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LA GÉOLOGIE DU JURA,

ETUDE PAR M. JUST PIDANCET

(Suite). Terrain keupérien ou Marnes irisées, Le muschelcalk du Jura est habituellement recouvert par un puissant Jépôt de marnes aux couleurs vives et variées, renfermant, comme roches subordonnées, des masses de sel gemme, des couches de gypse et des bancs de dolomie. Tout cet ensemble constitue un des étages spécianr du trias, qui a été désigné depuis longtemps par les géologues allemands sous le nom de keuper; tandis qu'en France, l'expression de ulaines išies semble avoir prévalu.

Le terrain keupérien, par son importance industrielle, a fixé dès longtomps l'attention des géologues, et à son étude dans les chaines du Jura, stalláchent les noms des savants les plus célèbres. Cependant, on doit le vie, de n'est guère que depuis la publication des travaux de M. Jules Marcou', suç le Jura salinois, qu'on a pu parvenir à se faire une idée nelle et précise de cette formation, une des plus intéressantes à étudier au double point de vue de la pétrographie et de l'utilité des matériaux qu'elle fournit à l'industrie et à l'agriculture.

Au moment où nous avons dù mettre la première main à ce travail, nous étions sur le point de suivre textuellement les divisions proposées par le savant que nous venons de citer; mais en soumettant à une rigoureuse investigation les localités qui ont été l'objet de ses études, en étendant nos observations au-delà des limites qu'il s'est imposées pour ses descriptions, nos idées ont dû se modifier, et notre classification, quoique se rapprochant un peu de celle de M. Marcou, en diffère cependant d'une manière assez notable.

L'extrême rareté et quelquefois l'absence complète de fossiles dans la plupart des couches heupériennes, enlève au géologue son guide le plus súr, et ne lui permet ordinairement que l'emploi de caractères tirés de la pétrographie, qui sont loin, dans le cas particulier, de présenter une constance suffisante pour ne pas laisser quelque prise à l'erreur.

Tous les géologues qui ont étudié le keuper des chaines du Jura ont constaté, vers la partie moyenne de ce terrain, un grand banc de calcaire magnésien qu'on peut considérer comme horizon géognostique; malheureusement ce banc n'est pas le seul qu'on rencontre dans cette formation, et la ressemblance de caractères que présentent avec lui d'autres assises, force le géologue à apporter la plus grande circons

છે pection dans l'étude des marnes irisées du Jura.

Nous divisons le terrain qui nous occupe en trois grands groupes ou étages : l'étage inférieur, caractérisé par la présence du sel gemme à la partie inférieure, est désigné sous le nom d'étage salilère.

L'étage moyen, l'enfermant la plus grande partie des gypses exploités dans le Jura, est surtout caractérisé par de grandes masses de marnes rouges gypsifères; nous l'appelons étage gypsisère.

La dénomination de marnes irisées, proprement dites, a été appliquée à l'étage supérieur, dont chaque couche marneuse présente une coloralion spéciale.

L'absence du gypse, la présence d'un grand reptile, le Dimodosaurus poligniensis, permettent de le distinguer facilement des deux autres groupes.

Le grand banc de dolomie, dont nous avons parlé tout-à-l'heure, est placé à la séparation de l'étage inférieur et de l'étage moyen, et sépare habituellement le terrain des marnes irisées en deux zones topographiques parfaitement distinctes.

L'étage moyen concourt, avec l'élage supérieur et l'infra-lias, à la formation de terrasses couronnées par l'escarpement des calcaires à gryphées arquées, et dont les talus à pente douce présentent quelquefois, à la séparalion des deux étages keupériens, une légère saillie duc à la présence d'un second banc de dolomie, qui est souvent remplacé plus ou moins complètement par des bancs de gypse blanc.

Le terrain des marnes irisées est un des plus importants de la chaine du Jura, au point de vue de ses applications.

Les dolomies fournissent des moëllons employés dans la construction; un grand nombre de villages de la Haute-Saône, le village de Vorges, dans le département du Doubs, celui de Grozon et plusieurs autres, dans le département du Jura, sont entièrement construits avec la dolomic inférieure, qui est aussi frequemment employée à la confection de chaux moyennement hydraulique.

Toutes peuvent être employées à la préparation des divers sels de magnésie.

Les gypses de l'étage inférieur, et surtout ceux de l'étage moyen, donnent lieu à un grand nombre d'exploitations, qui fournissent des plâtres de très bonne qualité pour les constructions et l'agriculture.

Les sels gemines et les bouilles pyriteuses de l'étage inférieur ali

mentent les nombreuses salines de l'Est et la magnifique fabrique de produits chimiques de Gouhenans (Hautc-Saône).

D'un autre côté, la plupart des couches marneuses de cet étage, renfermant souvent du gypsc en quantité considérable, peuvent devenir une source de richesse pour notre agriculture.

Mais si le lerrain des marncs irisées a son utilité, il présenle aussi de graves inconvénients. La plupart des sources qui sortent de ce terrain sont chargées de sulfate de chaux et de sels de magnésie qui les rendent à peu près impotables.- La cuisson des légumes y devient souvent impossible, et souvent elles sont impropres au savonnage du linge. D'un autre côté, elles semblent exercer sur la santé unc tristc influence : la plupart des habitants des contrées keupériennes sont atteints de goîtres souvent monstrueux, et cela quelles que soient les autres conditions d'hygiène dans lesquelles se trouvent placées les localités qu'ils habilent. Les villes de Salins, Arbois, Poligny, le village dc Grozon surtout, fournissent des exemples trop nombreux du fait que nous venons de signaler.

Le terrain des marnes irisées occupe dans le Jura deux positions distinctes.

Dans les chaines à ploiement, on le voit quelquefois former des dépressions qui entourent les voûtes centrales formées par le muschelcalk; d'autres fois, lorsque celui-ci n'affleure pas, les marnes irisées occupent habituellement l'axe des grandes vallées liaso-keupériennes qui forme le fond des cirques jurassiques.

Dans les chaînes à plateau, on le voit dessiner au pied des talus liassiques des Icrrasses qui se reconnaissent de loin à leurs vives couleurs, et dont le pied du Jura, dans les arrondissements de Poligny et de Lonsle-Saunier, fournit de nombreux exemples.

(A suivre).

ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.

La Probité commerciale,

PAR M. BENOIT,
Vérificateur des poids et mesures à Saint-Claude, membre correspondant.

(Suile).

III. On dit proverbialement que les petites mesures ne reviennent pas aux grandes. On veut exprimer par là quc les vendeurs perdent sur le détail des marchandises qu'ils ont achetées en gros, attendu que, faisant ordinairement le trail ou ce qu'on nomme la bonne mesure, ils se trouvent avoir vendu moins de marchandise qu'il ne leur en a été livré réellement. Ce proverbe n'est pas absolu. Il faut bien se garder surtout de le

supposer applicable dans la pratique des mesures de capacité. En effet :

Près des parois des vascs, les graines prennent un certain arrangement, d'après lequel il résulte une perle de place parfaitement appréciable. Ainsi, deux demi-litres de graine, mesurés à l'aide du demi-litre, font un volume un peu moindre qu'un litre de cette graine mesurée d'un seul coup dans le litre. La raison en est que la paroi du litre occasionne moins de vides que celle de deux demi-litres, la surface intérieure du litre étant moins grande que les surfaces réunies de deux demi-litres, On trouve ainsi, par expérience, que sur 10 litres de millet mesurés dans le litre, on a 5 décilitres de moins que si on les mesurait en une seule fois dans le décalitre.

La perte dont il s'agit est d'autant plus grande que la graine est plus grosse. L'expérience prouve effectivement qu'en mesurant des pois, les parois produisent une perte de 75 centilitres en prenant 10 fois le litre au lieu d'une fois le décalitre.

Remarquons encore que les résultats diffèrent d'autant plus sensiblement que la dissemblance entre la capacité des deux mesures sur lesquelles on expérimente est plus grande. C'est ainsi, par exemple, qu'après avoir mesuré un hectolitre de millet en une seule opération avec l'hectolitre, si l'on vient à le mesurer par détail au moyen du décalitre, on trouvera, en apparence, 2 litres 50 centilitres de trop; mais si l'on mesure à l'aide du lilre, on trouvera 5 litres. En expérimentant avec des pois, la première erreur serait de 3 litres 75 centilitres; la seconde serait de 7 litres 50 centilitres.

De là il résulte qu'un marchand qui vend au litre de la graine qu'il a achetée au décalitre, gagne même en la vendant au même prix; s'il achète à l'hectolitre et qu'il vende au litre, son gain sera encore augmenté.

En ce qui touche les liquides, l'espace inoccupé près des parois est non-seulement, comme pour les matières sèches, proportionnel à la paroi totale, y compris le fond et l'ouverture du vase, mais il peut encore, comme l'expérience le démontre, être augmenté par des bulles d'air adhérentes à la surface intérieure de la mesure ou logées dans le corps mème du liquide, si celui-ci n'a pas été versé lentement dans la mesure pour permettre à l'air qu'elle renferme de s'en échapper entièrement.

Les intérêts des commerçants sont donc loin d'être compromis de ce côté, puisque, d'ailleurs, ils vendent généralement par petites fractions la marchandise qui leur a été livrée et mesurée par unités plus grandes, Toutefois, la maxime énoncée plus haut pourrait bien être quelque peu vraic en ce qui concerne les mesures de pesanteur, lors même que le marchand ne ferait pas le trait, et qu'il disposerait d'une balance douée d'une très-grande sensibilité. Voici ce qui l'établirait :

On sait que, pratiquement, il n'est guère possible de donner aux poids ainsi qu'aux mesures de commerce une valeur rigoureusement exacte. Aussi la loi a-t-elle dù tolérer, pour chacun des instruments de

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dix poids

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de

pesage et de mesurage, une certaine erreur, qui est toujours en plus et toujours en raison inverse de la grandeur de l'appareil. Ce qui fait que le total des tolérances, sur plusieurs poids , est plus élevé que la tolérance sur le poids qui, à lui seul, aurait même pesanteur. C'est ainsi que, la tolérance en plus sur 1 kilog. étant de 1 gramme, et la tolérance en plus sur un poids de 10 kilog. étant de 6 grammes, de 1 kilog. peuvent peser ensemble jusqu'à 10 kilog. 10 grammes, tandis que dans aucun cas, le poids de 10 kilog. ne peut valoir plus de 10 kilog. 6 grammes. De sorte qu'un marchand qui a acheté 10 kilog.

6 de sucre, par exemple, peut perdre 4 grammes en les revendant par fractions de 1 kilog. Son déficit pourrait être de 14 grammes s'il détaillait le sucre en livrant 1 hectog. à la fois seulement, l'exces tolérable sur ce dernier poids étant de 2 décigrammes.

Il n'en est pas tout-à-fait de même des mesures de capacité, parce que l'erreur dont il est question est à peu près insignifiante par rapport à celle qui résulte, en sens inverse, de l'influence des parois dans l'usage de ces mesures. Du reste, ce n'est pas, pour les poids non plus, cette légère défiance qui pourrait conduire le spéculateur à des mécomptes sérieux. Il aurait plus de raison, selon pous, de s'alarmer de la perle résultant du trait quand la balance n'a pas une mobilité suffisante à sa suspension. Ainsi, s'il possède une balance sculement sensible à 1,200 du poids d'une portée, en la chargeant d'un poids de 50 kilog., par exemple, il se verra obligé, pour donner le trait, d'ajouter à 50 kilog. de marchandise, un complément qui sera , dans le cas particulier, 50,200 ou de 250 grammes. Ce sera donc autant de marchandise non comptée que le vendeur livrera sans en recevoir le prix.

Quoi qu'il en soit, pourrait-on, pour amoindrir sinon annuler celle sorte de déficit, pour revenir à son compte, suivant l'expression usitée, ct, en même temps, pour ne pas éloigner la clientèle en la mécontentant par des livraisons empreintes d'un certain air de mesquinerie, pourrait-on se croire autorisé à soustraire sur les ventes successives unc quantité quelconque de marchandise, soit en faussant clandestinement l'opération du pesage ou du mesurage, soit en augmentant frauduleusement, avant cette opération, le poids ou le volume de la marchandise au détriment de sa valeur ou de sa qualité et quelquefois de ses propriétés hygiéniques ou de sa salubrité. Il suffit de poser cette question pour faire voir dans quelle lourde méprise on tomberait en la résolvant affirmativement. Personne n'en doutera, la confirmation d'une pareille énonciation serait, à la fois, une fàcheuse injure au sens commun, à la raison humaine et aux droits généraux de la Société. Regrettable ou trage à la probité commerciale, ce serait, en outre, le coup le plus fatal porté à l'une des trois bases principales et primitives de l'ordre social actuel : la propriété. L'adoption pure et simple de cette doctrine enfin, ne serait ni plus ni moins que la consécration du vol le plus manifeste, élevé à la hauteur d'un droit au profit du trafic exclusivement.

Ici, négociants, c'est encore l'honneur et la conscience, appuyés sur l'expérience et la perspicacité, qui vous aideront à vous maintenir fermement dans les limites assignées par la justice et par l'équité. Votre véritable intérêt pourra aussi exercer une influence salutaire sur votre conduite dans la circonstance. D'abord, tout marchand expérimenté doit

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