Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]
[ocr errors]

J'étais bien indécise; je n'osais pas me rendre chez ce devin, il n'esfrayait; oui, j'avais peur de cet homme, et je redoutais ce qu'il allait me dire. D'un autre côté, je ne voulais me faire accompagner par personne, parce que je pensais que peut-être il me dirait de bien vilaines choses sur mon mari; qu'il redirait tout ce qui s'était passé entre nous, et je n'avais jamais confié entièrement tout ce que j'avais souffert. Il y a de ces peines que l'on garde dans son cæur, quand bien même elles vous étouffent. Quand on est bien malheureux, on cherche tous les moyens de sortir de sa mauvaise position. Oh! que j'aurais mieux fait de recourir à Dieu et de le prier de me donner quelques bonnes pensées ! Mais j'avais la tête perdue; depuis longtemps je faisais toutes mes prières sans savoir ce que je disais; aussi, le lendemain je parlais et j'arrivais chez le tireur de cartes.

« Il demeurait dans une maison écartée des autres, et j'avais le cæur tout serré en entrant. Il était seul, dans une grande chambre noire; il y avait, accrochés aux murailles, des paquets d'herbes, de plantes de toute espèce; des os, une horrible tête de mort; des ailes de hibou, que sais-je !... J'osais à peine lever les yeux, j'avais bien peur, et puis il fixait sur moi ses grands yeux; j'étais comme paralysée; il me semblait qu'il me serait impossible de m'en aller.

« Il me fit asseoir et prit ma main qui tremblait très-fort, ensuite il se mit à arranger ses cartes. Quand tout sut fini, voici ce qu'il me dit et dont je me souviendrai toujours : « Ma pauvre femme, vous êtes bien malheureuse; votre mari vous croit coupable, il vous déteste et raconte à tout le monde comme il a une mauvaise femme. Vous avez bien soussert avec lui. Cependant, il reviendra de son crreur et voudra vous reprendre avec lui; il vous promettra d'être meilleur et plus du tout jaloux ; vous vous laisserez persuader, vous retournerez avec votre mari, non pas à cause de lui, mais pour vos enfanls, et vous serez encore plus malheureuse qu'auparavant, car au bout de quelques jours, les mêmes scènes recommenceront; toute votre vie vous souffrirez, et vous aurez encore plusieurs enfants. Voilà tout ce qui arrivera si vous ne voulez pas suivre mes conseils. »

«Eh! que faut-il donc faire, lui dis-je tout effrayée ?.... « Si vous m'écoutez, reprit cet homme, vous aurez un sort heureux; vous serez complètement débarrassée de votre mari; vous reprendrez vos enfants avec vous, ils vous aimeront beaucoup, s'élèveront bien et s'établiront très-avantageusement. Plus tard, vous vous remarierez avec un homme qui sera aussi bon pour vous que votre premier ri aura été méchant, et vous serez encore plus heureuse que vous n'avez été malheureuse jusqu'à présent. »

« Me remarier! mais.... mon Dieu !.... mon mari mourra donc ?.... Mais quc me dites-vous donc là ?.... Et je joignais les mains et je tremblais comme la feuille.... « Ecoulez-moi donc tranquillement, dit ce vilain homme, bien d'autres sont venus vers moi et se sont bien trouvés de suivre mes avis. Puisque vous n'aimez pas votre mari et que c'est un mauvais homme, qu'importe qu'il meure ? Ecoutez-moi donc et je vous promets que dans six mois vous en serez complètement délivréc.»

« Assez, assez, lui dis-je en criant, car j'étais comme une folle; je comprenais que cet homme voulait me faire commettre quelque crime.

[ocr errors]
[ocr errors]

nous menacer.

Comment? Je ne me l'expliquais pas, mais je voulais m'enfuir. Il me retenait fortement par le bras en me disant : « Ecoutez-moi jusqu'au bout, imbécile que vous êtes; vous ne m'avez pas

bien

compris.» « Mais j'avais retrouvé tout mon courage, j'étais forte, je le regardai fixement et lui dis : si, je vous ai compris, et je vous promets de ne répéter à personne ce que vous m'avez proposé. Laissez-inoi vous payer et partir. Je lui donnai cinq francs, c'était le prix convenu. Il les prit et m'accompagna jusqu'à la porte en ricanant et en disant : « Oh! vous serez bien comme les autres, vous reviendrez, »

« Ah! Madame, dans quel état j'étais ! J'avais la tèle en feu et des frissons dans tous les membres. Il me semblait être poursuivie par cet homme : je courais de toutes mes forces. Il était nuit, mais la lune éclairait la route, et les arbres me paraissaient comme autant de personnes qui me regardaient. de croyais faire un mauvais rêve, et tout en courant toujours, je sentais mes membres engourdis, et il me semblait que je restais à la même place. Quand je levais les yeux vers le ciel, je voyais de vilains nuages gris et noirs qui avaient des formes si extraordinaires, qu'ils me faisaient peur. Et pourtant je les avais toujours trouvés si beaux, les nuages ! j'aimais bien les belles étoiles, le clair de lune et les belles nuits; mais il parait que lorsque nous sommes heureux, tout nous semble magnifique; quand nous sommes malheureux, tout ce que nous voyons est triste; et quand nous faisons mal, tout nous effraie el semble

«Ah! quand je revenais, la nuit, de voir mes enfants, je n'avais pas peur, je trouvais que l'air était bien frais, que Dieu était bien bon d'avoir mis au ciel la belle lune et les étoiles pour m'éclairer sur mon chemin; j'étais toute tranquille, toute contente. Mais dans ce momentlà, je venais de demander conseil å un homme sans savoir s'il était bonnête; j'étais allée lui demander ce que Dieu ne veut pas que nous sachions; je venais d'entendre d'affreuses choses que, bien sûr, le démon avait inspirées à ce devin; aussi tout m'effrayait : le moindre vent dans les feuilles, le eri des oiseaux de nuit, lout me faisait une peur horrible; mes dents en claquaient et je courais toujours.

« Je rencontrai, un peu avant d'arriver au village, un homme qui me dit : « Eh!.... où courez-vous ainsi , jeune femme ! attendez-moi donc un peu ? » J'avais la tête si égarée que je crus reconnaitre la voix du devin; aussi je me mis à courir encore plus vite, et quand j'arrivai chez moi, j'étais plus morte que vive. Le lendemain, quand je m'éveillai, j'étais étendue sur le plancher, j'étais tombéc sans connaissance en arrivant.

Six mois après, comme le devin de Saint-Jean l'avait prédit, j'étais avec mon mari, qui m'avait tant suppliée, que j'étais retournée avec lui. Il n'était pas guéri de sa jalousie, et il m'a rendue malheureuse pendant longtemps encore; cependant, durant les dernières annécs de sa vie, il a été meilleur pour moi; il a reconnu combien il s'était trompé, et bien souvent il m'en a demandé pardon. Dicu n’a accordé cette consolation avant de ne l'enlever.

« Un an après qu'il m'eût fait son liorrible proposition, le tireur de carles mourul au moment où la justice allait s'emparer de lui; car on avail reconnu qu'il avait procuré du poison à plusieurs personnes pour

[ocr errors]

les débarrasser, les unes de leurs maris, les autres de leurs femmes ou de leurs parepls.

« Depuis, quand j'entends parler de diseurs de bonne aventure, cela me lait frémir, et je fais tout ce que je puis pour ôler aux personnes que je connais le désir d'aller les consulter; je leur conte ce qui m'est arrivé, mais cela en empèche bien peu. Hélas ! l'expérience des autres ne nous sert pas à graod chose, nous croyons toujours que nous serons plus habiles et plus heureus.

« Ce qui m'a toujours bien étonnée, Madame, c'est que plusieurs femmes que j'ai connues étaient allées consulter le devin, et m'ont raconté, après sa mort, qu'il leur avait dit aussi de bien vilaines choses ; mais cela ne les avait point autant effrayées que moi : elles s'étaient contentées de ne point suivre ses conseils, et elles n'avaient pas éprouvé, en revenant de chez lui, toutes les terreurs et tous les remords que j'avais eus. »

La pauvre Marianne ne se rendait pas compte qu'elle était d'une nafure un peu exceptionnelle, fort sensible et fort réfléchic; qu'elle avait on cour tout rempli de bons sentiments, tandis que la plupart des gens de la campagne se laissent peu influencer par leurs pensées et par les cboses extérieures de la nature

Généralement, ainsi que me l'a dit souvent le curé du village où je vais chaque année, ils ne savent guère craindre que deux choses, que leurs parents leur apprennent dès l'enfance à redouter, c'est-à-dire : le diable et les gendarmes !

(A suivre).

SÉANCE GÉNÉRALE DU 11 JUIN 1863.

La séance est ouverte à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc, VicePrésident.

Le Secrétaire-Général donne lecture des procés-verbaux des séances des lj mai et 1er juin, dont la rédaction est adoptée.

Le Secrétaire-Adjoint dépose sur le bureau le magnifique ouvrage de MM Kechlin-Schlumberger et Schimper, sur le terrain de transition des, Vosges, ouvrage obtenu pour la Société de la libéralité de M. Kæchlin, sur la demande de deux de nos confrères, MM. Bourgeois et Em. Boissière.

La Société décide que des remerciements seront adressés à l'honorable donateur.

Il est ensuite procédé au dépouillement de la correspondance et à l'énumération des dons offerts à la Société, pour la Bibliothèque et le Musée.

Sont ensuite lus, conformément à l'ordre du jour : 1° la première partie d'un mémoire de M. BENOIT, sur la Probité commerciale; 2o une note sur les l'ins médicinaux, par M. Jules Léon; 3° une pièce de poésie, par Mme Geneviève BOURGEOIS; 4° les Trois Amours, poésie par M. Em. BoissièRE; -- 5° une pièce de poésie, par M. LONCHAMP, instituteur à Plumont; 60 rapports de MM. CLER et GINDRE, sur différents ouvrages.

La Société décide que ces divers travaux seront soumis à la Commission d'impression.

L'ordre du jour amène la discussion sur la proposition de fusion de la Société el du Comice agricole, sous le titre de Sociélé d'agricullure, sciences el arts et Comice agricole réunis.

Plusieurs membres prennent part à cette discussion, et M. Demougin, ancien Président, résume en ces termes l'opinion la plus générale :

[ocr errors]

« Je prie l'assemblée de me permettre de lui soumettre quelques obserrations, non comme sociétaire actif, puisque depuis longtemps j'ai cessé de l'être, mais en ma qualité de membre honoraire.

a Tout en applaudissant au projet de réunion des deux Sociétés, ce qui pour elles et chacune d'elles offre un avantage incontestable, je désire, dans leur intérêt commun comme dans leur intérêt respectif, que leur réunion n'implique pas leur confusion; que l'existence de chacune d'elles ne s'éteigne pas dans une nouvelle existence exclusivement commune; que les deux ètres ne s'anéantissent pas dans la création d'un troisième. Je ne désespère pas d'être assez beureux pour rendre votre pensée ausi bien que la mienne, en disant qu'il convient que les deux Sociétés étant associées, chacune d'elles conserve sa vie propre, tout en faisant bénéficier l'association et du produit de son æuvre individuelle et de sa coopération à l'autre commune. - Quelques développements de cette double idée de réunion des deux Sociétés par leur association, et en même temps de leurs existences distinctes, de seront peut-être pas hors de propos.

« J'ai toujours et invariablement cru qu'aucune des deux Sociétés ne pouvait vivre isolée de l'autre. insi l'ont pensé, dès le début de la Société d'agriculture, sciences et arts de Poligny (que, pour abréger, j'appellerai la Société), les hommes les plus compétents qui l'honoraient alors de l'éclat de le présence.

« Le Comice, malgré l'intelligente activité et l'infatigable dévouement de son Président, n'a pu échapper à la langueur et à la défaillance. La Société, par l'insuffisance prévue de ses ressources, sent ses éléments de vie se retirer, malgré les persévérents efforts de son vénérable Président actuel et de ses membres actifs. La réunion des deux Sociétés est donc justifiée. Il peut paraitre plus difficile de justifier les réserves dont j'ai parlé et sur lesquelles j'insiste, non pas seulement en vue qu'il ne soit en rien touché aux avantages propres à chacune des Sociétés, mais encore et tout particulièrement pour laisser intact un avantage éventuel spécial à la Société, et qui se trouvera expliqué par ce que je vais raconter.

« Un des membres honoraires de la Société, des plus éminents, Président du Congrès scientifique général et central, dont le siège est à Paris, M. le Sénateur Amédée Thierry, avec qui j'ai eu, il y a un mois, la bonne fortune d'avoir une conférence , a daigné me parler avec beaucoup d'intérêt de la Société, qu'il désire et espère voir reconnue par Son Exc. le Ministre de l'Instruction publique comme d'utilité publique, et comme telle soutenue et assistée. Sur ce que je lui ai appris que fraternisant, la Société et le Comice allaient se fusionner, il m'a fait remarquer que dans ce cas il y avait lieu d'examiner si cette fusion ne ferait pas obstacle à la reconnaissance par M. le Ministre, d'autant que la Société étant dans ses attributions pour la protection et la surveillance, le Comice, au contraire, est sous la direction et le controle de M. le Ministre de l'Intérieur et de l'administration départementale. Il a témoigné qu'il considérerait comme préférable, au point de vue de la reconnaissance de la Société par M. le Ministre de l'Instruction publique, qu'elle conservât une existence propre et distincte.

« Telles sont, Messieurs, les considérations qui m'ont paru motiver les réserves de non confusion dont j'ai parlé.

« Si l'idée de l'association des deux Sociétés réunies pour leur avantage commun, et conservant leurs individualités, était par vous accueillie, et si le Comice, dont j'ai aussi l'honneur d'étre membre, en était d'avis, il pourrait arriver ce qui suit :

« L'association générale pourrait prendre pour titre : Société d'agriculture, sciences et arts de Poligny et Comice agricole de l'arrondissement de Poligny réunis.

« La Société et le Comice conserveraient chacun son ganisation et ses

statuts, sauf à l'égard de ceux-ci, les seules modifications résultant de ce qui serait statue pour l'association générale. L'un et l'autre conserveraient chacun son Président et ses Vices-Présidents, son bureau enfin. L'association générale aurait son bureau à elle, son Président supérieur, ses Présidents supérieurs honoraires de droit ou électifs, ses Vice-Présidents supérieurs et autres membres complétant son bureau. Le Président supérieur ayant la haute direction de l'association générale, pourrait, comme il le voudrait, la présider ainsi que les séances, soit du Comice, soit de la Société.

« Il serait entendu que quoique les membres de la Société soient assez généralement membres du Comice et ceux du Comice assez généralement inembres de la Société, cependant on pourrait, comme du passé, etre du Comice et non de la Société, de la Société et non du Comice, surtout pour ce qui est des membres correspondants et des membres honoraires. »

La Société décide que les conclusions formulées par l'honorable M. Demougin sont adoptées et seront communiquées au Comice agricole.

Elle décide en outre que dans le cas où la réunion proposée aurait lieu, M. CHEVASSU, Maire de la ville de Poligny, et M. le Sous-PRÉFET de l'arrondissement, seraient priés, comme ils l'ont déjà été par le Bureau, d'accepter. l'un la présidence supérieure, l'autre la présidence supérieure bonoraire Il est offert à la Société, pour la Bibliothèque et le Musée, par :

SUITE DES DONS DU MOIS DE JANVIER 1863.
M. DE LIRON D'AIROLLES, membre correspondant :
Le tome 3e de ses Notices pomologiques, 1862, in-8 avec fig.

M. LEFÈVRE-BRÉArt, membre correspondant :
Sa biographie de Jacques Bujault, 1862, in-8.

M. BOURGEois, membre correspondant : La Séance publique de décembre 1862, de la Société d'Emulation des Vosges, in-8.

M. PÉROT, membre correspondant : Ses Allégories morales, 1855, in-8. Les Comples-rendus de la Société dunkerquoise pour 1853, 1854, 1855 et 1856, in-8.

M. GINDRE DE Mancy, membre correspondant : Ses deux pièces de poésie, intitulées : Le Lac de Saint-Mandé et Au-dessus des Charmelles.

DONS DU MOIS DE FÉVRIER 1863. M. BERTHERAND, membre honoraire : Compte-rendu des travaux du Comice agricole de Poligny, 1859, in-8. --De l'Histoire de l'Agriculture, discours de M. de Parseval, 1858.-- Concours agricoles de 1862, à Mâcon; les Progrès de la Bolanique en 1857; – de la Philosophie el de la Religion, 1858, trois brochures in-8 du même auteur.Recueil des Usages locaux ayant force de loi dans le Jura, 1862, in-8.

Deux flacons contenant deux Fælus, l'un de trois mois, l'autre de quatre mois et demi.- Formulaire des Hôpitaux militaires, in-8.- La Perpétuité de la Morale humaine, par Grammacini, 1850, in-8. Les Prix de Verlu fondés par M. de Montyon, 1858, in-12. -- Le Mémorial thérapeutique et pharmaceutique, par Vahu, 1846, in-32. Les Aphorismes d’llippocrate, par Guenot et Vahu, 1843, in-32. Visites du Prince Napoléon au Palais de l'industrie, 1855, in-8. – Feu! Feu ! par Timon, 1845, in-12.- Traité de la filature du Lin el du Chanvre , par Ancellin, in-8.- Opinion de M. Christophe sur les Prohibilions et la Liberté du Commerce, 1831, in-12.- Rapports sur les Traraux du Conseil central de Salubrité du Nord , tomes 9, 14 et 15, 3 in-8. -Les Olympiades, 2 tomes, 1856 et 1858. - Anthoinelle Bourignon, par Dupuis, in-8.- La Richesse du (ullirateur, 1849, in-8.- Biographie d'Antonini, par Cabrol, 1846, in-8. La Prosti!ution à Alger, par Duchesne, 1853, in-8.

« PreviousContinue »