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mit à le foudroyer de manière à lui tuer beaucoup ས༦ ཟ་པབས་ད ་ སསབས“ d'une heure à peine, à décider de la victoire et rester maître du champ de bataille.

Succès non moindre dans un engagement qui eut lieu quelques jours après, mais succès douloureux et payé bien cher. Il vit tomber à ses côtés le brave général. Cette perte, toutefois, ne lui ôta pas le sangfroid et la présence d'esprit nécessaires en pareille occurence; il sut inspirer une nouvelle ardeur aux soldats, l'ardeur de la vengeance, et força bientôt l'ennemi à la retraite. Le chef de légion Defranc, major au régiment d'infanteric légère, assistait à l'action à la tête des grenadiers du Jura et ne contribua pas peu à en déterminer l'heureuse issue.

CHAPITRE IV.

FAITS D'ARMES QUI VALENT AU COMMANDANT SAURIA LE COMMANDEMENT DE LA CITADELLE DE STRASBOURG, AVEC LE TITRE DE GÉNÉRAL, PUIS DE CELLE DE GUERMESHEIM.

Ce brillant avantage appelait une rémunération. Sans prétendre aucunement à amoindrir l'importance de ce fait, et d'ailleurs sur de simples oui-dire, quelques personnes aiment à raconter que Sauria étant commandant ou bien chef de bataillon à Mayence, où il était bloqué par le siège, s'avisa de monter, sinon dans un ballon, comme Jourdan, à Fleurus, du moins, au haut d'une église, et qu'ayant surpris les mouvements de l'ennemi, il en donna connaissance à qui de droit, ce qui put contribuer peut-être, ajoutent-elles, à lui valoir l'épaulette de général. Je n'ai rien trouvé dans les notes qui m'ont été communiquées, de nature à autoriser cette version, pas même insinuée par ces lignes de son frère, présent sur les lieux, temoin et presqu'acteur :

« J'ai appris, écrit-il à sa famille, presqu'au lendemain de l'évènement, que les représentants Lacoste et Baudot se proposaient d'élever mon frère au généralat, en récompense de la belle conduite qu'il a tenue et du courage qu'il a déployé dans la journée où, commandant d'abord deux bataillons, il prit le commandement en chef, au lieu et place du zénéral Burcy, son ami, frappé mortellement sous ses yeux. »

Toutefois, l'arrêté de nomination, qui ne se fit pas attendre en effet, sans mentionner ce fait spécial, se borne à invoquer sa belle défense de Saverne; il était ainsi conçu :

* A Strasbourg, le 3 ventose, l'an II de la République française, une, indivisible et démocratique. « Les représentants du peuple, près les armées du Rhin et de la Moselle, ARRÉTENT, que Coindet, commandant de la citadelle de Strasbourg, qui a plusieurs fois demandé sa retraite, se pourvoiera auprès du ministre pour l'obtenir, qu'il cessera, dès ce jour, les fonctions militaires attachées au service de la place.

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Que Sauria, commandant temporaire de Saverne, qui a fait un service pénible et distingué dans cette ville, au moment où l'ennemi était aux portes, occupera provisoirement la place de Coindet, à la citadelle. de Strasbourg.

«Nomment en conséquence Sauria, commandant de cette citadelle. avec le grade de général de brigade, dù à la longueur de ses services et

à la manière dont il s'est acquitté de ses devoirs. Signés M.-A. Baudot J.-B. Lacoste. »

Certes, dans ce temps d'énergique activité, de surexcitation fiévreuse, ce troisième degré inférieur de généralat, bien qu'en venant à la suite du général de division, subordonné lui-même au généralissime, ce grade de général de brigade était loin d'offrir une superfétation et de constituer un double et triple emploi.

Transportons-nous donc sur cette arène, où luttent tant de passions diverses, sur cette lice, où s'agitent les plus chers intérêts: la défense, la gloire et le salut de la patrie. Nous sommes en l'an II, c'est-à-dire, à une époque où la République était encore une chose sainte aux yeux de l'armée, et où l'invocation de son nom était l'appel le plus efficace à l'accomplissement d'un devoir, ou simplement d'un acte de courtoisie et de complaisance.

Aussi, à peine le nouveau général de brigade est-il installé à la citadelle, qu'en qualité de républicain, il est assailli de demandes, dont quelques-unes du moins portent l'empreinte d'une philanthropie sincère.

Mais le général ne s'abusait pas, sans doute, sur la durée de cette effervescence, tout en ayant l'air de s'y associer; il ne se laissait pas prendre au vain bruit de quelques mots sonores. Sous un régime des plus ombrageux, où le sort d'un chef d'armée dépendait du bon plaisir d'un représentant du peuple, attaché à ses flancs bien plus pour le surveiller, dans un esprit de défiance et de soupçon, que pour le diriger, étranger le plus souvent à l'art de la guerre, Sauria devait sentir le besoin de se prémunir, et ne pas dédaigner de recourir aux moyens de sauvegarde et de préservation en usage dans les circonstances. C'est donc probablement comme gages de sûreté, bien plus que comme satisfaction d'amourpropre, qu'il a la précaution de s'entourer d'attestations et de témoignages.

Ainsi, après s'être fait délivrer par le Conseil général de la commune de Saverne, assemblé en séance publique, un certificat de civisme, dûment signé par tous les membres présents, puis ensuite vu et approuvé au comité de surveillance, il en obtint un de la commune de Poligny, ainsi conçu :

« Nous, Maire, officiers municipaux et notables de la commune de Poligny, chef-lieu de district au département du Jura, sur la demande faite au Conseil de la part du citoyen Jean-Charles Sauria, général de brigade, commandant la citadelle de Strasbourg, déclarons qu'il est à notre connaissance que le dit citoyen Jean-Charles Sauria a servi dans un régiment de cavalerie, puis s'est occupé de l'exploitation de ses propriétés; que, dès le principe de la révolution, jusqu'à son départ pour la soutenir, il a manifesté dans cette commune un attachement constant aux principes de la Liberté et de l'Egalité; qu'il a reçu divers témoignages de la confiance de ses concitoyens, par les grades auxquels il a été porté dans la garde nationale; qu'il s'est levé dès le mois d'avril dixsept-cent-quatre-vingt-onze, contre les tyrans qui menaçaient la France, et s'est enrôlé volontairement dans le second bataillon du Jura.

«Que la parenté de Sauria a mérité et conservé, sans altération, la réputation précieuse d'intégrité et de civisme.

«Fait en la maison commune, etc.

« Signés Fumey; P. Vuillot; François, aîné; Maitralet; Prost; Lomier; Vaillant; Pagny; Jarry; Berçot; Robert; Barbe; François; Goy, maire; Fromond, agent national; et Magnioz, secrétaire. »

Malgré la mention faite par le corps municipal de ses services dans la milice citoyenne, les chefs de la garde nationale n'ont pas cru inutile de lui en décerner le brevet spécial et direct.

« Nous, commandants et adjudants des deux bataillons de garde nationale,.... attestons que le citoyen Jean-Charles Sauria a fait son service de garde nationale dans son bataillon, depuis le principe de la révolution jusqu'à son départ pour la frontière, avec exactitude et dévouement, que sa conduite lui a mérité la confiance de ses frères d'armes, et successivement plusieurs grades, notamment celui de lieutenant, à l'époque de première formation de garde nationale, et celui de capitaine, qu'il avait encore lors de son départ dans les premiers volontaires......

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Signés Gresset, commandant en chef; Voland, commandant en chef; Grand, adjudant; Broye, commandant en second; Grenier, adjudant; et Navant, commandant en second. »

De la citadelle de Strasbourg, le général en chef Michaud envoya (20 vendémiaire de l'an 3) le général Sauria à Herlisheim pour y prendre le commandement de la brigade de gauche, sur le Rhin. Il déploya dans cette nouvelle mission une intelligente activité; on remarqua notamment le stratagème dont il usa, le 2 brumaire, pour tromper l'ennemi et multiplier les feux sans y employer trop de soldats; il organisa également le service des patrouilles de telle sorte qu'une seule avait l'air d'en former plusieurs.

Le 12 germinal an III, il passa à Guermesheim, en qualité de commandant de ce poste militaire. Il y resta jusqu'au 12 messidor, époque de la formation de l'armée devant Mayence.

CHAPITRE V.

DISGRACE DU GÉNÉRAL. CAUSES PROBABLES DE L'OMISSION DE SON NOM DANS LA RÉORGANISATION DES CADRES. HONORABILITÉ PROUVÉE DE SON COURAGE, DE SON INTELLIGENCE, DE SA CONDUITE ET DE SON CARACTÈRE.

Ici se termine, non sans d'amères regrets, la carrière militaire de l'honorable M. Sauria, n'ayant pas été porté sur le tableau de la nouvelle organisation des états-majors de l'armée. Avant de revenir avec lui dans ses foyers, il n'est pas sans intérêt de discuter et de résoudre une difficulté historique qui, pour s'appliquer ici à un cas particulier, ne laisse pas d'avoir une importance et une portée générale. — Voici ce qu'on lit dans la Biographie universelle, article Sauria :

-

«En avril 1795, Pichegru revint à l'armée du Rhin, à la tête de laquelle il avait fait la campagne d'hiver, de 1793 à 1794, et il choisit Sauria pour l'accompagner dans une revue des troupes.

Déjà ce général s'était mis secrètement en rapport avec le prince de Condé; il tenta d'entrainer Sauria dans ce parti, mais l'ayant trouvé inébranlable dans sa fidélité à la République, il lui suscita des tracasseries et finit par ne point le comprendre dans la nouvelle organisation de l'armée. »

Cette assertion, peu sérieuse et peu réfléchie, ne me semble pas pouvoir soutenir un instant d'examen et de critique; elle accuse peu de connaissance du cœur humain, et ne présente qu'une bien pauvre idée des forces de la conscience.

Lors donc que Pichegru, au moyen d'émissaires bien secrets, bien travestis, correspondait avec le chef de l'émigration, et que lui, général de la République, sous prétexte de rétablir la monarchie, il stipulait en sa faveur richesses, grandeurs, titres, prééminence; lorsque, nouveau Varus, mais Varus volontaire, et, dès lors, mille fois plus vil et plus odieux que l'ancien, au lieu d'aspirer à la gloire de Germanicus et sur le même théâtre, il lui envoyait, comme gage de sa fidélité, la promesse de se faire battre à la première rencontre, et, pacte abominable, de laisser massacrer l'élite de nos braves, au risque d'entendre la France, comme Auguste, le poursuivre de ce cri indigné : « Varus ! qu'as-tu fait de nos légions? Varus! rends-nous nos légions,..... de bonne foi, imagine-t-on que sa félonie se soit trouvée bien soucieuse de braver les dédains écrasants de l'honneur et de la loyauté?

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Et les faits viennent à l'appui de ces inductions.

D'abord, ce n'est pas de Pichegru qu'est émanée la mesure de la réorganisation; elle s'est effectuée à la suite d'un arrêté du Comité de salut public du 11 prairial, arrêté rendu probablement sur un rapport des représentants du peuple.

Ensuite, si c'eût été à Pichegru que l'honorable M. Sauria eût imputé sa disgrâce, peut-on admettre qu'il eût eu recours à lui pour attester ses services, et la manière dont il les avait rendus?

Or, voici le certificat de Pichegru :

Au Quartier général, à Ilkirk, le 30 messidor, an III de la République.

« Le général en chef atteste que, pendant qu'il a commandé l'armée du Rhin, dans la campagne d'hiver, de 1793 à 1794, le citoyen Sauria s'est trouvé sous ses ordres en qualité de commandant temporaire de Saverne.

«Que depuis le mois de germinal dernier que le commandement de cette armée lui a été de nouveau confié, il a eu également sous ses ordres le citoyen Sauria, en qualité de général de brigade, dont il a exercé les fonctions jusqu'au 15 du courant, n'ayant pas été compris dans le cadre de la nouvelle organisation.

<«< Certifie que le citoyen Sauria a toujours rempli ses devoirs et ses fonctions, soit en qualité de commandant temporaire, soit en celle de général de brigade, avec zèle, intelligence et à la satisfaction de ses chefs, et qu'il doit jouir de l'estime et de la considération dues à un bon citoyen, à un brave militaire. Signé : Pichegru. »

Ce témoignage ne le cède point, en termes laudatifs, à ceux des chefs qui sont demeurés les amis constants et avoués de notre général.

« ARMÉE DU RHIN ET MOSelle.

« Au Quartier général, à Kirchempoland, le 28 messidor, an III.

« Je certifie à tous ceux qu'il appartiendra que, pendant tout le temps que commandant l'armée du Rhin, le général Sauria s'est trouvé sous mes ordres, il a rempli à ma satisfaction, c'est-à-dire avec zèle, intelli

gence, courage et patriotisme, les fonctions dépendantes de son grade, et que tous les comptes et renseignements qui m'ont été donnés, et toutes les remarques que j'ai faites moi-même sur cet officier général, lui sont on ne peut plus favorables.

«En foi de quoi je lui ai délivré avec plaisir le présent attestat. Le général de division employé près de cette armée, signé : Michaud. »

« ARMEE DU RHIN ET MOSELLE.

« Au Quartier général, à Guermesheim, le 20 messidor.

« Je certifie que le général de brigade Sauria a rempli ses fonctions avec zèle et activité; que ses qualités personnelles, ses talents militaires, ses principes et toute la conduite que je lui ai vu tenir à l'armée lui ont justement acquis l'estime et la considération qu'il emporte en se retirant. Le général de division, commandant la 3e division de l'armée, signé Bourcier. »

CHAPITRE VI.

RETOUR DU GÉNÉRAL DANS SES FOYERS.

PUBLICS.

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SON ENTRÉE DANS LES CONSEILS SON PASSAGE DE LA DIRECTION DE L'ARRONDISSEMENT DE POLIGNY

A L'ADMINISTRATION CENTRALE DU DÉPARTEMENT.

Ce fut donc le 3 juillet 1795, ou comme on disait alors, le 15 messidor an III, que M. Sauria dut abandonner l'exercice de son commandement, emportant (de l'aveu de la biographie universelle, protestant ainsi contre l'opinion qu'elle a d'abord émise) le certificat signé par le général Pichegru; mais il ne fit que changer de champ de bataille, et pour cesser d'être exposé au fer et au feu de l'ennemi, il n'eut pas à livrer des combats moins courageux et moins résolus, en butte, à la fois ou alternativement, aux traits envenimés de deux factions, bien que rivales et opposées, et décidé à ne répondre à leurs attaques jalouses que par d'autres services, tout aussi pénibles et non moins méritoires.

Toutefois, à sa sortie du Quartier général de Guermesheim, aucun document ne nous met sur ses traces, qui demeurent imperceptibles aux recherches, dans le cours de l'an IV de la République. Il s'en revint probablement dans le sein de sa famille; il y vécut quelque temps de la vie intime, et dans le cercle d'anciens amis, non pas comme on le présume, sans tourner quelquefois les regards vers l'horizon, afin de s'orienter et de voir d'où soufflait le vent de l'avenir. Sans doute il ne tarda pas à faire partie du Conseil de l'arrondissement, et c'est vraisemblablement, à ce titre, qu'il reçut cette circulaire :

« Le Ministre de la Police générale.

« Paris, le 4 messidor, an V.

« L'article 41 de la loi du 28 prairial, an IV, fixe, citoyen, le renouvellement des élections des officiers de la garde nationale, au 1er décadi de germinal de chaque année; mais les élections ordonnées par la constitution, qui ont eu lieu le 1er du même mois, et qui ont pu être prolongées au-delà du 10, ont peut-être causé quelque dérangement dans l'exécution précise et littérale de la loi.

« Je n'ai sûrement pas besoin de vous rappeler, que vous êtes spé

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