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Dans ces Vers, Britannicus est le fils d'un Empereur; Agrippine est la fille de ce Germanicus tant chéri des Romains; & Néron n'est que le fils d'un Enobarbus.

8. II. De la Métapbore.

C'est par elle que tout est vivant dans la Poë. fie. Moise, non content de donner des armes à Dieu, donne du sentiment à ses armes.

Oui, ma colere enfin va punir leurs forfaits :
De leur sang criminel j'enivrerai mes traits :
Mon glaive, n'épargnant ni le sexe ni l'âge,
Sera raflafié de meurtre & de carnage. Deut. 32.

Dans la Poësie d'Homere, non . sei lement les 'fléches ont des ailes, l'ardeur de la vengeance les anime.

Et la fléche en furie, avide de son sang,
Part, vole à lui, l'atteint, & lui perce le flanc.

Lorsque de tant de traits lancés contre Ajax, les uns percent fon bouclier, les autres tombent en chemin: ces derniers sont en fureur.

Et sur la terre épars, de leur rage frustrés
Ils demandent le sang dont ils sont altérés.

L'Araxe paroit à Virgile indigné du pont que fait construire le vainqueur, pontem indignatus Araxes.

Cette hardiesse qui donne du sentiment aux êtres qui n'en ont point, eft ordinaire aux pasfions ; ce que n'ont point observé ceux qui ont critiqué ce Vers:

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Le filot qui l'apporta recule épouvanté.

La douleur, disent-ils, ne cherche pas les ornemens. Ce n'est pas non plus un ornement que cherche Téramène, il parle le langage de la douleur, qui lui fait croire que toute la nature a horreur comme lui de ce monstre.

Par ce stile qui personifie tout, les choses les plus communes deviennent nobles dans la bouche des Poëtes. Que de Poësie Rousseau employe pour faire entendre qu'on ne doit pas compter sur un de ces beaux jours qui semblent annoncer la fin de l'hyver! il s'adresse à un arbrisseau.

Jeune & tendre arbrisseau, l'espoir de ce verger,
Fertile nourrisson de Vertumne & de Flore,
Des fureurs de l'hiver redoutez le danger,
Et retenez vos fleurs qui s'empressent d'éclore,
Séduites par l'éclat d'un beau jour passager.

Aux conseils il ajoute les exemples:

Imitez la fage Anémone;
Craignez Borée & ses retours;
Attendez que Flore & Pomone
Vous puissent prêter leur secours.
Philoméle est encor muëtte;
Progné craint de nouveaux frissons,
Et la timide Violette
Se cache encor fous les gazons.

Le même Poëte nous présente souvent des mé. taphores qui nous surprennent par leur agréable nouveauté, comme quand il fait dire à un Ri. meur qui se vante de ne rien devoir aux Anciens;

Mon Apollon ne régle point sa note
Sur le clavier d'Horace & d'Aristote.

Et Et quand il lui dit:

Trouveras-tu, raisonnons de fang froid,
Dans les tiroirs de ton génie étroit
Ces grands pinceaux ? &c.

Tant d'autres exemples qu'on peut tirer de fes Ouvrages, prouvent que notre langue n'est pas si timide qu'on le croit, & que fa hardiesse dépend de l'habileté de ceux qui s'en servent, comme je le ferai voir dans la suite.

Il est vrai que certaines images peuvent être agréables dans une langue, & dergréables dans une autre ; nous n'oserions pas donner des pieds au tonnerre, & dire à Dieu, comme Pindare: Puissant Maitre des Cieux, dont les mains redouta.

bles Font rouler le tonnerre aux pieds infatigables.

Nous ne dirons point avec l'Auteur du Preaume 4. Mes larmes sont mon pain: & ce Vers d'Ovide qui rend la même métaphore, cura, dolor. que animi, lacrimæque alimenta fuere, ne plairoit pas er notre langue: mes cbagrins four mes pleurs furent mes alimens.

Nous faisons courir la flamme de l'amour dans les veines:

Je sens de veine en veine une subtile flamme, &c.

Boileau.

mais nous ne pouvons la faire couler jusques dans la moëlle des os, comme a fait Virgile, est flan. ma medullas; & ces expressions d'une de nos Hymnes, totis amor æftuans medullis, ne peuvent être rendues littéralement en notre langue. Telle image déplait à un peuple, & plait à un autre, sans qu'on puisse en donner d'autre raison, que le caprice des langues. Quelquefois aussi des opinions particulieres à un peuple en font la cause. L'Auteur du Pf. 17. peint la colere de Dieu, en disant: La fumée monte à ses narines, ce que Buchanan a traduit:

autre,

Fumeus afflatu de naribus æftus anbelo
Undabat.

Cette image ne choquoit ni les Hébreux ni les Grecs, qui regardoient le nez comme le siége de la colere; mais comme nous n'avons pas la même opinion, & que d'ailleurs le nez, par une de ces bizarreries de langue dont j'ai parlé, & dont on ne peut rendre raison, ne peut être nommé dans le style noble, comme le front, les yeux, &c. cette image ne peut plaire dans nos Vers, & nous ne pouvons goûter aujourd'hui la maniere dont Marot a rendu cet endroit du Pleaume:

En ses nazeaux lui monta la fumée,
Feu apre issoit de sa bouche allumée,
Si enfiambé en son courage étoit

Qu'ardens charbons de toutes parts jettoit. Quoique l'image sous laquelle le Prophéte reprélente Dieu faisant boire la coupe de la colere aux pécheurs, soit heureusement rendue dans Athalie: ::

Ils boiront dans la coupe affreuse, inépuisable, Que tu présenteras au jour de ta fureur

A toute la race coupable.

cette image est cependant moins naturelle aujourd'hui que dans les tems reculés, parce qu'elle faiTcm. v.

D

soit

foit alors allusion à ces Rois des festins, qui for: çoient les conviés à boire.

Comme la force des taureaux est dans les cor. nes, ces expressions cornua peccatorum , cornua justi, font fréquentes dans les Preaumes. Le vin, dit aussi Horace, addit cornua pauperi. Cette méta. phore qu'ont encore employé Pétrarque & le Tafle, nous est interdite, & nous ne parlons pas même des cornes des fleures, quoiqu'ils en ayent de poëtiques, que Malherbe a voulu leur conserver.

Qui n'a vu dans leurs combats

Le Pô mettre les cornes bas? Indépendamment des opinions particulieres à certains peuples, il est certain que notre imagidation, moins vive que celle des Orientaux, re. jette des images qui leur paroissoient belles. Nous De dirions pas, pour exprimer la famine, Dieu a brisé le bacon du pain, métaphore qu'on trouve dans le Pf. 104. Et la maniere dont Job dépeint l'Eclipse, quoiqu'elle représente la facilité avec laquelle Dieu fait les plus grandes choses, ne plairoit pas dans notre langue. Ce Dieu tient dans la main l'astre de la lumiere: Il la ferme, & pour nous le soleil est perdu. Il la rouvre: à nos yeux le soleil est rendu. Fob. 36.

La description d'un poisson monstrueux que fait Job c. 41. ne peut jamais étre agréable dans no. tre langue. Qui ofera ouvrir les portes de la guerle ? la terreur babite autour de ses dents. Ses écailles font comme des boucliers d'airain fondu. Lorsqu'il éternue, il jette des éclats de feu qui brillent comme la lumiere du matin : il vomit des lampes qui brillent comme des torcbes ardentes: ses narines jete

tent

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