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pella à la Cour pour être Gouverneur des enfans de l'Empereur Valentinien: c'étoient Gratien & Valentinien fon frere. Sous un tel Mentor, ces deux Princes fe rendirent dignes de l'Empire.

La fia de leurs études ne fépara point le Maître & le Difciple. Aufone fuivit ces Princes dans leurs expéditions militaires : & c'eft dans le trouble & l'horreur des armes qu'il compofa quelques-uns des Ouvrages que nous avons de lui.

L'Empereur l'éleva fucceffivement aux plus grandes dignités. Il fut Quefteur, c'està-dire, Intendant des Finances, enfuite Préfet d'Italie, fous le Confulat de Valentinien & de Valens, après cela Préfet des Gaules.

Après la mort de cet Empereur, le jeune Gratien, monté fur le trône, conferva toujours à fon ancien Maître le même respect & la même foumiffion: il combla de biens & d'honneurs lui & fa famille.

Etant dans la Pannonie, il défigna Con ful notre Poëte, qui étoit alors à Trèves, & lui dépêcha un courrier pour lui en donner le premier avis. Rien n'eft plus noble, rien n'eft plus remarquable que ce mot qu'il écrivit à Aufone, en lui annonçant fa nomination. Solvo quod debebam & adhuc debeo quod folvi.

On vit pour lors vérifier la maxime de Juvenal, que s'il plaît à la Fortune, de Rhé

lentinien I, pour être fon Médecin ; & ce Prince, quelque temps après, le nomma Préfet de l'Illirie.

Jule Aufone parloit difficilement la Langue Latine; mais il poffédoit fupérieurement la Langue Grecque, qui étoit alors familiere à la plupart des Médecins.

Il n'étoit pas moins diftingué par les vertus que par fes talens. Si le portrait que fon fils nous a laiffé eft fidele, c'étoit un refte de l'âge d'or. Il y eut dans fa conduite la plus grande uniformité du monde. Il n'eut point de procès: il ne chercha point à étendre ni à diminuer fes revenus. Peu jaloux de la fortune des autres, il n'écoutoít jamais ni les défirs, ni l'ambition, & regardoit d'un même il le menfonge & le parjure. Sincere ami, la brigue & la cabale ne l'attirerent dans aucun parti. Il eftimoit heureux, non celui qui jouiffoit du fuccès de fes vœux, mais celui qui ne défiroit pas les biens que la fortune lui refufoit. Il ne vouloit jamais pénétrer ni les fecrets des familles ni ceux qu'on lui voiloit. Il bannit loin de lui la colere, l'efpoir flatteur, les foucis dévorans, & cette fauffe joie qu'on fait paroître en voyant la profpérité des autres. Il évitoit les grandes affemblées, déteftoit les émeutes & les feintes amitiés des Grands. Il ne croyoit pas que cela feul foit un mérite de n'avoir rien à fe reprocher: & il

préféroit les bonnes mœurs à la crainte des loix qui les maintiennent, &c.

Judicium de me ftudui præftare bonorum.
Ipfe mihi nunquam, judice me, placui.
Officia in multos diverfo debita cultu
Perfonis, meritis, tempore, distribui, &c.

On voit par ce portrait que jamais Philofophe ne porta plus loin qu'Aufone cette modération, qu'un de nos grands Poëtes ap-pelle le tréfor du Sage. Cet homme vertueux termina fa carriere l'an 377, âgé de quatre-vingt-dix ans. Il ne nous refte aucun de fes Ouvrages

Decius Magnus Aufonius étoit dans un âge fort tendre, lorfque fon pere fut appellé à la Cour de Valentinien. Cecilius Argicius, aïeul maternel de notre Poëte, & célebre Philofophe, fe chargea du foin de fon éducation, & préfagea de loin fa grandeur future.

Aufone fut élevé à Touloufe, & eut pour premier Maître Macrin, bon Grammairien, dont il vanta dans la fuite la méthode, la douceur & la difcrétion.

Sit Macrinus in his

Sobrius pueris,

Et puerorum
Utilis ingeniis.
Huic mea principio
Crèdita puerities.

Pour perfectionner les progrès qu'il avoit fait fous Macrin, il paffa fous la difcipline de fon oncle Æmilius Magnus Arboricus, fameux Rhéteur, qui enfeigna à Toulouse & à Narbonne, plaida en Espagne, & fut Précepteur des trois freres du grand Conf tantin.

A l'âge de trente ans, Aufone, remplit une Chaire de Grammairien au Collège de Bordeaux. Mais fes talens l'appellerent bientôt à la Chaire de l'Eloquence, qui vint à vaquer dans les mêmes Ecoles, où il profeffa quelques années.

Pendant ce temps-là, il époufa Attufia Lucana Sabina, qui étoit d'une famille illuftre dans la robe. Il la perdit à vingt-huit ans. Il en eut trois enfans, deux garçons & une fille. Hefpere, fon fecond fils, parvint au Confulat.

Jufqu'ici le mérite d'Aufone ne lui a encore donné qu'une réputation brillante. On va le voir maintenant élevé aux premieres charges de l'Empire, & recompensé par les plus grands honneurs.

Il y avoit trente ans qu'il profeffoit les Belles Lettres à Bordeaux, lorfqu'on l'ap

pella à la Cour pour être Gouverneur des enfans de l'Empereur Valentinien: c'étoient Gratien & Valentinien fon frere. Sous un tel Mentor, ces deux Princes fe rendirent dignes de l'Empire.

La fin de leurs études ne fépara point le Maître & le Difciple. Aufone fuivit ces Princes dans leurs expéditions militaires : & c'eft dans le trouble & l'horreur des armes qu'il compofa quelques-uns des Ouvrages que nous avons de lui.

L'Empereur l'éleva fucceffivement aux plus grandes dignités. Il fut Quefteur, c'està dire, Intendant des Finances, enfuite Préfet d'Italie, fous le Confulat de Valentinien & de Valens, après cela Préfet des Gaules.

Après la mort de cet Empereur, le jeune Gratien, monté fur le trône, conferva toujours à fon ancien Maître le même respect & la même foumiffion: il combla de biens & d'honneurs lui & fa famille.

Etant dans la Pannonie, il défigna Conful notre Poëte, qui étoit alors à Trèves, & lui dépêcha un courrier pour lui en donner le premier avis. Rien n'eft plus noble, rien n'eft plus remarquable que ce mot qu'il écrivit à Aufone, en lui annonçant fa nomination. Solvo quod debebam & adhuc debeo quod folvi.

On vit pour lors vérifier la maxime de Juvenal, que s'il plaît à la Fortune, de Rhé

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