Isabelle de Charrière: une correspondance au seuil du monde moderne

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Rodopi, 1995 - Social Science - 162 pages
Ceci ne sont ni des querelles maritales ni des querelles d'amants. Comment font-elles pour tre se vives? J'ai en ceci un air tr s ridicule, mais tout en le sentant tr s bien je vais mon chemin et dis ce que je pense... (8 novembre 1794)Il y a dans mon d tachement de vous de quoi faire un des plus beaux attachements qu'on voie... (19 mars 1796)Souffrir fait trop de mal. Je semble dire une sotisse, mais non, car le mal que fait la souffrance ne finit pas avec elle. Elle laisse un branlement, une irritabilit g n rale et un certain chagrin sur les dures conditions sous lesquelles nous sommes admis vivre... (21 mai 1797)Je n'ai jamais t de l'avis de M de Chaillet relativement aux animaux. Leur bonheur vaut bien la peine qu'on le d sire et il est plus facile de l'obtenier que celui de l'homme, tre si bizarre et si compliqu que souvent on lui fait beaucoup de mal en voulant lui faire du bien... (21 f vrier 1799)Lire et crire change r ellement l'existence de l'homme. A ne consid der m me que les lettres et billets tels qu'une personne comme moi sans vocation publique les peut crire et recevoir, quelle diff rence de ne communiquer que de vive voix avec les pr sents ou aussi par crit avec les absents! Je laisse encore en doute si cette diff rence est plus en bien qu'en mal, mais toujours est-elle grande. Je suis quelquefois comme un port, un march , o il arrive et d'o il part des id es... (26 avril 1800)Soignez votre petit gar on, ma ch re Isabelle, mais ne soyez pas si en peine de lui. La vie est-elle une si belle chose qu'il faille d plorer le sort de ceux qui en sortiraient lorsqu' peine ils y sont entr s? ... (10 juillet 1804)

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Contents

Section 1
5
Section 2
13
Section 3
20
Section 4
64
Section 5
65
Section 6
96
Section 7
120
Section 8
121
Section 9
146
Section 10
154
Section 11
158
Section 12
162

Common terms and phrases

Popular passages

Page 91 - Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne. On ne la rencontre pas toujours en parlant ou en écrivant ; il est vrai néanmoins qu'elle existe, que tout ce qui ne l'est point est faible, et ne satisfait point un homme d'esprit qui veut se faire entendre.
Page 147 - Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles : On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier. Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre, Est sujet à ses lois; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N'en défend point nos rois. De murmurer contre elle et perdre patience, II est mal à propos; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos.
Page 105 - Un mal qui répand la terreur, Mal que le ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom), Capable d'enrichir en un jour l'Achéron, Faisait aux animaux la guerre.
Page 110 - On dit que je dédaigne toute conversation commune et que je crois mon esprit au-dessus de tout. On trouve aussi mauvais que je veuille savoir plus que la plupart des femmes ; et on ne sait pas que, très sujette à une noire mélancolie, je n'ai de santé, ni pour ainsi dire de vie, qu'au moyen d'une occupation d'esprit continuelle.
Page 36 - Ils sont rompus, tous mes liens, ceux qui faisaient mon malheur comme ceux qui faisaient ma consolation, tous, tous ! Quelle étrange faiblesse ! Depuis plus d'un an je désirais ce moment, je soupirais après l'indépendance complète; elle est venue et je frissonne ! je suis comme atterré de la solitude qui m'entoure; je suis effrayé de ne tenir à rien, moi qui ai tant gémi de tenir à quelque chose...
Page 22 - ... peut bien que ma conduite soit inconséquente et inconsidérée, mais du moins voilà tout mon crime. Avant mes lettres, vous vous croyiez, dites-vous, rangé dans ma mémoire comme le sont dans une bibliothèque ces livres que l'on a voulu acquérir à tout prix et qu'on n'a fait que parcourir : jamais ce ne sera là votre sort, mais vous êtes pour moi comme ces choses rares et précieuses qu'on a la folie de vouloir acquérir et conserver à tout prix, quoiqu'on n'en puisse faire usage. J'ai...
Page 39 - Vous êtes drôle avec vos minuties : c'est dommage que vos lettres ne soient pas des résumés de l'histoire romaine, et que dans ces lettres vous parliez de vous. Que n'abrégez-vous la vie d'Alexandre et de César? cela serait amusant et point minutieux.
Page 123 - Adieu. Répondez-moi une bonne longue lettre. Envoyez-moi du nectar, je vous envoie de la poussière, mais c'est tout ce que j'ai. Je suis tout poussière. Comme il faut finir par là, autant vaut-il commencer aussi par là.
Page 38 - ... qu'en vous écrivant qu'on a ce plaisir. Penser à vous dans de grandes assemblées est fort pénible et fort désobligeant pour les autres; aussi, j'ai pris le parti d'avoir toujours une lettre commencée que je continue sans ordre et où je verse, jusqu'au jour du courrier, tout ce que j'ai besoin de vous dire; tantôt une demi-phrase, tantôt une longue dissertation, n'importe. Pourvu que j'écrive à celle avec qui j'ai été si heureux pendant deux courts mois, c'est assez (-2).
Page 79 - V, mélancolique et à peu près fou; les subalternes n'ont pas mieux fini; et puis voilà à quoi aboutit une suite d'efforts, du sang répandu, des batailles sans nombre, des travaux de tout genre; et l'homme ne se met pas une fois pourtant en tête qu'il ne vaut pas la peine de se tourmenter aujourd'hui quand on doit crever demain. Thompson, l'auteur des Saisons, passait souvent des jours entiers dans son lit, et quand on lui demandait pourquoi il ne se levait pas : I sec no motive to rise, man,...

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