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Le No du mois de wars contiendra le commencement d'un important travail sur la Géologie des chaines du Jura, par M. Just PIDANCET, Conservateur du Musée de Poligny.

Dans cet ouvrage, on donnera successivement la description des terrains, en commencant par les plus anciens; ces descriptions renfermeront la pétrographie et la paléontologie de chacune des assises, l'indication des matériaux utiles qu'elles peuvent fournir à l'industrie, ainsi que de nombreuses applications à l'agriculture et aux travaux publics.

Nous nous empressons de communiquer à nos abonnés, par la voie du Bulletin, la circulaire suivante de S. Exc. le Ministre de l'Instruction publique et des Cultes, qui fait appel au zèle et à l'activité des Sociétés savantes, pour recueillir et adresser au Muséum, au Laboratoire d'anthropologie du jardin des plantes, les squelettes que l'on rencontre souvent dans les tombes antiques. Nous prions les membres de la Société qui seraient des découvertes dans cette direction, d'en donner avis au Président. La Société sera heureuse de répondre à la confiance de S. Exc. en contribuant, par tous les moyens en son pouvoir, à la conservation et à l'envoi, à Paris, des précieux restes des anciennes races qui ont habité notre pays.

Paris, le 17 Janvier 1863. MONSIEUR LE PRÉSIDENT, l'étude des races humaines, envisagées au point de vue de leurs caractères physiques et anatomiques, a été longtemps négligée malgré l'exemple donne par Buffon et Blumenbach; mais elle a repris depuis quelques années un essor remarquable. Des publications, de jour en jour plus fréquentes et signées des noms les plus éminents, attestent l'intérêt croissant qui s'attache à cet ordre de recherches, en Amérique aussi bien que dans les principaux Etats de l'Europe. Loin d'être restée en arrière de ce mouvement, la France l'a devancé, sinon provoqué; et c'est à Paris que la première Société ethnologique s'est constituée; c'est au Muséum qu'a été fondé, en 1832, le premier et jusqu'à ce jour le seul enseignement public ayant pour objet l'histoire naturelle de l'homme. Aujourd'hui cet établissement, de l'aveu même des étrangers, possède la collection anthropologique la plus riche qui existe, soit en Europe, soit en Amérique.

Mais il ne faut pas se dissimuler que, pour conserver cette supériorité encore incontestée, d'incessants efforts sont nécessaires; car, de toutes parts, on s'est mis à l'auvre, et nos collections perdraient rapidement l'autorité qu'elles ont si légitimement acquise, si nous ne prenions soin de les maintenir à leur rang par de nouvelles études. Or, un moyen assuré de donner à ces collections un intérêt spécial, serait d'y réunir le plus grand nombre possible de squelettes et de tetes osseuses des diverses populations qui se sont succédé sur tous les points de notre territoire.

La science est aujourd'hui assez sûre d'elle-même pour puiser dans la comparaison de ces matériaux des renseignements certains. Aussi est-il permis d'affirmer qu'indépendamment de son importance propre, cette collection ostéologique des races, quelle que soit leur origine, ayant existé sur le sol de la France, jetterait un jour nouveau sur quelques-uns des problèmes historiques dont la solution intéresse à un si haut dégré le monde savant.

Pour constituer un pareil ensemble, je crois devoir, en premier lieu, The sieur le Président, réclamer le concours des Sociétés savantes des départements. Ces Compagnies ont, en effet, pour elles le nombre, qui est iciune

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condition essentielle de succès; elles joignent, en outre, aux aptitudes les plus diverses, la connaissance des traditions locales et l'avantage inestimable des informations les plus directes et les plus promptes.

Chaque année nous apporte en France son contingent de découvertes. Le hasard ou d'intelligentes recherches nous révèlent l'existence de tombes celtiques ou gauloises, romaines ou gallo-romaines, et l'on recueille, comme de précieux témoignages, les moindres vestiges des industries ou des meurs; les ossements seuls sont trop souvent dédaignés. Ils offriraient cependant, pour les études anthropologiques, un intérêt égal à celui que présentent, pour l'archéologie, les médailles, les armes et les bijoux. Ne serait-il pas à désirer, Monsieur le Président, que ces restes, parfois admirablement conservés, fussent, en toute occasion, recueillis avec les plus grands soins, pour ètre réunis à la collection du Muséum. Si l'appel que j'ai l'honneur de vous adresser était entendu, la France posséderait avant peu d'années les matériaux d'un ouvrage plus complet que les Crania americana de Morton, et les Crania anglica de B. Davis et Turnham.

Sans prétendre indiquer ici des procédés invariables, il ne me parait pas inutile de rappeler les précautions très-simples qui peuvent être généralement observées à l'ouverture de tombes antiques. Ce qui importe, c'est de dégager les os avec lenteur et d'éviter de les briser. Cette première partie de la tâche remplie, le mieux est de les envelopper dans du foin, dans de la paille ou même dans des feuilles d'arbre, les petits os seuls devant etre placés dans des enveloppes de papier. L'ensemble de ces fragments serait ensuite renfermé dans une caisse et adressé au Muséum, avec la suscription :

Objets d'histoire naturelle.

JARDIN DES PLANTES.
Laboratoire d'anthropologie.

Paris.
Autant que possible, les squelettes devraient être recueillis dans leur en-
tier, mais ce serait là un cas très-rare, les squelettes étant le plus souvent
assez profondément altérés pour qu'il soit difficile d'en retrouver toutes les
parties. On rechercherait spécialement les os de la tête, tant du crâne que
de la face, y compris la mâchoire inférieure; et, en admettant même que
ces os fussent disjoints ou fracturés, il conviendrait de réserver au Muséum
la mission de constater jusqu'à quel point ces fragments ne peuvent donner
lieu à aucune remarque.

Si l'on recueillait les os de plusieurs squelettes, il serait nécessaire de faire de ces débris distincts autant de paquets séparés et de les expédier, soit à part, soit dans une seule caisse à compartiments. Une planche clouée en travers suffit à établir la division – Il importerait enfin que le nom du donateur fùt écrit lisiblement sur la lettre d'envoi, ce nom devant être porté sur les objets appelés à prendre place dans la collection.

De tous ces documents ainsi rassemblés jailliraient, sans nul doute, des lumières inattendues, des certitudes d'une valeur inappréciable, surtout si les savants, qui voudront bien concourir au but commun, prenaient soin de joindre aux objets qu'ils transmettront, une note sommaire renfermant leurs conjectures ou leurs affirmations personnelles sur l'âge et la race des individus, et des renseignements exacts sur la nature des terrains où s'est faite la découverte, sur la forme extérieure et intérieure des tombes, sur les armes, poteries ou bijoux qui pouvaient accompagner les ossements. On ne saurait, cn effet, pour résoudre des problèmes à tous égards si graves, s'autoriser d'indications trop précises, ni s'entourer de trop de témoignages.

Je n'ai pas oublié, Monsieur le Président, les nombreux travaux que j'ai déjà réclamés de votre zèle, ni les résultats obtenus, grâce à l'empressement

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désintéressé des Sociétés savantes. Si je leur signale aujourd'hui une nouvelle occasion d'exercer leur activité, c'est que je ne crains pas de leur demander beaucoup, dès lors qu'il s'agit de rendre à la science de nouveaux services. Je vous prie donc de vouloir bien communiquer cette circulaire à MM. vos collègues et de me faire connaitre dans quelle mesure vous jugez possible de remplir la mission que je serais heureux de confier à votre dévouement.

BIOGRAPHIE.

L’AGRICULTEUR BRUNE,

DE SOUVANS (Jura). (Notice couronnée par la Société d'agriculture, sciences el arts de Poligny, en 1862).

PAR HENRI CLER,

Professeur émérite, archiviste de la Société, correspondant de la Société

des sciences et lettres de Blois.

AVANT-PROPOS.

S'il est un spectacle digne des regards de la terre et des cieux, disait Sénèque, c'est assurément celui de l'homme de bicn en buite aux attaques de l'adversité, surtout, dans la pensée du philosophe stoïcien de F'ancienne Rome, quand l'adversité est supportée avec courage, patience et résignation. S'il est une cuvre méritoire, dirons-nous à notre tour, c'est de ne pas laisser passer inaperçus ces trails de fermeté et de grandeur d'âme; c'est de les exposer å l'attention et de les offrir en excmple. Certes, les Sociétés académiques des provinces et des départements ne se proposeraient qu'un but, ne viseraient qu'à un résultat, n'obtiendraient qu'un avantage : retirer des limbes, remettre en évidence certains noms peu connus et qui méritent de l'être, des réputations modestes, cachées dans une sorte de pénombre et reléguées, jusqu'alors, à l'arrière plan du tableau, qu'à ce seul aspect, à ce point de vue unique, elles auraient encore droit à l'approbation de tous les honnêtes gens, aux encouragements de tous les amis du pays, à la sollicitude de quiconque, en possession de quelque crédit, sous un titre ou sous un autre, peut, à des degrés divers, y exercer quelqu'influence; enfin, justifieraient le baut témoignage qui leur a été rendu par M. le Ministre de l'instruction publique et des cultes, quand, le 23 novembre 1861, en pleine Sorbonne, à la distribution des récompenses, pour le Concours de l'année, aux Sociétés savantes, Son Excellence les a solennellement proclamées : l'honneur, le mouvement et la vie des départements et des provinces.

Le modèle à suivre, le sujet à imiter que nous allons mettre sous les yeux, s'adresse essentiellement, et surtout aux habitants de la campagne, modèle et sujet bien propres, s'ils pouvaient l'avoir conçu, à les détourner du projet funeste de déserter les champs sacrifiés au tumulte enivrant et chanceux des villes; - et, s'ils savent, au contraire, apprécier leur position, s'ils affectionnent leur séjour aimé de l'air et du soleil, à les affermir dans cette estime, à les fortifier dans cet attachement.

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CHAPITRE Jer.

NAISSANCE DE M. BRUNE;

SA FAMILLE;

INDICES DE SA VOCATION AGRICOLE.

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Denis-François Brune (1) naquit à Souvans, arrondissement de Dole, département du Jura, le 29 mars 1762.

Sa famille, une des plus anciennes de la contrée, y jouissait , d'un temps immémorial, d'une position honorable et considérée. A la culture de leurs beaux domaines, plusieurs de ses membres avaient uni l'administration des intérêts de leur commune.

Celui dont nous nous occupons, Denis-François, fut élevé au collège des Jésuites de Dole (2), où il fit de brillantes études. Favorisé d'un extérieur avantageux, pourvu d'un riche organe, doué d'un esprit vif et pénétrant, sa lucide intelligence lui permettait de tout saisir avec une promptitude merveilleuse, ainsi mis au moral et au physique en possession de tous les dons et de toutes les facultés de nature à plaire et à captiver. Son père fondait sur lui les plus brillantes espérances, car on l'entretenait souvent des heureuses dispositions manifestées par ses succès. Il le voyait d'ailleurs toujours décoré des croix de sa classe, et remportant, tous les premiers prix à la fin de l'année scolaire. Bien que livré lui-même à l'agriculture, il pensait que son fils aurait pu se distinguer dans la carrière du barreau pour laquelle il le destinait. Extremement peine de l'obstination d'un enfant qu'il aimait, mais un peu pour lui-même, contrarié de la persistance qu'il mettait à rejeter l'état qu'il eut voulu lui voir embrasser, il le traita fort durement pendant une année; mais rien ne put vaincre sa résistance; et, si devant cette opposition irrésistible il ne changea pas d'opinion, au moins eut-il la sagesse de renoncer à son plan. Plus tard, il sut apprécier les services qu'il lui rendait par la tenue de ses livres, les fatigues, les voyages qu'il lui évitait et le zèle qu'il déployait dans la direction de son exploitation.

Mais, d'un âge avancé déjà, il ne lui était pas réservé de jouir longtemps de ce concours filial, et, indépendamment de la douleur que sa mort trop prompte produisit sur le cæur de Denis-François, cette perte prématurée fut un malheur pour lui, car, à vingt ans à peine, il avait

ພໍ່ encore besoin des lumières et de l'expérience de son père. Il le sentait vivement, bien que le testament du défunt eut rendu justice à son mérite, puisque cet acte l'émancipait en l'autorisant à régler et à régir la suite de toutes ses affaires. Cette régie dura six ans.

Au mois de juin 1790, Brune fut appelé par ses concitoyens au directoire du département du Jura. Il en remplit les fonctions, dans des moments difficiles, sous le régime de Robespierre, qui le fit placer hors la loi, par un décret de la Convention. Contraint alors de s'expatrier, il ne rentra en France qu'après la chute du tyran, et lorsque la loi de proscription eut été rapportée.

En 1794, Brune vint s'établir à Dole, où il fut aussitôt nommé membre du conseil municipal. Il y entretenait des correspondances suivies avec plusieurs habitants de Paris, qui le pressèrent d'y venir fixer son domi

(1) El non Breune, modification adinise par une des branches collatérales, mais contredite par la signature qu'il a constamment apposée i ses actes privés et publics, et non moins repoussée par les enfants du savant agronome.

(2) Le collège de l'Arc.

cile. Enfin, au mois de mars 1797, il se rendit dans cette capitale, où il a résidé l'espace de 15 ans. Il s'y sentait, du reste, attiré par ses goûts sérieux en liitérature, et son aptitude marquée pour les arts et pour l'industrie qu'ils animent, vivifient el embellissent.

CHAPITRE II.

SÉJOUR ET OCCUPATIONS DE M. BRUNE, A PARIS.

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Sous l'impulsion de cette double tendance, et après quelques recherches, il acheta les forges de Sorel, en Normandie, centre d'activité où son esprit inventis lui fit créer des machines aussi ingénieuses que surprenantes de nouveauté.

Bientôt même cette exploitation ne suffisant plus au développement de ses moyens, il se mit à la tête d'une maison de banque dont la prospérité fut pour lui la source d'une fortune considérable. Son salon devint le rendez-vous de toutes les illustrations de l'époque; et, plus d'une fois, il fut honoré de la présence du premier Consul et de celle de sa femme; ils aimaient surtout à passer de longues heures dans sa bibliothèque, une des plus belles de Paris et des mieux composées.

Désormais assez riche pour suivre ses goûts particuliers et s'adonner à l'aise aux objets de ses prédilections, il eut la pensée de s'associer un tiers pour diriger ses nombreuses affaires, et longtemps il n'eut qu'à s'applaudir de celte détermination. Pendant plusieurs années consécutives, tout réussit au-delà de ses désirs; pour comble de satisfaction, le milieu dans lequel il vivait, répondait à toutes ses aspirations, se prêtait à toutes ses exigences, lorsqu'en 1810, une catastrophe imprévue vint renverser à tout jamais ses plus chères, ses plus légitimes espérances. L'homme qu'il avait élevé à lui, qu'il avait comblé de bienfaits, qui lui devait sa position, son bien-être; le dépositaire de toute sa confiance, son autre lui-même enfin, disparut une nuit subitement, emportant la caisse, toutes les valeurs qu'il avait négociées, ayant eu soin, au préalable, de brûler tous les registres, tous les papiers susceptibles de fournir quelques indices sur la situation et de mettre sur les traces du coupable.

Mais que peuvent les vicissitudes de la destinée sur qui jouit du témoignage de sa conscience, libre, au fond des ruines où il est précipité, de se rappeler et, au besoin, de se faire l'application relative des paroles du vaincu de Pavie : « Tout est perdu, fors l'honneur? » Or, ce fruit d'une vie probe, d'une existence toujours intègre, est ici demeuré intact et resté sain et saul; l’équité, sans alteinte, se trouve hors de cause: donc , nulle opposition d'actionnaires, nulle intervention de créanciers frustrés, à l'effet de poursuivre de leurs réclamations plus ou moins sincères, un failli soupçonné de mauvaise foi; point de procès à intenter; point de hauls personnages malicieusement supposés immiscés dans une triste affaire; conséquemment, point de spéculation malveillante à faire sur un grand scandale. Un spolié et un spoliateur, rien de plus, rien de moins, et l'escroc, empressé, sans tourner les yeux en arrière, d'aller enfouir sa honte et ensevelir son nom..... on ne sait où !

Il ne fallut donc pas de grands efforts à M. Brune pour amortir et surmonter le coup dont il était frappé. La sérénité, le calme dont il fit

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