio,cap 10. carun rectionem relata Cic definib. lib.'s. do in Leviath, c.19.dans Bodin, républ.p.713.

[] 'La question des différentes formes de dans Barclai , Argenis; liv. 1. doc. gouvernements se srouve traitée dans Hérodo

10,7

nation représentée par des députés ,, torité unique., & dont le concours est qu'elle choifit & qu'elle change à fon nécessaire pour faire & pour changer gré, & ausquels elle donne cel pouvoir les loix, comme en Allemagne, le gouqu'elle juge à propos,commeen Hollan- vernement est mixte. de , l'étac est [d] Démocratique. Lors- Bodin soutient [c] qu'il n'y a que que l'autorité souveraine est exerçée trois sortes de gouvernements ; & c'est par les plus nobles & les plus puissants aufli l'avis de [f] Tacite & de Juste[8] citoïens, qui ciennent leur autorité de Lipse. Bodin met au nombre des Dé. leur naissance, de leurs richesses, ou democracies tout gouvernement appellé quelque autre distinction indépendante Mixte, le fondant Tur ce que dans ces du choix du peuple , comme à Venise, gouvernements, la nation ou le corps l'état fe nomme Aristocratique. Lorfqui la représente a la souveraine autori. que l'autorité toute entiére & la pléni- té. Mais ce principe n'est pas sans exceprude du pouvoir légiflarif réside dansle tion: En Pologne, par exemple, l'aumonarque seul, en sorte néanmoins quc torité est partagée entre le roi & la 10de pouvoir absolu foit un pouvoir paa bleflc,& non-seulement le peuple n'a pas ternel , qui doit se proposer l'avantage une autorité supérieure , mais ifn’entre des sujets, & qui est tempéré par l'obi même en aucun partage de l'autorité. fervation des loix fondamentales de l'é. La distinction du gouvernement Mocat,& des formalités anciennes, obliga: 'narchique & du Despotique n'est pas eion donc le monarque n'est comptable généralement admise. Plulieurs ne requ'à Dieu, comme en France, le gou- connoissent qu'une espèce de gouververnement est pur Monarchique. Lorf, nement monarchique , qui dégénére que l'autorité est coralemene feigneut en tyrannie, li les loix y sont enfreinriale,qu'il n'y a d'autre relation du Sou+ ces : ils soutiennent que l'abus d'un verain à les sujets, que celle d'un maî- gouvernement n'en constituë pas une tre à des efclaves , que la propriété des espéce différente , à moins qu'on ne biens appartient au Souverain , & qu'il veuille aussi distinguer Tochlocratic peut disposer de la vie des sujets, fans y [h] du gouvernement Démocratiêtre autorisé par des motifs de justice', que ; & roligarchie [] du gouvernele gouvernement est Despotique, comment Aristocratique; mais cette opime en Turquie. Enfin lorsqu'il y a dans nion me paroîc mal fondée, car la cyl'état plusieurs puissances, qui ne font rannie s oy, l'abus de quelque gouverpas entiérement subordonnées à une au- nement que ce soit inc furent jamais 11,3 DO di? 10

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.ai ATTI [d] Démocratique est tiré des mors Grecs num reperies, nec in eo aliam præter 'istas. Swuos, peuple, d speros , puissance . Arifto- Mifcentur inter fe , fateor, & remittancratique, du mor Grec zeitau, qui excellent, tur aut intenduntur; fed fic ut propendeat o du méme merupatog. Monarchique, de jóvo; & præponderet semper aliqua pars , à feul, dar apXó, commandement. Desporique, quà jure ei nomen Juff.Lipl. politic. lib.24.2. du mor Grec, deardzons, maitre.

[h] Ochlocratie vient du mor Grec Orxes, [•] Bodin, de la républ. liv 2.

qui signifie la confusion d'une populace. [f] Nam cuuctas nationes & urbes po- [i] Oligarckie eft dérivée du mor Grec pulus, aut primores, aut finguli regunt. xiyou quisignifie un petit nombre ; comme lorfTac, annal. lib. 3.

que les Triumvirats dépouilloient le sénat Ro[&] Quidquid fcrutere, nec coetum main de l'autorité quilni appartenoit. aliquem jocialem , line ulla harum forma,

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autorisés par la constitution même du Aime l'état tel que tu le vois être';
gouvernement, ni reconnus comme lé. S'il est roral, aime la roïauté;
gitimes, au-lieu que dans les rojaumes S'il eft de peu, ou de communauté,
d'Orient & d'Afrique, le Despotisme Aime l'aussi, quand dieu t'y a fait naître,
oft fondé sur la perfuafion générale des Mon deffein n'est pas d'attaquer cet-
peuples, que tout appartient en propre. te diversité d'opinions . Mais lorsqu'on
à leurs souverains, & qu'il a droit de eft une fois bien convaincu de ce prin-
disposer de leurs vies sans autre mocif cipe, que tout homme doit avoir la lou-
que la volonté.

miffion la plus fidelle pour le gouverne. : Il est vrai que sous le gouvernement ment légitime qu'il trouve établi,il n'est monarchique, nul ne peut résister au pas défendu , il est utile même d'exaroi, mais s'ilabuso de la vic& des biens miner, sans aucun dellein d'innovation de ses sujets; s'il décruit les loix fonda- ou de désobéissance, ce que que chaque mentales, il ne viole pas moins tous les gouvernement peut avoir de bon & de principes du gouvernement, quoique défectueux: & rien ne peut coneribuer fes sujets ne soient pas les juges, & que davantage au bien public dans chaque par conséquent ils ne soient pas en droit société, qu'une connoissance parfaite de de sortir de la soumillion, & de lui op- la nature de son gouvernement,qui enposer la force. L'infraction des loix fon- gage également toute force de magi, damentales ne peut durer qu'autant de Itrats au bon usage de leur avtorité,

& temps que dure la violence , ou tout au cours les sujets à l'obéïssance. plus pendant la vie d'un roi qui n'est Dans les suppliantes d’Euripide, le dé- La ju’usufruicier de la couronne. Legou. pucé de Thébes[k]dispute contre Thé

mocratic . vernement Despotique n'a aucunes ma- fée, sur les avantages de l'état Monar, ximes semblables : Les principes de ces chique & du républicain.L'envoié comdeux gouvernements sont donc ellen- mence; il insiste sur le choix des magitiellement très différents , & même en strats d'une Démocratic , qu'il compare core plus opposés entr'eux, que ceux à un coup de dez ; sur l'abus de l'élodes crois espéces de gouvernement qui quence, qui tourne l'esprit des citoiens sont admises par touts les philosophes, comme il lui plaît, & qui les fait passer politiques , ou jurisconsultes.

du blanc au noir;sur l'aveuglement d'uLes hommes n'ont pû imaginer aucu. ne multitude inconsidérée, enfin. sur l'ane forme de gouvernement qui ne se dresse des méchants à s'élever aux prérapporte à l'une des cinq que je viens miers emplois. Il eût été peu sûr pour d'expliquer. Aucune d'elles n'est exem- Euripide de faire l'objection plus forte, pte de tours inconvenients & de touts & d'emploïer des traits plus marqués. dangers: il est ordinaire aux hommes de Thésée déclare [l] que rien ne lui parégler leurs opinions à ce sujet sur les roît plus pernicieux que le gouvernepréjugés de leur paissance & de leur é- ment Monarchique; que les loix se taiducation : &c'est la seule matiére où il sent sous un souverain, au lieu qu'elles. leur soit avantageux de se déterminer parlent également en faveur du pauvre par des préjugés.

& du riche dans un gouvernement Dé

De

.

[k] Traduet, du P.Brumoi, dans le théa fedémit de l'autorité souveraine, qu'iltransire des Grecs , l. 2. p. 540.

fera au peuple, [1] Théfée en conformité de ces fenrimens,

nocratique ; qu'il n'y a d'arbitre en. ches; Anacharsis,où la vertu est en honor tr'eux que l'équité ; que chaque citoïen neur, & le vice abhorré; Pitcacus, où les peut ouvrir des avis pour le bien pu- dignités ne sont accordées qu'aux gens blic; que c'est-là le moïen de fe distin- de bien; Cléobule, où les citoïens crain, guer; qu'au contraire dans un roïaume, gnent plus le blâme que la loi;Chilon,où, les gens de bien font suspects, & n'ont les loix sont écoutées & non les orateurs, souvent d'autre prix de leur probité & Notre gouvernement est populaire , de leur droiture que la mort. Que fert dit [s] Péricles, parce que nous avons (continuë-t-il [m] plein de son enthou. pour but la félicité du peuple & non celle siasme républicain) d'amasser pour ses de quelques particuliers. Touts ont mêhéritiers des richesses, dont un tyran ra- me droit au gouvernement quoique de vira la meilleure part, & d'élever avec conditions differences tout, jouissent des foin

des filles, qui deviendront la proie mêmes priviléges. L'honneur n'est pas de ses desirs effrénés, & un sujet de lar. déféré à la noblesse mais au mérite : la mes pour leurs parents?

. pauvreté ni la baffelle de la condition Diogéne le Cynique [n] s'eft déclaré n'empêche pas un homme de monter aux pour la démocratie : c'est aussi le senti. dignités

, pourvû qu'il s'en rende digne, ment de [o] Philon & de Machiavel.Eu- & qu'il puisse être utile à son païs. Nous ripide [p] le détermine pour la Démos vivons entre nous en particulier avec la cratie par la raison que plusieurs ancres même liberté qu'en public, traitant enassurent mieux le vaisseau qu'une seule. semble avec gaieté & franchise, sans

Aristote trouve l'Aristocratie préfé- être suspects les uns aux autres, rable [9] dans les païs où la cavalerie elt Rien n'est plus facile que de réfuter plus nombreuse, & la Démocratie où la tout ce qui vient d'être dit en faveur de force de l'état consiste principalement la Démocratie. Quelle force peuvent dans l'infanterie. Il dit [r] que la multi- avoir les loix , lorsqu'elles dependent cude est moins sujéte à la corruption, d'une multitude inconsidérée qui ne les comme l'eau plus elle est abondante, entend pas? quelle sagesle & quelle con-, moins elle se corrompt.

stance peut-on attendre d'un peuple, Plutarque, dans le banquet des sages qui se laille conduire par les discours sefait proposer par l'un des conviés cette dicieux de quelques orateurs toujours question:Quel gouvernement populais prêts à le tromper pour leur intérêt parre est le plus parfait : Solon répond que ticulier ? bien loin de comparer ce peuc'est celui, où l'injure faite à un particu- ple à un vaisseau assuré par plusieurs anlier intéresse touts les citoiens; Bias, ou cres, ne ressemble-t-il pas plucôt [1] à la loi tient lieu de roi; Thalés, où les ha- une mer orageuse & battuë continuelbitants ne sont ni trop pauvres ni trop ri- lement de vents contraires ? L'égalité

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[m] Le gouvernement déniocratique in- [9] Arifor. politic. lib. 6. produit à Athénés par Thésée, y dura pess. [] Id.politic. lib. 3. Les Athéniens eurent encore quelques rois de. [v] Pericl ap. Thucydid. lib. 2. puis Thésée .

[t] Nullum enim profundum mare,nul. [u] Arcoxpatíc xpfatto, Tupavidos. lum vaftum fretum & procellofum tantos Diog. Laert. in Diag. Cynic.

ciet fluctus , quantos multitudo motus ha[0] E'uvojewTUTN, MY TWhitibw dieisndagen bet,utique si novâ & brevi duraturâ liberxparia. Phil.Jud. de crear. princip.

tate luxuriat: pænitetque eam modò con[p] Eurip. ap. Srob. fermon. 41. de republ. filii,modò penitentiæ ipfius.Q.Curi.li!.10. vantée par Périclés cst la source de mil- progrès de Regulus,& après avoir baccu. le désordres : la sagesse & la justice ne l'armée Romaine , il avoit fait Regulus peuvent se trouver dans de parcils suf- prisonnier. L'ingrate république donna frages: une fi balse dépendance est capa- desordres secrets à ceux qui reconduiso: ble d'éteindre le zéle du citoien le plus ient Xantippe en Gréce sur les vaisseaux dévoué à sa patrie : rien n'est fi fervile de Carthage,de le faire périr en chemins & fi propre à faire naître, & à entrece- Les Athéniens ont donné des preuves nir des soupçons & des défiances, que de leur ingratitude envers leurs plusilo de voir dans touts les plus viles habi. lustres citoïens, par la prison de Miltiae tants d'une ville, des hommes qui ont le de, l'exil de Thémistocle, l'amende de droit & le pouvoir de nuire aux plusil Périclés, la mort de [b] Pachés , le banluftres & aux plus vertueux des citoïens nissement d'Aristide, la condamnation Il semble que les louanges données aux de Socrate & de Phocion. gouvernements Démocratiques soient Lorique Cimon[c] fils de Miltiade autant de traits qui en fallent sentir la revint comblé de gloire de son expédia difformité.

tion contre les Perses, dans laquelle il Anacharsis a fait une description [u] avoit remporté dans une seule journée fort juste de cette espéce de gouvernes deux grandes victoires, l'une sur mer, ment, lorsqu'il a dit qu'à Athènes les fa- l'aucre fur terre, en sorte que ce feut ges proposoient,& les fols décidoient. As jour avoit égalé-les deux journées de goracrite dans Aristophane [ X ] repré. Placées & de Salamine, il ne fut pasplu. lente le peuple d'Athénes sousfallégo- tôc rentré dans son ingrate patrie, qu'il rie d'un vieillard très sensé chez lui, fut poursuivien justice,& en grand danmais qui dans les allemblées publiques ger d'être condamné à more sur la fritombe en enfance.

vole accusation d'avoir manqué la co11Le gouvernement républicain a tou. quête de la Macédoine par les intellijours été décrié pour l'ingratitude . Les gences avec lesennemis de la patrie. Coriolans, les Camilles, les Scipions ont Les généraux [d]Athéniens,qui reméprouvé [y] celle de la république Ro. portérent sur mer une victoire des plus maine.

signalées près des illes Arginenses sur les Bomilcarcrucifié à Carthage [ z] re- Lacédémoniens,aiant suivi l'occasion de procha du haut de la croix à les citoiens profiter de leur victoire, plutôt que de leur ingratitude, leur injustice, & leur s'amuser à recueillir les corps flottants perfidie, & compta-couts les généraux, des soldats qui avoient été tués, pour dont ils avoient païé les services par une faire des funérailles,leur procès leur fuc mort infame.

fait à leur retour sur l'accusation de Les Carthaginois étoient redevables leurs envieux, & ils furent condamnés de leur salut [a]à Xantippe Lacedemo- à mort par le peuple. Diomédon, un de nien. Ce général avoit changé la fortu. ceux qui furent exécutés, l'emplnia pas ne de leurs armes ; il avoit artrêté les fes derniers moments à représenter aux

Q [n] Anacharf.ap.Plutarch in Solon. niant été apellé en justice pour rendre compte [x] Aristophan.in equitib act.2.

de fa conduite, tira for épée en présence de ses [yVal. Max.lib.5.cap.3.

I uges, com ferua . Plutarch. in Nicia, Thu [2] Juftin.lib.22. [+] Appian.de bell.Punic.

[c]. Cornel. Nep, in Cimon [6] Paché's après la conquere de Lesbos, [dj Xenoph.hijt Grec.lii Val. Max.l i.cap.i.

Tom. 11.

cydid. lib. z.

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