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Les fossiles sont rares dans le conchylien de l'arrondissement de Dole; l'encrinus entrocha (d'Orb.) s'y trouve seulement en assez grande abondance pour qu'on ne puisse élever aucun doute sur le niveau géognostique des roches dont nous venons d'esquisser les caractères.

Signalons encore quelques empreintes mal conservées de lima et de pecten, ainsi qu'une dent de poisson appartenant au genre strophodus, et nous aurons terminé la courte liste des débris organiques que nous avons pu observer dans de nombreuses courses faites dans cette région.

C'est par erreur qu'un géologue distingué a cité comme sossile du conchylien dolois le ceratites nodosus; le fossile sur lequel portait sa determination était un ammonites rhotomagensis que nous avions trouvé nous-même dans la craie chloritée de Vitreux, à 3 lieues au Nord-Est d'Orflange.

Le muschelcalk du Jura dolois recouvre toujours en stratification concordante les marnes et grès bigarrés que nous avons décrits dans notre chapitre précédent, et sa puissance peut être estimée de 25 à 30 mètres.

Dans l'arrondissement de Dole, le terrain conchylien fournit, outre les moëllons dont nous avons parlé tout-à-l'heure, des matériaux utilisés comme la plupart des dolomies, dans la confection de chaux maigres ou moyennement hydrauliques; on les emploie aussi pour l'empierrement des routes et des chemins vicinaux; mais il faut l'avouer, toutes les couches sont loin d'avoir les mêmes qualités pour cet usage, et on doit le dire : l'emploi de l'eurite, malgré son difficile cassage, serait pour ce pays peut-êlre une économie.

La richesse en magnésie de ces roches pourrait les faire servir à la préparation des sels de cette substance.

Le conchylien forme autour du massif de la Serre plusieurs lambeaux qui sont séparés les uns des autres par les affleurements des terrains que nous avons décrits précédemment. Le plus important occupe un espace assez considérable sur les territoires de Menoley, Gredisans, Joule, Raynans, etc.; il s'avance au pied du Mont-Roland jusque vers le village de Sampans, où il finit par être masqué par les terrains tertiaires des plaines de la Saône.

La seconde zône, moins étendue et plus étroite que la précédente, coinmence non loin de la tuilerie de Moissey, sorme la colline sur le versant de laquelle est bâti ce village; dessine ensuite la montage d'orflange et va mourir non loin de Brans, contre le monticule jurassique qui sépare ce village des premières maisons de Montmirey-le-Château. Enfin, deux petits lambeaux conchyliens peuvent encore être observés : l'un au Val Saint-Jean (Thervais), tandis que l'autre est adossé au mont Chatain, près d’Archelange. Dans toutes ces localités, le muschelcalk est occupé par la culture de la vigne, qui y donne des produits assez renommés.

Tous les autres affleurements conchyliens du Jura français se trouvent au Nord-Est et sur le prolongement de ceux que nous venons de signaler dans l'arrondissement de Dole. Ils occupent tous, comme nous l'avons déjà dit, le pied septentrionnal de la grande chaîne qui sépare la vallée de l'Ognon de la vallée du Doubs.

Le muschelcalk de Chazelot (Doubs) peut être étudié dans une carrière située non loin du village, et dans laquelle on remarque un ou deux bancs de calcaire à grains très-fins, renfermant un grand nombre de coquilles bivalves à tests spathiques parfaitement conservés, et qui appartiennent au genre cytherea. Cette coquille forme dans cette roche une véritable lumachelle.

D'autres couches sont entièrement pétries par les articles de l'encrinus entrocha.

La plupart des autres sont constituées par un calcaire compact lithographique, gris de fumée, - les dolomies ne sont plus ici que

l'exception.

En quittant les environs de Rougemont, si on remonte la vallée de l'Ognon, on retrouve de nouveau le terrain conchylien dans le département de la Haute-Saône, sur les territoires de Villers-Sexel, de Villersla-Ville, de Vellechevreux, de Grange-la-Ville, Grange-le-Bourg, etc.

Ici, la roche dominante du terrain est un calcaire compact, à large cassure conchoïdale ct d’un gris de fumée; la dolomie, qui était la roche principale du conchylien dolois, disparait à peu près complètement. Les

à couches de calcaires sont bien stratifiées et peuvent donner de la taille; quelques-unes d'entr'elles, pétries par l'encrinus entrocha, sont formées par un véritable calcaire à entroques. Quelques rares terebratula communis Bosc, se rencontrent dans les calcaires compacts.

La puissance du groupe dans le département de la Haute-Saône est beaucoup plus considérable que dans le Jura dolois; elle peut atteindre une soixantaine de mètres.

Les roches conchyliennes de la Haute-Saône sont exploitées comme pierres de taille, comme moëllons, et Vellechevreux, entr’autres localités, possède une vaste carrière qui fournit des matériaux pour

l'em

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pierrement des roules.

Nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui désireraient de plus amples details sur les localités conchyliennes de la Haute-Saône, à la statistique géologique de ce département, que l'on doit à M. Thirria, un des pères de la géologie jurassique.

Dans le Jura oriental (cantons suisses de Soleure, d'Argovie, etc.), le terrain conchylien acquiert un grand développement, tout en conservant les caractères pétrographiques que nous avons indiqués pour celui de la Haute-Saône.

Après avoir formé les petits plateaux qui bordent la vallée du Rhin directement, en face de la Forêt-Noire, il s'enfonce sous les formations keupérienne et liassique du plateau oolithique qui s'étend au pied septentrionnal des chaînes du Jura et vient dans celles-ci donner d'importants affleurements. Là, souvent on voit ses couches contournées dessiner des voûtes gigantesques qui occupent l'axe des chaînes et qui en forment quelquefois les sommités les plus importantes. Les chaînes de Valdemburg, de la Geissfluh, du Farnerberg, du Lægerberg, etc., fournissent de beaux exemples de ce mode d'affleurement, qui a été étudié et décrit pour la première fois par le célèbre professeur Merian.

La faune de celle région semble beaucoup plus riche que celle du muschelcalk du Jura français; on trouvera dans les ouvrages de MM. Merian, Gressly, d’Orbigny, la nomenclature des espèces qui ont été observées dans ce terrain.

Le muschelcalk manque complètement dans les Jura bernois, neufchatelois, vaudois et dans le département de l'Ain, où ses affleurements sont masqués par les terrains plus récents.

Le terrain du muschelcalk passe d'une manière insensible aux marnes irisées qui le recouvrent; ce passage semble généralement s'effectuer par des alternances de minces couches de dolomie schistoïde avec des marnes plus ou moins schisteuses.

Ce terrain, qui acquiert son maximum de développement dans la Souabe, a encore une épaisseur très-considérable dans les chaînes du Jura oriental; sa puissance doit diminuer rapidement à mesure qu'on s'avance vers le Sud-Ouest; nous avons vu, en effet, qu'elle était déjà assez faible dans l'arrondissement de Dole. Celle diminution si rapide indique que ce terrain doit se trouver à l'état rudimentaire à une faible distance des environs de Dole. Son absence dans la Côte-d'Or (tunnel de Blaizy) semble justifier notre hypothèse.

(A suivre).

BIBLIOGRAPHIE.

Etudes sur l’Emprisonnement cellulaire

et la Folie pénitentiaire,

PAR LE DOCTEUR DE PIÉTRA SANTA,

Médecin P. Q. de S. M. l'Empereur, membre honoraire. La question de la Réforme pénitentiaire n'est pas une question nouvelle; sans doute, ce thème si vaste, qui touche à la fois à l'hygiène, å Ja morale, à la législation, å la philosophie, a foui ni bien souvent ample matière à des écrits et à des discussions aussi savantes que passionnées. Nos chambres parlementaires, sous le dernier règne, ont retenti de brillants débats, et quand la France adoptait le systèine pénitentiaire dit français, M. Duchátel, alors Ministre de l'Intérieur, se faisant l'organe du Gouvernement, laissait tomber du haut de la tribunc cette magnifique déclaration de principes :

« Notre pensée n'est pas de soumettre les détenus à une séparation complète, a une solitude absolue; nous voulons séparer les condamnés de la société de leurs pareils, les tenir éloignés des mauvais excinples et des mauvaises relations; mais nous voulons en mêmc temps multiplier autour d'eux des relations morales et honnêtes. »

C'était donc l'introduction en France du système cellulaire. L'idée nous était venue d'Amérique : elle eut vite des partisans, comme toutes les idées de novation; - bien des hommes politiques, se couvrant du masque de la philantropie, y trouvèrent un marche-pied pour arriver au pouvoir et escalader les degrés qui mènent à la popularité. Puis de la théorie on arriva à la pratique : des maisons cellulaires s'élevèrent, et bientòl, non loin de l'ancienne Bastille, on vit surgir Mazas.

L'emprisonnement cellulaire succédait donc à l'emprisonnement par quartiers : c'est-à-dire, isolement absolu de jour et de nuit, travail, lecture, promenade, visite des employés de la maison.

En théorie, c'était superbe ! Mais l'expérience vint peu-à-peu démontrer que dans la pratique le nouveau système ne répondait pas aux magnifiques espérances que l'on avait conçues. C'est du moins là ce qui résulte de plusieurs observations, aussi longues que prudentes el judicieuses, faites par des hommes spécialement attachés aux nouveaux établissements pénitentiaires.

Parmi ceux qui ont poussé le plus loin leurs investigations, qui ont expérimenté avec le plus de persévérance et qui ont suivi le plus assidument les phases diverses auxquelles est presqu'invariablement souinise la vie du prisonnier en cellule, nous devons remarquer M. le docteur de Pietra Santa, médecin par quartiers de S. M. l'Empereur et médecin en chef des Madelonnettes.

Déjà, en 1853, M. le docteur de Pietra Santa avait livré à la publicité ses premières éludes sur le système pénitentiaire, et il était arrivé à celte conclusion :

« La première application du système cellulaire, sailc en France, dans les conditions les plus favorables d'installation, d'organisation, de sorveillance administrative, a fourni des résultats déplorables au point de

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a

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voe du nombre des aliénations mentales, du nombre des suicides ! »

La conclusion était terrible, et il y avait alors un certain courage à la formuler; car l'engouement qui avait accueilli le système américain n'était pas encore dissipé: de pareilles révélations pouvaient être dangereuses, et l'auteur de ces révélations pouvait redouter la désapprobation de personnes éminentes, bien connues par leur amour pour le système cellulaire. Mais encouragé par le patronage puissant du prince libéral et éclairé qui, dans sa haute bienveillance, a daigné accepter naguère celui de l'humble et naissante Société de Poligny, M. Piétra Santa poursuivit ses études et soumit leurs résultats à l'Académie de médecine. La Commission, chargée d'en faire l'examen, conclut en ces termes, par l'organe de M. le docteur Collineau :

« Votre Commission pense que l'emprisonnement cellulaire, dont la première idée n'est pas française, dont l'application généralisée n'est pas dans nos mæurs, disons plus, est antipathique à notre caractère national, est contraire chez nous aux principes de l'hygiène; - qu'en thèse générale, l'emprisonnement cellulaire de Mazas, ou de toute autre prison du même genre, exerce sur la santé des détenus une influence d'autant plus fâcheuse que la détention doit être plus prolongée, elc. »

C'était donc confirmer les déclarations du docteur de Piétra Santa : mais le docte aréopage, par excès de prudence, ne voulut point encore se prononcer sur une si grave question, et renvoya les travaux de M. de Piétra Santa à plus mûr examen.

C'est à ce moment qu'un des membres de celle Académie, M. Lélut, adressa ses propres travaux sur la matière à M. le secrétaire perpétuel. « M. Lélut était alors, dit le docteur Piétra Santa, la personnification éclatante des idées contraires aux nôtres, dès lors nous l'avons combattu avec des faits authentiques, des chiffres incontestables, évitant et les affirmations brusques et les épithètes hasardées. » Et en effet, les travaux de M. Lélut, le savant aliéniste, tendaient à des conclusions diametralement opposées à celles de M. de Piétra Santa : moins de malades, moins de morts, moins d'aliénés, moins de suicidés dans les prisons cellulaires que dans les prisons en commun. En présence d'une infirmation aussi positive de ses idées, que devait faire M. le docteur des Madelonnettes ? Entrer en lice de nouveau avec des chiffres et des faits incontestablement prouvés pour arguments. Aussi, concentrant ses observations sur une prison cellulaire type, Mazas, le voyons-nous, en 1858, publier sa fameuse brochure, dont un exemplaire a été adressé par ses soins à la bibliothèque de la Société de Poligny.

Cette brochure, intitulée Mazas, est à la fois l'æuvre d'un médecin, d'un pbilosophe et d'un écrivain distingué. Il est difficile d'apporter plus le dignité dans la discussion, plus de logique dans l'argumentation, plus le science et de profondeur dans les jugements exprimés, plus de pureté et de netteté dans le style. On reconnait là l'æuvre d'un homme consdencieux et sincère dans ses convictions, qui vient courageusement et énergiquement plaider une question de haute philosophie sociale.

« La vie d'un homme, quel qu'il soit, dit-il dans son introduction, est chose sacrée, et lorsque nous nous trouverons en présence d'un syslène qui conduit fatalement à la folie ou à la mort, nous nous croirons endroit de déclarer ce système mauvais et de réclamer son abandon ou

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