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dre passe entre tous les grains et que la boite suffise à compter du 3e soufrage.- On dépense ordinairement 120 kilog. de soufre par hectare pour les trois opérations, dans le midi : la main-d'æuvre y est de 12 journées de femmes, à i fr. 10 cent. chacude.

E. B.

BIBLIOGRAPHIE.

Examen des principes de la Morale sociale,

PAR M. AULARD,

Inspecteur d'Académie à Lons-le-Saunier, membre honoraire. La pbilosophie de notre temps s'était proposé et avait une double tâche à remplir : d'abord, renverser la philosophie sensualiste et irréligieuse du XVIIIme siècle, déjà sérieusement ébranlée par les travaux de l'école écossaise; ensuite, s'enquérir de la méthode à suivre dans l'examen de la marche et des progrès de la pensée humaine, et, dans celle vue, opérer une excursion scientifique longue et sérieuse dans les spéculations du passé, et cela, non pour satisfaire un vain désir de curiosité, mais afin de pouvoir asseoir, abstraction faile des systèmes et des passions politiques, sur des données rationnelles , fruit de l'expérience des siècles, les assises de la société, et par suite, les fondements de l'ordre social.

Tel est le but de l'ouvrage de l'auteur, avec celte épigraphe, empruntée à l'orateur romain : Usus virtutis est maximus, civilatis gubernatio. Cic. de Rép. 1, 2.

Le premier et le plus grand usage à faire de la vertu, consiste dans la pratique d'un bon gouvernement.

La première idée qui se présentait dans l'ordre logique, aussi bien que dans l'ordre chronologique, était de bien faire comprendre et de démontrer jusqu'à l'évidence, la raison d'ètre de l'existence de l'homme en société. Cette existence est-elle d'institution divine, ou le résultat de la fraude, de la violence? On sait en quel sens Rousseau a résolu cette question, dans son discours sur l'inégalité des conditions et dans son contrat social : il suppose, à l'origine, l'homme isolé, solitaire, errant dans les forêts, en compagnie de la bête fauve, comme elle, sans langage, sans règlement, sans culte, comme elle, s'approchant de la femme, à la façon du måle, de la femelle; et sans souci aucun des enfants nés ou à naître. Le bon sens de l'auteur a bientôt fait justice de celle extravagante chimère : Si l'homme vit en société, c'est qu'il est né sociable, et de celle sociabilité tout lui donne l'explication : l'état de faiblesse attaché à sa naissance, et qui le vouerait à une mort aussi prompte que certajne, sans les soins empressés, sans l'assistance immédiate de celle dont il reçoit le jour; les sentiments de son cœur qui le portent à aimer; le besoin d'adorer en commun le grand Etre qui se révèle à sa raison comme le puissant auteur de l'univers. Ainsi conduit par son humcur chagrine, à ne voir dans l'établissement

à de la famille qu'un incident fortuit, un jeu grossier du hasard, JeanJacques ne pouvait gnère faire grâce à la propriété qui en est la consé

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quence et le corollaire obligé. Ce n'est pas tant, en effet, pour en jouir de leur vivant, que pour la transmelte à leur mort à des enfants cheris, que des parenls cultivent une acquisition foncière, l'exploitent et la fertilisent. C'est donc bien moins du droit de premier occupant, que des sueurs qui l'ont fécondée et améliorée, que la propriété lire sa légitimité et reçoit sa consécration. Mais résultat nécessaire de la famille, elle devient, à son tour, la cause occasionnelle du hameau, de la bourgade, de la cité, par suite des groupes successiss attirés vers un terrain recommandé à leur confiance par le choix des premiers colons el par l'espoir d'échanges et de communications faciles.

Bien qu'appuyée sur ces deux forles ancres de sauvetage, la famille et la propriété, il fallait à la société de plus en plus nombreuse et compacte, des lois civiles et religieuses, civiles pour sa sûreté, religieuses pour les aspirations de son cæur.

Cette aspiration religieuse, particulière à l'homme, suffirait à elle seule, au jugement de Cicéron, pour établir une barrière infranchissable entre lui et la brute, la brute réduite à l'instinct, soumise à la fatalité, – marchant en aveugle et passivement dans la voie qui lui a été tracée; comme lelle, affranchie de toute obligation morale; l'homme doué de raison, de libre arbitre, et dès lors responsable de ses actes, astreint à des règles, des devoirs, des lois.

Ces lois imposées à lui seul, parce que seul il peut s'en rendre compte, accusent une origine diverse et des caractères variés.

La première en åge, ainsi qu'en importance, est la loi dite naturelle ou divine, celle gravée au fond de la conscience par le législateur suprême, en caractères ineffaçables, antérieure et supérieure à tous les codes écrits et promulgués de la main el par l'organe des hommes, à laquelle ni arrêt, ni décret, ni plébiscite, ni sénatus-consulte ne sauraicnt nous soustraire; la même, disait de son temps l'orateur philophe déjà cilé, la mème à Athènes qu’à Rome; la même, pouvons-nous répéler de notre temps, à Paris qu'à Constantinople, en-deçà qu'au-delà des Pyrénées, des Alpes, de la Manche ou du Danube. Mais, ainsi de tous les temps et de tous lieux, on conçoit qu'elle a dû se renfermer dans le cercle restreint des généralités.

Pour l'interpréter, l'appliquer et la développer, sont intervenues les lois dites positives, à la condition de la prendre pour paradigme, exemplaire et modèle, sous peine de faillir à leur mission.

Entre la loi souche et principe et les lois subsequentes explicatives, se dessine immédiatement la différence qui les distingue. L'une immuable, imprescriptible, irrévocable, les autres essentiellement mobiles et changeantes, tenues qu'elles sont de se prêter aux progrès de la civilisation et de subir l'empire des circonstances, qui viennent quelquefois introduire une modifieation profonde dans les intérêls ou les dispositions d'un peuple.

11 est cependant un point où toutes les lois positives se rencontrent, ou toutes se montreni d'accord : la persuasion où elles eroient être qu'elles sont dispensées d'imposer de force l'exercice des droits , trop portés déjà à s'exagérer dans chacun, corps ou individus, et qu'il ne leur reste qu'à bien définir, qu’à tracer, en traits clairs et nets, la ligne sévère des devoirs, sévérité relative et contenue, sévérité qui, pour deve

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nir obligatoire, pour se rendre efficace, ne doit rien outrer et s'abstenir de toute exigence excessive. Aller au-delà de la rigueur strictement nécessaire, serait dépasser le but qu'elles se proposent : sauvegarder les intérêts généraux, maintenir la tranquillité publique, double consideration où elles prennent leur source, double terme, en même temps, ou elles doivent tendre de tous leurs efforts.

Maintenant, comment et par qui doit s'élaborer, par qui s'édicter la loi positive? Pour répondre, usons de comparaison et consultons les analogies.

Une nation est une collection de tribus, comme la peuplade une agrégation de familles, comme la famille un composé d'individus. Mais pour se mouvoir dans un orbite plus ou moins large, une sphère ni n'augmente, ni ne diminue les rouages employés à ses évolutions. Et l'unité du eréateur se manifeste dans l'unité du plan de la création, commun à l'ordre physique et à l'ordre moral.

Or, quels sont les ressorts à la disposition de l'àme humaine, pour conduire le corps, dont elle a la charge, dans les voies ordonnées ?

Nous y découvrons trois agents principaux : la volonté active; l'intelligence conseillère; la sensibilité passionnée. La sensibilité, dis-je, avec ses sympathies et ses antipathies, image des enfants dans la famille et du peuple dans le gouvernement; l'intelligence et ses lumières, emblème de la femme dans l'économie domestique et des assemblées délibérantes au sein de l'Etat; la volonté dirigeante, symbole de l'autorité paternelle au foyer conjugal et du souverain au timon de l'organisation politique.

Mais, de même que dans un ménage régulier et bien entendu, tout doit se combiner et se conclure en vue des enfants, mais rien par leurs ordres, rien sous leur ingérence ou sous leur pression, de même aussi, dans la grande association nationale, le peuple, la multitude, à raison mème du nombre, est inhabile à prendre une part directe aux affaires publiques, où il ne lui est donné d'intervenir que par voie de suffrage, d'élection, de délégation. De mème encore que, dans une réunion matrimoniale, aux yeux de la loi, le rôle de l'épouse doit se borner aux ávis, aux remontrances, sans viser à l'action, réservée au chef de la maison, de même aussi , dans celle vaste maison qui s'appelle l'Etat, les chambres représentatives, c'est-à-dire, chargées de la mission de guider, d'éclairer la marche du pouvoir souverain, ne peuvent prétendre à devenir parlementaires, c'est-à-dire, dans le sens convenu de cette expression, à faire prévaloir et dominer leur autorité, sans dénaturer leur mandat, s'iminiscer dans l'administration, mettre en suspicion le pouvoir suprême, lui ravir le respect qui lui est dû dans l'intérêt de l'ordre public, conséquemment, sans usurper des attributions qui doivent leur rester étrangères, et, dès lors, sans jeter dans le sein des masses des ferments de discorde et d'anarchie, en un mot, sans se lancer sur la pente des révolutions; comme le souverain lui-même ne peut affecter des allures despotiques, en affichant un dédain superbe pour des avis motivés et souvent répétés, pour les réclamations légitimes de l'opinion publique, sans courir de propos délibéré au-devant d'une imminente et prochaine catastrophe.

C'est ainsi qu'une admirable et salutaire disposition providentielle

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procure à l'homme et lui fait découvrir dans sa propre constitution psychologique, le calque où il est tenu de modeler le régime matrimonial, pour le rendre conforme à la hiérarchie préétablie, et le mécanisme gouvernemental, pour le soustraire aux vents et aux orages.

Il ne suffit pas à la loi positive, militaire ou civile, ecclésiastique ou laïque, de se produire avec ses considérants et ses dispositifs, il faut encore qu'elle se présente armée d'une sanction, c'est-à-dire, d'une menace de cbåtiment à infliger aux transgresseurs de sa lettre et de son esprit. Déjà la loi naturelle sait éprouver à la conscience coupable de l'asoir violée, selon la gravité de l'infraction, le regret, le repentir, le remords, avec la crainte, si elle échappe à la punition en ce monde, d'en subir une plus sévère dans l'autre. A côté des pouvoirs exécutif, législatif, il y a donc place pour une autre institution : l'institution judiciaire, chargée de l'application de la loi, en tant que loi pénale. Voilà pourquoi la slatue de la justice, sans sortir de son calme, avec la balance et le sceptre dans une main, porte dans l'autre le glaive tiré et prêt à frapper.

La principale difficulté, la première préoccupation de la loi pénale, consiste et doit consister à se proportionner à l'intensité des cas qui tombent sous sa juridiction : contravention, délit, crime; car le but qu'elle poursuit n'est pas de se venger, mais de moraliser le délinquant par le châtiment, comme aussi, par ce châtiment exemplaire, d'arrêter les volontés perverses qui seraient tentées de s'égarer dans les mêmes sentiers périlleux. Trop molle, trop indulgente, elle deviendrait bientôt un objet de dérision; violente, emportée, clle soulèverait les proteslations de l'équité naturelle. Il s'est rencontré pourtant dans l'antiquité, un législateur qui, sous prétexte que toute atteinte à la loi offre le même désordre en principe, n'a pas craint de prononcer contre les moindres défaillances, la peine due aux seuls forfaits, la peine capitale. Mais qu'est-il arrivé des lois de Dracon? ce qui arrive de toutes les lois de sang, elles sont lombées en désuétude par leur impossibilité mème, pour faire bientôl place à celle du sage Solon. C'est par l'effet de la mème erreur, que la théoric stoïcienne a exercé si peu d'influence sur les contemporains et n'a transmis qu’un nom à la postérité.

Il vient d'être fait mention de la peine capitale. Cette peine n'estelle pas abusive? La société n'opère-t-elle pas Quvre d'arbitraire et de tyrannie, en s'arrogeant sur ses membres cc droit redoutable de vie et

lei se pressent les objections concluant toutes en faveur de l'inviolabilité de la vie humaine.

A Dicu, l'auteur de notre existence, à Dieu seul le droit de nous la relirer, au temps et de la manière qu'il lui plait.

Les erreurs des sentences judiciaires, exposées trop souvent à prendre l'innocent pour le coupable, suivies d'un deuil élei nel et stérile, sont à jamais irréparables.

Le scrupule sur la légitimité d'une exécution atroce, la répugnance, pour ne pas dire l'horreur d'en assumer l'odieuse responsabilité, portent plus d'un jury à chercher et à fabriquer des circonstances allénuantes de pure invention, au mépris des faits les plus notoires, les plus authentiques et les mieux vérifiés.

de mort?

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L'exhibition de cette immolation de chair humaine ayant perdu son caractère intentionnel d'expiation, est devenue un spectacle où le peuple s'endurcit el se familiarise avec le bideux et ignoble gibet , etc., etc.

Il est répondu :

La défense de l'incendie, du meurtre, de l'homicide, ne peut acquérir force de loi, elle ne peut espérer de se faire obéir et respecter qu'en égalant la vindicte à l'attentat.

Tel malsaiteur tout disposé à pousser le crime jusqu'à l'extermination de son semblable, ne s'arrête qu'à la pensée et la perspeelive de l'échasaud. De cette pitié prodiguée à l'agresseur, qu'il en reste du moins quelque peu pour sa victime en expectative.

L'opinion publique, parvenue sous la plume de ses grands publicistes, Grottins , Pullendorf, Watel, Beccaria, Montesquieu, à la suppression de la question, de la torture, n'en est pas encore arrivée à méconnaitre, à contester l'utilité, la justice de la peine de mort, adoucie et dépouillée de tout ce que la cruauté des anciens temps y avait ajouté de raffinement et de barbarie. Loin de là, témoin ce qui se passe en Amérique, où, en vertu de la loi Lynch, le peuple, pour peu qu’un tribunal hésite devant une condamnation, se båte, dans son aveugle impatience, de s'emparer violemment du prévenu, et, dans sa fureur aveugle, de l'expédier de ses propres mains. Témoin encore le scandale qu'aurait produit parmi nous, le simple envoi aux travaux forcés d’un Lacenaire, d'un Dumolard. Si le peuple s'assemble, accourt et s'empresse un jour d'exécution, ce n'est pas tant pour repaitre, pour assouvir ses regards d'un spectacle qui n'a plus rien de tragique, de théâtral, que pour s'applaudir et se féliciter de la disparition d'un ennemi de sa sécurité, comme l'amputé se console de la perte d'un membre qui menaçait de gangrène le reste de l'organisme.

Toutefois, cette justification de la société dans le maintien d'une mtsure dont elle ne se sert que comme d'un préservatif, sorte de bouclier destiné à la garantir contre les traits nombreux prêts à l'assaillir, celte apo'ogie n'est ni absolue, ni définitive. Déjà la peine de mort, avec l'essentiment de tous les partis, a été abolie en matière politique, déjà elle n'est plus qu'une représaille du sang versé, véritable peine de talion, des cas nombreux qui la multipliaient encore au commencement de ce siècle. Espérons que l'application en deviendra de plus en plus rare, jusqu'à ce que l'adoucissement graduel des mæurs et l'adoption progressive de la morale évangélique l'aient ravée de nos codes et fait disparaitre à jamais de nos places publiques.

Morale évangélique, venons-nous de dire. On connait les deux préceptes simples et sublimes qui en forment l'essence et le résumé. L'un négatif, de justice absolue, d'équité stricte et de probité rigoureuse : « Ne fais pas aux autres ce que tu voudrais qu'il ne te fùt pas fait i toimeme. » L'autre positif, de perfectionnement, d'amour et de charité :

Agis envers les semblables comme tu voudrais qu'ils agissent vis-àvis de toi. »

Entre ces deux commandements se révèle toute la distance qui separe la politique et la religion. Aux gouvernements séculiers le soin d'assurer l'observance du premier : « Tu ne tueras pas, tu ne déroberas pas, lu ne porteras pas faux témoignage, etc., par la répression du mal et de 'oule

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