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Se vide in contra ne l'uscir del letto
Il discipolo di Dio tanto diletto.

Je regarde les noms des Divinités Païennes comme un langage Poëtique qui ne peut faire fur nous aucune impression dangereuse: mais quand ces noms offrent des images contraires les unes aux autres, le Poëte se fait tort à lui-même dans l'u. fage qu'il en fait. Si l'Auteur d'Esther, qui dans le Prologue fait dire à la Piété, Et l'Enfer couvrant tout de ses vapeurs funébres, Sur les yeux les plus faints a jetté ses ténébres,

edt fait sortir ces vapeurs du Stix ou de l'Acheron, il eût fait la même faute que Santeuil, lorf qu'il dit en louant M. Bossuet sur ses travaux contre les Hérétiques: Tartarea pestes rupto ex Acberonte profete Terribilem sensere.

L'hérésie ne fort point de l'Acheron, mais Santeuil étoit attaché à tous ces noms heureux dans les Vers. Il avoue que malgré la défense de M. Bossuet, il ne pourra jamais s'empêcher d'appeller le feu Vulcain, le froment Cérés , & la pluye Jupiter. Ignem, Mulciberum, Cererem frumenta vocabo,

Et pluviam in terras, dum cadit unda, Fovem. Si decora bæc tollas , fine vi, fine pondere carmen

Lettori fello tædia mille feret.

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Quand les Poëtes nę feront point d'autre crime, on sera indulgent pour eux: tous ces noms, dans les sujets qui n'ont aucun rapport avec la Re. ligion, peuvent être regardés comme un innocent

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badi.

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badinage. Que le P. Rapin, 'en chantant les Jardins, explique par de gracieuses Fictions, quelle est la cause de la paleur de la violette, & de la rougeur de l'hyacinthe; ou que M. Huet, par des Fables ingénieures, explique quelques merveilles de la Nature, les Divinités que leur Muse introduit dans de pareils sujets, ne me paroissent deshonorer ni les caracteres des Auteurs, ni leurs ouvrages,

CONCLUSION.

pas ce

Tout

Out ce que je viens de dire pour la défenfe de

la Poësie, rend encore plus condamnables les Poëtes qui ont avili leurs talens, & sur-tout les Poëtes Chrétiens, qui n'ont songé à plaire que par des peintures dangereuses, ou par des fables frivoles. Mais le crime des Poëtes'n's fables lui de la Poësie. J'ai fait voir que dans son ori. gine elle avoit été uniquement attachée à la Religion, que l'instruction des Hommes ' avoit été son grand objet, & par l'exemple de quelques Poëtes fameux qui ont dignement rempli leur miniftere, j'ai montré que la Poēsie pouvoit plaire fans corrompre les cæurs, & sans le secours du mensonge.

C'est donc injustement que Platon 's'eft déclaré contre elle, & fa sévérité est d'autant plus éton. nante, que lui-même eft appellé l'Homere des Philosophes, à cause de la Poësie répandue dans son style. Il avoit dans sa jeunefle composé un grand nombre de Vers, quelques Tragédies, & même il avoit tenté le Poëme Epique, mais il sacrifia, dition, tous ces Ouvrages à la Philosophie. Quel. ques Anciens cependant ne donnent pas un fi beau motif à ce facrifice: ils racontent que Platon for. cé de reconnoître combien Homere lui étoit supérieur , fut découragé, & que parodiant ce Vers

d'HO

d'Horrere, Iliade 18. quand Théris demande des armes à Vulcain pour Achille:Vulcain, sers promptement Tbétis dans Sans besoin ; il dit en jettant tous fes Vers dans le feu, Vulcain, fers promptement Platon dans son besoin; & qu'enfuite choisissant un genre dans lequel il pût exceller, il s'attacha à la Philosophie. Peut-être conserva-t-il quelque chagrin contre la Poësie qui ne lui avoit pas été favorable , & chercha-t-il à la rabaisser par un reite de mauvaise humeur, dont les grands Hommes ne sont pas exempts.

On ne peut attribuer la sévérité de M. Bossuet qu'à ses grands sentimens de Religion. Ne pouffet-il pas cependant la sévérité trop loin quand il dit que Boileau, dans sa Satire sur l'Homme, attaque en forme la Raison sans fonger qu'il dégrade I image de Dieu ? Le Poëte fait bien connoître dans cette Satire qu'il ne parle pas sérieuse. ment.

En même tems que je crois qu'on peut perdre d'agréables moinens dans la lecture des Poësies innocentes, je ne puis qu'admirer celui qui ne voulant s'occuper que de saintes vérités, néglige tout ouvrage qui n'a pas la Religion pour objet; & j'avoue qu'à fes yeux le Livre d'Homere, quoi. que le plus précieux Ouvrage de l'esprit humain, comme l'a dit Pline, pretio illimet m Yamani ingenii opus , n'est cependant qu'un Livre, suivant les termes de saint Auguftin, agréablement frivole, dulcisimè vanus. Mais comine ces personnes si parfaites & si heureuses ne doivent pas condamner celles qui se délassent en lisant des Poësies sa.. ges, elles ne doivent pas mépriser la Poësie en général.

Horace dit qu'un Poëte doit être le premier précepteur d'un enfant; c'est à lui à former cette langue novice; à inspirer à cette tendre oreille de laversion pour les discours deshonnêtes, &

à écarter les passions dangereuses de ce jeune ceur.

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Os tenerum pueri balbumque Poëta figurat,

Torquet ab obfcænis jam nunc sermonibus auremy Mox etiam pectus præceptis format amicis, Asperitatis & invidiæ corre&tor & iræ, &c.

Voilà ce que peu de Poëtes sont capables de faire, & voilà cependant le principal objet de la Poësie. Soit qu'elle donne des préceptes comine la Lyrique & la Didactique, soit que comme l'Epique & la Dramatique, elle donne des exemples par l'i. mitation d'actions véritables ou feintes, elle doit toujours avoir pour but de rendre les Hommes meilleurs, & ne doit jamais peindre nos paso fions, que pour nous apprendre à modérer celles dont l'excès est dangereux, ou à fuir celles qui sont criminelles. C'est de cette seule Poësie que j'ai entrepris la défense.

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CHA,

CHAPITRE I I.

DE L'ESSENCE DE LA POESIE.

APRES avoir reconcilié, comme je l'efpere, bles, je vais m'occuper de ses différentes beautés, & en chercher la source dans la nature.

Les peuples les plus barbares ont eu toujours une espéce de Poësie & une espèce de Musique; parce que la nature a donné à tous les hommes, & même aux animaux, des oreilles sensibles à l'harmonie. C'est en chantant que les nourrices appaisent les cris de leurs nouriffons : c'est en chantant que l'artisan s'anime dans son travail. A ces oreilles sensibles à l'harmonie, la nature a ajouté en nous, pour le bien de la société, un cæur fi sensible aux passions, que l'homme eft comme une Lyre dont chaque corde toujours tendue est prête à répondre à la plus legere impreffion: nous avons en même tems un esprit toujours avide d'apprendre, & curieux de nou. veautés.

Il n'est donc pas étonnant qu'on ait rendu de tout tems de grands honneurs à la Poësie. Quels hommes pourroient être infensibles aux douceurs d'un langage qui sçait tout à la fois charmer nos oreilles, émouvoir nos cæurs, contenter notre esprit, & entretenir notre curiosité ? C'est parlà que les Poëtes ont trouvé le secret infaillible de nous plaire. En même tems qu'ils ftattent nos oreilles par la cadence harmonieufe des Vers;

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