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sa modification profonde. » C'est là son point de départ. Où va-t-il ensuite ? Il esquisse à grands traits, dans le chapitre des considérations générales, l'historique du système d'emprisonnement cellulaire, établit les phases qu'il a subies, nous fait assister à son introduction en France, lout en expliquant avec un grand bonheur d'esprit et un tact infini l'incroyable engouement qui accueillit la réforme pénitentiaire, « sur laquelle tant d'hommes avaient fondé, dit-il, toute une réputation de philanthropie ! » Maintenant suivons le à la prison Mazas. La description qu'il en fait est précise; rien n'est oublié; comme nous, il admire le génie de l'architecte qui se révèle à chaque pas par d'habiles et ingé. nieuses combinaisons. Mais une première dilliculté apparait : commest l'administration de la prison peut-elle diriger 1100 prisonniers réunis sur un seul point, soumis au même régime, marchant sous la mène discipline? Et puis le système français est-il appliqué réellement? La lecture est une ressource pour un nombre bien limité de prisonniers: la promenade de trois quarts d'heure par jour est insuffisanle au point de vue hygiénique. Le travail n'est pas général : 300 à peine sur 1100 ont de l'ouvrage. Et cependant le travail est le correctif obligé de ce mode de détention ! les visites ont une efficacité minime : « l'effet moralisateur obtenu par les visites, dit l'auteur de la brochure, se traduit, dans les meilleures conditions, par la possibilité de converser pendant 47 miputes par mois avec chaque déienu! » Puis il ajoute : « L'exercice réel, véritable, sérieux, influent du culte, c'est-à-dire la religion agissant sur l'âme par l'intermédiaire des sens, est impossible à Mazas. » Enfin il reconnait que le système de ventilation et d'aération, si simple, si efficace en théorie, laisse beaucoup à désirer dans l'application.

Toutes ces propositions diverses sont établies d'une façon irrésutable : les preuves abondent; le raisonnement est plein de sens. Maintenant, laissons le docteur Pietra Santa établir son système comparatif entre les trois prisons : la Force, Mazas, les Madelonnettes, pour ce qui regarde les maladies et la mortalité dans ces trois établissements pendant des périodes successives et arrivons au chapitre de la Folie.

Ici, l'auteur se trouve en pleine contradiction avec M. Lélut. Tous deux présentent des chiffres, des résultats numériques. Qui a raison ? Qui a lort? Sans nous prononcer, et en cela nous ne faisons, nous qui ne sommes pas académicien, qu'imiter la prudente réserve de la prudente Académie de médecine, nous pouvons affirmer que les judicieuses observations qu'émet successivement M. de Piélra Santa sont autant d'arguments en sa faveur, qui méritent d'être pris en considération. Ce qu'il y a de certain, c'est que « le moment où le détenu voit se ferme sur lui la porte de la cellule, produit une impression profonde; celt solitude, l'aspect de ces murs, ce silence absolu l'effraient et le con fondent. »

Mais voici le moment d'aborder « la question si délicale et si controversée des suicides. » lci encore il faut procéder avec des chiffres à la main : c'est ce que sait M. Pietra Santa, il combat encore les statistiques de M. Lélut par d'autres statistiques : ici il s'étend longuement et a ce raison sur l'âge, la profession, la nature des préventions et des condannations, le degré d'instruction des suicidés, el il arrive à des résulats excessivement curieux et intéressants. Ce chapitre du suicide est rai

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ment remarquable. L'auteur de la brochure termine en répondant aux objections qui ont été faites à ses conclusions. La principale est qu'il est indigne de jeter pêle-mêle, dans une même prison, des hommes simplement prévenus ou délinquants, au milieu de criminels pervers et mis au ban de la société, qui les repousse comme des monstres. Mais le fait existe-t-il réellement dans les prisons par quartiers ? C'est à ce que nie énergiquement M. le docteur de Piétra Santa. Et à l'appui de de ses dénégations il cite l'exemple des Madelonnettes, où les prévenus, les condamnés et les politiques forment trois catégories distinctes et distinctement réparties dans l'établissement. Sans doute, puisque le législateur a admis la diversité dans la criminalité, il faut admettre la diversité dans la pénalité ! Eh bien! le système cellulaire répond-il aux vues du législateur? Sauf la différence dans le temps de la détention, lous les détenus d'une prison cellulaire ne subissent-ils pas moralement la mème peine? L'innocent comme le coupable, le prévenu comme le condamné, ne sont-ils pas astreints au même régime, aux mêmes règles, aux mêmes obligations? A ce point de vue, nous nous rangcons liardiment à l'avis du docteur Pietra Santa : la législation est incomplète quant à ce qui a trait à la pénalité. Nous pourrions bien aussi, sans crainte de nous compromettre, penser comme M. de Piétra Santa sur la question des préventions. Est-ce d'une saine morale, oui ou non, de laisser gémir dans une prison, un temps toujours trop long, un malheureux que la justice bientôt rendra à la lumière, à la liberté, à sa famille, à la société, après l'avoir reconnu innocent?

Qu'il me soit permis, à cette occasion, de faire une courte digression. Après la paix de Villafranca, me trouvant à Milan avec mon régiment, je fus désigné d'office pour défendre quelques militaires prévenus deVant le Conseil de guerre siégeant dans cette ville. L'un d'eux venait de faire trois mois de prison préventive. En cas de culpabilité, le maximum de la peine ne comportait pas, d'après le Code militaire, plus de trois mois d'emprisonnement : l'homme fut acquillé. Il fut reconnu innocent, et il avait passé trois mois en prison !

Nous voudrions, comme M. le docteur de Piétra Santa, voir ces abus disparaître. Nous voudrions aussi, comme lui, qu'une gradation plus complète des peines correspondit à la différente nature de délits et de crimes. La philosophie le réclame : — Il faudra donc, dit l'auteur de la brochure, établir des distinctions, non plus seulement selon la nature des délits, mais encore selon les aptitudes psychologiques. Et il ajoute, sous forme de conclusions, que l'on doit reconnaitre comme vérités sondamentales :

1. Que la criminalité matérielle ne correspond pas toujours à la criminalité morale;

2. Que la diversité dans les peines est en harmonie avec l'esprit de la législation, le bon sens, la nature intime de l'homme;

3. Que l'espérance est l'élément moralisateur par excellence.

Profondes vérités, en effet! que l'on devrait inscrire sur le frontispice de toutes nos prisons.

Avant de terminer, nous dirons que le chapitre intitulé : de la Folie penitentiaire, n'est autre chose qu'une réponse au mémoire de M. Sauze, médecin à Marseille, publié sur ce sujei. M. de Pietra Santa examine les diverses conclusions de M. Sauze, et malgré la tendance de certains esprits à reconnaître dans ces conclusions une infirmation positive de ses idées, il élablit, au contraire, que M. Sauze est souvent trop absolu dans sa manière de formuler sa pensée et qu'il ne prouve nullement

que M. Pietra Santa soit dans l'erreur. Puis, suit une longue statistique établissant des cas d'aliénation mentale, presque tous fort curieux et tendant à prouver ceci :

« Qu'il faut, de toute nécessité, admettre une fréquence plus grande d'aliénations mentales dans les prisons soumises au régime cellulaire.» C'est ainsi du moins que conclut M. de Piétra Santa en se résumant.

Nous ne reviendrons pas sur le rapport lu à l'Académie de médecine, concernant les premières études du docteur Pietra Santa, et qui se trouve en appendice à la fin de sa brochure : nous nous tairons aussi sur les pages élogieuses de plusieurs journaux, encourageant ses premicrs eiforts. Nous l'avons dit et nous nous plaisons à le répéter : Le livre de M. Piétra Santa est à la fois l'æuvre d'un homme courageux et indépendant, d'un pbilosophe profond, d'un écrivain émérite. C'est un ouvrage digne de figurer à côté des meilleures publications contemporaines, et à ce titre, la Société de Poligny doit des remerciements à l'auteur de lui avoir fait hommage de cette æuvre, et des encouragements pour le mérite réel dont elle est empreinte.

Aujourd'hui que la question pénitentiaire est tranchée en faveur de l'emprisonnement par quartiers, nous devons reconnaitre , à l'honneur de M. de Piétra Santa, que nul n’a combattu le système cellulaire avec plus de persévérance, de conviction et de talent. Ses nobles efforts n'ont donc pas été infructueux : un plein succès a été la récompense de ses travaux.

GUYÉTANT, capitaine au 82me.

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INSTRUCTION PUBLIQUE.

Un mot sur l'utilité de l'Enseignement

professionnel,

PAR M. LÉON BOURGEOIS, MEMBRE CORRESPONDANT.

« Chacun doit travailler selon ses forces au grand @uvre de la patrie. v

Alexis DE VALOx.

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Dans le rapport fort remarquable qu'il adressait à l'Empereur au mois de juin de l'année dernière, dans l'éloquent discours qu'il prononçait, quelques semaines plus tard, à la distribution des prix du Concours général, et plus récemment encore dans l'allocution, empreinte d'une chaleureuse conviction, qu'il adressait, le 8 février dernier, aux élèves des Associations polytechnique et philotechnique de Paris, M. Rouland, alors Ministre de l'instruction publique, insistait vivement sur l'urgente nécessité d'établir en France l'enseignement professionnel, commercial et industriel, et de créer des établissements où les jeunes gens qui pe se destinent pas aux carrières libérales, pussent recevoir le genre

d'insIruction, essentiellement utilitaire et pratique, qui convient à leur ap

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titude. On ne saurait nier que jusqu'à ce jour, sauf dans un petit nombre de villes industrielles qui avaient créé des établissements spéciaux et dans un but d'intérêt local, cet enseignement n'ait été trop laissé dans l'ombre ou dans l'oubli. Il y avait là une lacune à remplir. Il faut, à notre époque, sans négliger l'éducation morale et littéraire qui constitue, avant la fortune, la valeur réelle de l'homme dans la société, développer aussi le sens pratique et former des agronomes, des commerçants, des artistes et des industriels, comme dans l'enseignement secondaire on prépare, pour l'avenir, des candidats pour les professions libérales et pour les différentes administrations du Gouvernement.

Nous applaudissions alors à l'heureuse et séconde initiative de M. Rouland, et nous faisions des veux pour voir introduire et se développer en France, à l'instar de la Suisse et de l'Allemagne, l'enseignement professionnel que nous appelons l'enseignement de l'avenir.

Assurément, nous rendons aux lettres grecques et latines, que nous avons enseignées pendant plus de dix ans, l'hommage senti qu'elles méritent. Nous reconnaissons l'heureuse et féconde influence de l'éducalion littéraire sur le développement moral et intellectuel de l'enfant; mais personne ne peut contester que, en matière d'instruction, dans l'intérèt de notre agriculture et de notre industrie nationale, il ne soit nécessaire de satisfaire à des besoins nouveaux, à des exigences nouvelles.

Donc, saps négliger l'éducation morale et religieuse, non plus que les études grammaticales, pbilologiques, littéraires et historiques, il faut faire une large part :

A l'agriculture, par un enseignement élémentaire et théorique, qui donne des notions variées et sultisantes, et soit une espèce d'initiation à l'observation des phénomènes agricoles et à la culture pratique de la vie des champs;

Aux professions commerciales, par l'étude de la correspondance et de la rédaction usuelle, de la comptabilité, de notions de droit commercial, de la géographie moderne et des langues vivantes;

A l'industrie, par l'étude des sciences malbématiques appliquées, de la mécanique, de la chimie , de certaines branches de l'histoire naturelle et du dessin industriel, non-sculement pour la reproduction des machines, mais encore pour tout ce qui a rapport aux impressions sur étoffes.

Il va sans dire qu'on devra se livrer de la manière la plus suivie et la plus approfondie à l'étude de notre belle langue française que, - suivant la noble expression de Charles-Quint aux Etats de Bruxelles, – on doit plus que jamais, de nos jours, appeler la langue d'Etat, - et qui sera la langue cosmopolite de l'avenir et l'instrument des relations internationales entre tous les peuples du monde civilisé.

Avant de clore ces lignes, rendons un juste hommage à l'babile et eloquent homme d'Etat qui, le premier, a officiellement reconnu et constaté la nécessité d'établir en France l'enseignement professionnel, à Son Exc. M. Rouber qui vient, lui aussi, de donner une nouvelle consécration à cet utile projet, en adressant un rapport à l'Empereur et en

à nominant une Commission pour étudier les questions qui s'y rattachent,

surtout à ces hommes dévoués et laborieux,— que nous regrettons de ne pouvoir nommer, par crainte de porter ombrage à leur modestie,

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- à ces pionniers de l'enseignement, qui ont lutté si longtemps et si vaillamment, pour faire triompher une institution, dont personne aujourd’hui n'ose contester l'utilité et l'importance.

INDUSTRIE.

Statistique des Fromageries franc-comtoises,

(Extrait du Bulletin de la Société d'agriculture du Doubs).

du

a

L'Annuaire du Doubs pour 1859 renferme une statistique complète de la production dont il s'agit, dans les départements du Doubs, Jura et de l'Ain.

En l'an xii, la fabrication des fromages produisait déjà dans nos communes une valeur de près de 1,600,000 fr.

L'extension des prairies et des cultures fourragères, en favorisant l'accroissement du bétail, a permis de développer cette fabrication; tandis qu'elle était autrefois le privilège exclusif des cantons montagneux, elle se trouve aujourd'hui répandue dans nos diverses régions culturales, et elle est partout une source d'aisance et de bien-être.

De 1846 à 1850, le chiffre de la fabrication s'est élevé de 3,600,000 kilogr. à 4,470,000.

La dernière statistique a fait ressortir un total de 4,800,000 kilogr.; mais les prix étaient singulièrement en hausse, et sur beaucoup de points Ja moyenne de 70 fr. les 50 kilog, a été facilement admise.

C'est en définitive une valeur de 5,700,000 fr. qui a été créée au bénéfice de nos campagnes.

Les quatre arrondissements ont participé inégalement à cette fabrication; voici les chiffres de la statistique : Arrondissement de Besançon,

1,157,745 kilog. de Baume,

605,4474 de Montbéliard,

544,324 de Pontarlier,

2,503,395 On remarque de suite que l'arrondissement de Baume s'est laissé distancer dans la voie du progrès. Le chiffre de 605,000 kilog. est tout-àfait insuffisant par rapport à ses étendues de prairies, à son climat et à son effectif en bestiaux. Il y a eu, sous l'influence de diverses causes, une certaine bésitation, un certain découragement dont les cultivateurs se relèvent actuellement, et il est permis d'espérer pour l'avenir de meilleurs résultats.

Le département du Jura a fabriqué, également en fromages de Gruyère, 4,587,000 kilog., savoir : Arrondissement de Lons-le-Saunier,

1,139,267 kilog de Dole,

130.427 de Saint-Claude,

1,007,234 de Poligny,

2,310,724 Le Jura fait un genre de fromage désigné sous le nom de Septmoncel ou persille.

C'est dans l'arrondissement de Saint-Claude que sc façonnent princi

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