Page images
PDF
EPUB

par les vents ou délayée par les rosées, la pluie, puis entrainée dans le sol, où elle devient le germe et le rudiment du tubercule qui s'organise peu à peu après avoir aspiré les sucs du sol. — M. Lacroix, notre honorable collègue de Valréas, n'admet pas cette explication; il admet que la truffe produit elle-même son germe, en raison du parfum qu'elle exhale précisément dans la saison destinée aux amours de la plupart des cryptogames (1).

Maintenant, la culture de la truffe, qui est en honneur particulièrement dans le Midi, ne se ferait-elle pas avec succès dans nos contrées de l'Est ? Nos terrains de vignobles en côte, la belle venue des chênes dans notre département si boisé, la découverte de truffes, il y a 20 à 25 ans, à Poligny, dans le jardin Bévalet, et à Montchauvrot, sous une charmille, par M. le receveur des finances Guyon, et à Arbois, sous l'ermitage, voilà des motifs suffisants pour admettre la possibilité d'obtenir, dans le Jura, la production de ce tubercule si recherché.

[ocr errors]
[ocr errors]

SÉANCE GÉNÉRALE DU 8 JANVIER 1863.

Présidence de M. CLERC.

a

A 2 heures, la réunion s'ouvre par la lecture des procès-verbaux des séances des 11 décembre et 5 janvier, lesquels sont adoptés.

La Société académique de Saint-Quentin fait connaitre qu'elle a mis au Concours pour 1863 (clôture le 1er juin), les trois questions suivantes : 1° indiquer les moyens de diminuer l'insalubrité d'une grande industrie manufacturière ou agricole dans le département; 20 retracer la vie de Villard de Honnecourt, faire connaitre, avec les preuves à l'appui, les principaux édifices qu'il a élevés ou à la construction desquels il a pris part; 3° poésie dont le sujet est laissé au choix des concurrents; – et pour 1861 (cloture du Concours le 1er juin 1864), l'histoire d'une localité quelconque de l'arrondissement de Saint-Quentin.

La Société vient de perdre un de ses correspondants les plus distingués, M. Zeppel, Conservateur des eaux et forêts, Président de la Société d'histoire naturelle de Colmar.

Mme Bourgeois, dont la Société a couronné les poésies au Concours de 1860, vient de recevoir de la Société d'émulation des Vosges, une médaille de fre classe, en argent, pour ses Glanes au pied des Vosges et du Jura.

Dans la correspondance, figurent : 1° une lettre de M. l'adjoint au maire de Souvans, annoncant que le Conseil municipal de cette commune « remercie a la Société de l'initiative de la généreuse nsée d'élever un buste ou statue « à la mémoire de l'agriculteur Brune, et s'empressera de coopérer aux frais « de ce monument.- Des remerciements sont votés au Conseil municipal de Souvans et à M. le Sous-Préfet de Dole, qui a bien voulu l'autoriser à délibérer sur ce sujet.- M. le Président communique la lettre qu'il a adressée à M. le Préfet , pour le prier de solliciter de S. Exc. le Ministre de l'Intérieur un décret impérial permettant l'érection du monument.

2. Une demande de renseignements sur les cépages du Jura, par M. Chaverondier, de Roanne.

3. Une demande de 2,000 pieds d'enfarinés, par M. Vincens de Gourgas, conseiller général à Philippeville.

(1) Voir la Sériciculture pratique du 22 décembre 1862.

ajouterons qu'il est très-difficile et très-couteux d'abriter ces grandes formes contre les intempéries du printemps.

Frappé de ces inconvénients, Ñ. Du Breuil eut l'heureuse idée de planter les arbres en colonne assez rapprochés les uns des autres pour que les racines de chacun d'eux no pussent prendre qu'un développeinent très-limité. Ces arbres, perdant ainsi de leur vigueur, se mettent à fruit dès qu'ils ont alleint la hauteur de 3 mètres.

La forme à colonne ainsi modifiée a été nommée cordon simple verlical, par M. Du Breuil.

Nous avons vu que celle dernière forme, palissée en contre-espalier double, était la seule adoptée pour le plein vent, par M. Du Breuil, et qu'il l'employait pour tous les arbres (poirier, pêcher, abricotier, prunicr, cerisier, etc.) admis dans le jardin fruitier.

C'est sur le poirier cultivé en cordon vertical simple, que nous appliquerons le mode de taille des arbres à fruits à pépins, exposé par M. Du Breuil, dans sa 7o leçon.

Taille du Poirier. - fre année. Plantation. — Après avoir choisi la plate-bande destinée aux poiriers, on a dû planter au mois de novembre, au pied de chacune des lattes verticales du contre-espalier, un sujet d'un an de greffe et n'ayant encore qu'une baguette, en se contentant d'en rogner l'extrémité pour faciliter la reprise, comme nous l'avons dit en parlant de l'habillage. Chaque tige sera palissée contre sa latte.

Il ne faut pas tailler les poiriers pendant la première année de la plantation. On laissera croître ces arbres en toute liberté, pour que leurs racines se constituent vigoureusement, pour qu'en terme de jardinier, ils se fassent bon pied. Ce ne sera donc qu'au deuxième mois de février, après la plantation, que commenceront les opérations de la taille. (A suivre).

E. BLONDEAU, membre fondateur.

SYLVICULTURE.

Reboisement des montagnes, M. Bel, membre correspondant à Orgelet, a développé les trois questions suivantes; la fre est celle-ci : « des deux procédés de reboisement, le repiquage et le semis, lequel doit le mieux et le moins lentement atteindre le but? » Il se range du côté du semis et cite, à son appui, l'expérience de M. l'inspecteur des forêts de Clermont, qui, après avoir commencé par la plantation, y dùt renoncer el revint au semis, qui lui fournit des sujets plus vigoureux, et dont l'éclaircissement procure d'ailleurs des bénéfices considérables par suite de nombreuses demandes de replants : ces sommes provevant de la vente de ces derniers sont ensuile consacrées à étendre les semis. C'est ainsi que le Puy-de-Dôme peut compter aujourd'hui plusieurs mille hectares de la plus belle venue.

La 20 question a trait au choix judicieux d'essences propres aux différents sois. Dans le Jura, les pins réussissent bien, tels que le sapin, le picéa (1), mais moins bien que le mélèze. Ainsi, il y a quelques 20 ans, furent

(1) Qu'on appelle abusiveineut épicea.

semées des graines de pin dans les clairières des forêts de M. le Prince d'Aremberg. Les reprises ayant été un peu rares, il y fut jeté des graines de mélèze : cette dernière essence a devancé les pins. Le mélèze a d'ailleurs un grand avantage sur les autres arbres résineux, c'est

que perdant ses feuilles, la neige n'en peut casser les branches comme elle fait de celles de pins.

3e question : « Nous serait-il permis, ajoute notre honorable correspondant d'Orgelet, de dire quelques mots des résultats que donne l'exploitation en coupe blanche, des vieux quarts de réserve, et surtout des forêts de sapins Baume-les-Dames ayant vendu la superficie d'un bois de hélres séculaires, il n'y revint que du tremble. A une coupe blanche d'une antique forêt de sapins, à Vercel (Doubs) et dans les forêts de Clairvaux, succédèrent des myriades de framboisiers et de petits hètres. D'où venaient les graines de ces nouvelles productions? Du sol, sans aucun doute; les défauts de chaleur et l'ombre avaient empêché les conditions de leur germination. Tant que ces dernières ne sont pas données, les semences dorment, mais ne périssent pas. C'est ce qu'attestent les deux faits que

voici : Après chaque coupe de nos bois d'affouage, les semences de fraisiers recouvrent la surface, et en disparaissent au fur et à mesure que le taillis grandit, pour y renaitre ensuite aussi serrés que vingt-cinq ans auparavant.

En 1822, fut creusé à travers un riche finage du territoire de Baumeles-Dames, partie du canal du Rhône au Rhin; les bords de hallage se couvrirent l'année suivante de jolis pois roses inodores, dont les grains avaient dù rester bien des siècles à 3 ou 4 mètres de profondeur.

VITICULTURE.

Leçons de M. le Professeur DU BREUIL,

à Poligny, en 1862.

(Suite). Les cépages doivent être enterrés plus ou moins profondément, et suivant la nature du sol. Si un plant craint la sécheresse, il faudra, en effet, l'enfoncer de 45 à 50 centim.; si le terrain est compact et humide, à 30 centim. au plus. Dans un vignoble un peu étendu, des chemins doivent être ménagés pour faciliter le passage des attelages, le transport des engrais et la récolte des raisins sur tous les points, en voiture. On y arrive en faisant des carrés réguliers : des jallons permettent de chainer les extrémités des lignes de plantation; 80 centim. suffisent entre les ceps, on en marque la place, et on met les lignes à un mètre de distance.

Modes de plantation. – L'important ici est de développer vigoureusement et rapidement les racines; il convient donc d'appliquer de suite les engrais, et c'est ici que leur transport par les chemins ménagés dans la vigne, permet de les distribuer facilement et avec régularité.

Les crossettes se placent au plantoir (la taravelle en fer, usitée en

:

Saintonge, fait un trou de 7 à 8 centim. de diamètre, lorsque l'étrier arrive contre le sol). Dans le trou, on dépose la crossette à 30 ou 45 centim, de profondeur; l'ouvrier qui suit dépose dans chaque trou des engrais pulvérulents (terreau, guano, crottins desséchés, bouses, méJangés avec de la terre, mais autant que possible additionnés d'un quart de cendres de bois, lessivées ou non); enfin, un troisième ouvrier tasse fortement ces matières contre le sarment avec un fouloir.

On utilise avec autant d'avantages les engrais liquides (matières fécales, sang, tourteaux, purin, étendus d'eau); il suffit alors d'en arroser le pied du cep.

Si l'on veut planter des sarments enracinés de deux ans, un ouvrier fait un trou de 40 centim. de longueur, ayant une direction oblique, de 40 centim. de côté, profond de 30 à 45 centim. : l'ouvrier qui suit projette sur le fond de ce trou de l'engrais pulvérulent; un troisième ouvrier introduit dans ce trou le plan enraciné, qui est ainsi couché, recouvert à nouveau d'engrais, puis de terre.

La plantation terminée, on ne doit laisser sortir de terre qu’un ou deux boutons, suivant leur rapprochement. Il est bon d'enlerrer le sommet du sarment ou de la crosselte jusqu'au commencement de juillet, parce que le bois couvert de terre se ramollit plus aisément, les racines se forment plus promptement, le développement du jeune plant est mieux assuré.

On soustraiera les jeunes sujets à la sécheresse, par des binages rapidement exécutés au moyen d'instruments mus par un cheval. Pour 20 francs, on peut faire de cette manière trois binages sur un hectare pendant un été.

Des vides se forment-ils dans la planlation? on les comble par des plants enracinés et fortement sumés, afin de rattraper les sujets voisins et d'obtenir une production plus rapide dans la même vigne. C'est pourquoi il est de toute nécessité d'établir et d'entretenir une pépinière dans un des coins de la propriété.

La plantation à neuf d'une vigne doit-elle se faire par le moyen de crosseites ou de sujets enracinés ? Il y a ici divergence d'opinions. Si les plants enracinés ont deux ans, s'ils sont bien soigneusement déplantés et préservés de la sécheresse, ils donnent des résultats plus rapides que les crosseltes; dans le cas contraire, ils pourrissent en terre, ne donnent que du vieux bois et végètent très-lentement.

L'année suivante, quand deux bourgeons sont sortis, il convient de s'occuper de donner une forme au cep; car la souche a toujours un développement en rapport avec la nature du plant. La souche est-elle trop serrée et le plant vigoureux ? alors on a beaucoup de bourgeons elfilés. Il faut d'ailleurs que la souche ait une forme qui ne gêne pas

la culture du sol par tous les temps.

A Poligny, par exemple, on néglige les binages d'été, parce que le feuillage esi abondant et qu'il se répand dans lous les sens; celte forme de buisson est donc très-fautive.

Le cep doit avoir une forme telle que le soleil arrive sur les bourgeons et les grappes, la chaleur de cette lumière étant nécessaire pour saccharifier le suc et aouter le bois. C'est une condition avantageusc que Fun in rencontre pas dans le Jura.

[ocr errors]

Les grappes doivent aussi être suffisamment rapprochées du sol, et d'autant plus qu'on s'approche du Nord; le sol, en effet, leur renvoie alors plus complètement la chaleur qu'il a acquise pendant le jour, et pendant la nuit la surface du terrain chauffe encore la grappe. Il est juste de dire qu'à Poligny les raisins sont assez près du sol.

E. B. (A suivre).

BIBLIOGRAPHIE.

[ocr errors]

Le petit Livre du devoir, l'Agriculture

des enfants, Par M. DEFRAROUX, rédacteur en chef de la Ferme, membre de la Société d'ému

lation des Vosges (Paris, éditeur : llumeer). L'instruction et l'éducation sont deux seurs jumelles que, dans nos établissements d'instruction publique, on ne sépare pas. Pour les développer simultanément, des hommes de cæur et d'intelligence se sont mis à l'æuvre. Dans leurs ouvrages, les uns ont adopté la forme anecdotique, et les autres se sont servis de l'aphorisme, à la façon du Bonhomme Richard, modeste pseudonyme du vertueux Franklin.

Parmi les premiers , citons avec une sympathie toute personnelle, et s'il est permis de le dire, avec une gratitude scolaire pour leur avoir fait souvent des emprunts dans le choix varié de nos lectures et de nos devoirs de classe, MM. Eugène Rendu, H. Barrau et N. Javet, et en première ligne, parmi les femmes, Mmes Z. Carraud, l'auteur de la Petite

Jeanne et des Lettres de famille. · Parmi les seconds, citons M. Defranoux, si justement renommé pour ses Prédications agricoles, pour sa publication du journal la Ferme, et pour son livre intitulé : le petit Livre du devoir.

Dans ce dernier ouvrage, la morale ne peut revêtir des formes plus simples, plus modestes et plus propres à la faire aimer et à en graver les préceptes dans la mémoire de l'enfance et de la jeunesse. On croirait, à cette lecture qui n'a rien de pénible, parce que chaque phrase renferme une idée morale exprimée d'une manière nette et concise, surtout accessible aux intelligences les moins avancées, on croirait, dis-je, entendre les conseils éclairés et pleins d'expérience de la vie d'un père à ses enfants. Nous voudrions voir cette excellentc æuvre répandue dans nos écoles rurales, expliquée par l'instituteur, et donnée comme sujet de lecture courante.

Nous recommandons, au même titre, dans l'intérêt du progrès agricole, l'Agriculture des enfants, publiée par le même auteur. C'est là surtout que cette science féconde, dégagée des formules abstraites et scientifiques, se présente sous la forme la plus capable de permettre aux enfants de se l'approprier.

Ajoutons que M. Defranoux, si avantageusement connu dans notre Jura, où il a occupé de hautes fonctions administratives, consacre les loisirs d'une studieuse retraite à des publications qui intéressent au plus haut point l'agriculture. Aussi, M. Rambaud, avocat, rapporteur du dernier Concours de la Société d'émulation des Vosges, lui a-t-il dé

« PreviousContinue »