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SECTION II.

COMMENT
MENT un homme a-t-il pu devenir le maître
d'un autre homme, & par quelle espèce de magie
incompréhensible a-t-il pu devenir le maître de
plufieurs autres hommes? On a écrit fur ce phéno-
mène un grand nombre de bons volumes; mais je
donne la préférence à une fable indienne parce qu'elle
eft courte, & que les fables ont tout dit.

Adimo, le père de tous les Indiens, eut deux fils & deux filles de fa femme Procriti. L'aîné était un géant vigoureux, le cadet était un petit boffu, les deux filles étaient jolies. Dès que le géant fentit fa force, il coucha avec fes deux fœurs, & fe fit fervir par le petit boffu. De fes deux fœurs l'une fut fa cuifinière, l'autre fa jardinière. Quand le géant voulait dormir il commençait par enchaîner à un arbre son petit frère le boffu; & lorfque celui-ci s'enfuyait, il le rattrapait en quatre enjambées, & lui donnait vingt coups de nerf de bœuf.

Le boffu devint foumis & le meilleur fujet du monde. Le géant fatisfait de le voir remplir fes devoirs de fujet, lui permit de coucher avec une de ses fœurs dont il était dégoûté, Les enfans qui vinrent de ce mariage ne furent pas tout-à-fait boffus; mais ils eurent la taille affez contrefaite. Ils furent élevés dans la crainte de DIEU & du géant. Ils reçurent une excellente éducation; on leur apprit que leur grandoncle était géant de droit divin, qu'il pouvait faire de toute fa famille ce qui lui plaifait; que s'il avait

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MALAD I E.

MEDECINE.

JE fuppofe qu'une belle princeffe qui n'aura jamais

entendu parler d'anatomie, foit malade pour avoir trop mangé, trop danfé, trop veillé, trop fait tout ce que font plufieurs princeffes; je fuppofe que fon médecin lui dife: Madame, pour que vous vous portiez bien il faut que votre cerveau & votre cervelet diftribuent une moëlle alongée, bien conditionnée, dans l'épine de votre dos jufqu'au bout du croupion de votre alteffe, & que cette moëlle alongée aille animer également quinze paires de nerfs à droite, & quinze paires à gauche. Il faut que votre cœur fe contracte & fe dilate avec une force toujours égale, & que tout votre fang, qu'il envoie à coups de pifton dans vos artères, circule dans toutes ces artères & dans toutes les veines environ fix cents fois par jour.

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façon que je fois contente. Je vous avertis que je ne veux jamais fouffrir.

L E MÉDECIN.

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Madame, adreffez vos ordres à l'auteur de la nature. Le feul pouvoir qui fait courir des milliars de planètes, & de comètes autour des millions de foleils a dirigé la course de votre fang.

*

LA PRINCESSE,

Quoi! vous êtes médecin, & vous ne pouvez rien me donner?

LE

MÉDECIN.

Non, Madame, nous ne pouvons que vous ôter. On n'ajoute rien à la nature. Vos valets nettoient votre palais, mais l'architecte l'a bâti. Si votre altesse a mangé goulument, je puis déterger fes entrailles avec de la caffe, de la manne & des follicules de féné ; c'est un balai que j'y introduis, & je pouffe vos matières. Si vous avez un cancer, je vous coupe un teton, mais je ne puis vous en rendre un autre. Avezvous une pierre dans la veffie, je puis vous en délivrer au moyen d'un dilatoire; & je vous fais beaucoup moins de mal qu'aux hommes: je vous coupe un pied gangrené, & vous marchez fur l'autre. En un mot, nous autres médecins nous reffem lons parfaitement aux arracheurs de dents; ils ous délivrent d'une dent gâtée fans pouvoir vous en fubftituer une qui tienne, quelques charlatans qu'ils puiffent être.

LA PRINCESS E.

Vous me faites trembler. Je croyais que les médecins guériffaient tous les maux.

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