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l'expliquant de tous. In quo omnes peccaverunt : les huguenots, hérétiques en exceptant les enfants des fidèles. Il faut donc suivre les Pères et la tradition pour savoir quand , puisqu'il y a hérésie à craindre de part et d'autre.

LXXXI.

Le moindre mouvement importe à toute la nature : la mer entière change pour une pierre. Ainsi, dans la grace, la moindre action importe pour ses suites à tout. Donc tout est important.

LXXXII. Tous les hommes se haïssent naturellement l'un l'autre. On s'est servi comme on a pu de la concupiscence pour la faire servir au bien public. Mais ce n'est que feinte, et une fausse image de la charité; car au fond ce n'est que haine. Ce vilain fond de l'homme, figmentum malum, n'est que couvert; il n'est pas Oté.

LXXXIII.

Si l'on veut dire que l'homme est trop peu pour mériter la communication avec Dieu, il faut être bien grand pour en juger.

LXXXIV.

Il est indigne de Dieu de se joindre à l'homme misérable; mais il n'est pas indigne de Dieu de le tirer de sa misère.

LXXXV.

[Qui l'a jamais compris! Que d'absurdités !....] Des pécheurs purifiés sans pénitence, des justes sanctifiés sans la grace de Jésus-Christ. Dieu sans pouvoir sur la volonté des hommes, une prédestination sans mystère, un Rédempteur sans certitude.

LXXXVI. Unité, multitude. En considérant l'Église comme unité, le pape quelconque est le chef, est comme tout.

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En la considérant comme multitude, le pape n'en est qu'une partie. La multitude qui ne se réduit pas à l'unité est confusion; l'unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie.

LXXXVII.

Dieu ne fait point de miracles dans la conduite ordinaire de son Église. C'en serait un étrange si l'infaillibilité était dans un; mais d'etre dans la multitude, cela parait si naturel, que la conduite de Dieu est cachée sous la nature, comme en tous ses autres ouvrages.

LXXXVIII. [ De ce que la religion chrétienne n'est pas unique), tant s'en faut que ce soit une raison qui fasse croire qu'elle n'est pas la véritable, qu'au contraire c'est ce qui fait croire qu'elle l’est.

LXXXIX,

L'Écriture sainte n'est pas une science de l'esprit, inais du cœur. Elle n'est intelligible que pour ceux qui ont le cæur droit. Le voile qui est sur l’Écriture pour les Juifs y est aussi pour les chrétiens. La charité est non-seulement l'objet de l'Écriture sainte, mais elle en est aussi la porte.

XC

s'il ne fallait rien faire que pour le certain, on ne devrait rien faire pour la religion : car elle n'est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l'incertain, les voyages sur mer, les batailles! Je dis doncqu'il ne faudrait rien faire du tout, car rien n'est cer tain; et qu'il y a plus de certitude à la religion, que non pas que nous voyions le jour de demain : car il n'est

que nous voyions demain ; mais il est certainement possible que nous ne le voyions pas. On n'en peut pas dire autant de la religion. Il n'est pas

pas certain

certain qu'elle soit; mais qui osera dire qu'il est certainement possible qu'elle ne soit pas ? Or, quand on travaille pour demain, et pour l'incertain, on agit avec raison.

XCI.

Est fait prêtre qui veut l'etre, comme dans Jéroboam.

XCII. Incompréhensible que Dieu soit, et incompréhensible qu'il ne soit pas; que l'ame soit avec le corps, que nous n'ayons pas d'ame, que le monde soit créé, qu'il ne le soit pas, etc. ; que le péché originel soit, et qu'il ne soit pas. .

XCIII.

Athéisme, marque de force d'esprit, mais jusqu'à un certain degré seulement.

XCIV.

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Incrédules, les plus crédules. Ils croient les miracles de Vespasien, pour ne pas croire ceux de Moise.

xCV. La foi est un don de Dieu, Ne croyez pas que nous disions que c'est un don de raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi; elles ne donnaient que le raisonnement pour y arriver, qui n'y mène pas néanmoins.

Dieu s'est servi de la concupiscence des Juifs pour les faire servir à JÉSUS-CHRIST.

XCVI.

Abraham ne prit rien pour lui, mais seulement pour ses serviteurs; ainsi le juste ne prend rien pour soi du. monde, ni des applaudissements du monde; mais seulement pour ses passions, desquelles il se sert comme maitre, en disant à l'une, Va, et [ à l'autre, ] Viens. Sub te erit appetitus tuus. Les passions ainsi dominées sont

vertus. L'avarice, la jalousie, la colère, Dieu même se les attribue; et ce sont aussi bien des vertus que la clémence, la pitié, la constance, qui sont aussi des pas sions. Il faut s'en servir comme d'esclaves, et, leur laissant leur aliment, empêcher que l'ame n'y en prenne; car, quand les passions sont les maitresses, elles sont vices, et alors elles donnent à l'ame de leur aliment, et l'ame s'en nourrit et s'en empoisonne.

XCVII.

Notre religion est sage et folle : sage, parce qu'elle est la plus savante et la plus fondée en miracles, prophètes, etc.; folle, parce que ce n'est point tout cela qui fait qu'on en est; cela fait bien condamner ceux qui n'en sont pas, mais non pas croire ceux qui en sont. Ce qui les fait croire, c'est la croix : Ne evacuata sit crux. Et ainsi saint Paul, qui est venu en sagesse et signes, dit qu'il n'est venu ni en sagesse ni en signes, car il venait pour convertir. Mais ceux qui ne viennent que pour convaincre, peuvent dire qu'ils viennent en sagesse et en signes.

XCVIII.

Fascinatio nugacitatis. Afin que la passion ne nuise point, faisons comme s'il n'y avait que huit jours de vie.

XCIX.

De tout ce qui est sur la terre, il [le vrai chrétien ne prend part qu'aux déplaisirs, non aux plaisirs; il aime ses proches, mais sa charité ne se renferme pas dans ces bornes, et se répand sur ses ennemis, et puis sur ceux de Dieu.

ARTICLE XVII.

CONNAISSANCE GÉNÉRALE DE L'HOMME ?

I.

Voilà où nous mènent les connaissances naturelles. Si celles-là ne sont véritables, il n'y a point de vérité dans l'homme; et si elles le sont, il y trouve un grand sujet d'humiliation, forcé à s'abaisser d'une ou d'autre manière; et, puisqu'il ne peut subsister sans les croire, je souhaite, avant que d'entrer dans de plus grandes recherches de la nature, qu'il la considère une fois sérieusement et à loisir, qu'il se regarde aussi soi-même et juge s'il a quelque proportion avec elle par la comparaison qu'il fera de ces deux objets.

Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté ; qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent; qu'il regarde cette éclatante lumière mise comme une lampe éternelle pour

l'univers; que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit; et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'un point très-delicat à l'égard de celui que les astres, qui roulent dans le firmament, embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre : elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout le monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche; nous avons beau enfler nos conceptions au delà des espaces imaginables : nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses. C'est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus.

Dans le Rapport de M. Cousin et dans l'édition de M. Faugère le titre de cet article est : Disproportion de l'homme.

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