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Le hasard en apparence fut la cause de l'accomplissement du mystère.

Xxxiv. Une personne me disait un jour qu'elle avait grande joie et confiance en sortant de la confession; une autre me disait qu'elle restait en crainte. Je pensai sur cela que de ces deux on en ferait un bon, et

que

chacun manquait en ce qu'il n'avait pas le sentiment de l'autre.

XXXV.

Il y a plaisir d'être dans un vaisseau hattu de l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point. Les persécutions qui travaillent l'Église sont de cette nature.

L'histoire de l'Église doit être proprement appelée l'Histoire de la vérité.

XXXVI.

Comme les deux sources de nos péchés sont l'orgueil et la paresse, Dieu nous a découvert deux qualités en lui pour les guérir : sa miséricorde et sa justice. Le propre de la justice est d'abattre l'orgueil, quelque saintes que soient les euvres, et non intres judicium; et le propre de la miséricorde est de combattre la paresse en invitant aux bonnes auvres, selon ce passage : La miséricorde de Dieu invite à la penitence (Rom., 2,4), et cet autre des Ninivites : Faisons pénitence, pour voir si par aventure il aura pitié de nous (JOAN., 3, 9). Et ainsi, tant s'en faut que la miséricorde autorise le relâchement, que c'est au contraire la qualité qui le combat formellement; de sorte qu'au lieu de dire : S'il n'y avait point en Dieu de miséricorde, il faudrait faire toutes sortes d'efforts pour la vertu ; il faut dire, au contraire, que c'est parce qu'il y a en Dieu de la miséricorde, qu'il faut faire toutes sortes d'efforts.

XXXVII. Tout ce qui est au monde est concupiscence de la

chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie, libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi ( 1 JOAN., 2, 16). Malheureuse la terre de malédiction que ces trois fleuves de feu embrasent plutôt qu'ils n'arrosent! Heureux ceux qui, étant sur ces fleuves, non pas plongés, non pas entrainés, mais immobilement affermis; non pas debout, mais assis dans une assiette basse et sûre, dont ils ne se relèvent jamais avant la lumière, mais, après s'y être reposés en paix, tendent la main à celui qui les doit relever, pour les faire tenir debout et fermes dans les porches de la sainte Jérusalem, où l'orgueil ne pourra plus les combattre et les abattre; et qui cependant pleurent, non pas de voir écouler toutes les choses périssables, que les torrents entrainent, mais dans le souvenir de leur chère patrie, de la Jérusalem céleste, dont ils se souviennent sans cesse dans la longueur de leur exil!

XXXVIII.

Un miracle, dit-on, affermirait ma créance. On le dit quand on ne le voit pas. Les raisons, étant vues de loin, paraissent borner notre vue; mais quand on y est arrivé, on commence à voir encore au delà. Rien n'arrête la volubilité de notre esprit. Il n'y a point, diton, de règle qui n'ait quelque exception, ni de vérité si générale qui n'ait quelque face par où elle manque. Il suffit qu'elle ne soit pas absolument universelle, pour nous donner sujet d'appliquer l'exception au sujet présent, et de dire : Cela n'est pas toujours vrai; donc il y a des cas où cela n'est pas. Il ne reste plus qu'à montrer que celui-ci en est; et c'est à quoi on est bien maladroit ou bien malheureux si on n'y trouve quelque jour.

XXXIX.

La charité n'est pas un précepte figuratif. Dire que

JÉSUS-CHRIST, qui est venu ôter les figures pour mettre la vérité, ne soit vene que pour mettre la figure de la charité, pour Oter la réalité qui était auparavant : cela est horrible.

XL.

Combien les lunettes nous ont-elles découvert d'etres qui n'étaient point pour nos philosophes d'auparavant! On attaquait méchamment l'Écriture sainte sur le grand nombre des étoiles, en disant : Il n'y en a que mille vingt-deux; nous le savons.

XLI.

L'homme est ainsi fait, qu'à force de lui dire qu'il est un sot, il le croit; et à force de se le dire à soimeme, on se le fait croire. Car l'homme fait lui seul une conversation intérieure, qu'il importe de bien régler : Corrumpunt mores bonos colloquia mala (1 Cor., 15, 33). Il faut se tenir en silence autant qu'on peut, et ne s'entretenir que de Dieu, qu'on sait être la vérité; et ainsi on se le persuade à soi-même.

XLII.

Quelle différence entre un soldat et un chartreux, quant à l'obéissance ? Car ils sont également obéissants et dépendants, et dans des exercices également pénibles. Mais le soldat espère toujours devenir maitre, et ne le devient jamais; car les capitaines et, princes même sont toujours esclaves et dépendants; mais ii l'espère toujours, et travaille toujours à y venir; au lieu que le chartreux fait veu de ne jamais être que dépendant. Alors ils ne diffèrent pas dans la servitude perpétuelle que tous deux ont toujours, mais dans l'espérance que l'un a toujours, et l'autre jamais.

XLIII.

La volonté propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir de tout ce qu'elle veut; mais on est sa

tisfait dès l'instant qu'on y renonce. Sans elle, on ne peut etre que mal content; par elle on ne peut être

que content.

XLIV.

La vraie et unique vertu est de se hair, car on est haïssable par sa concupiscence; et de chercher un étre veritablement aimable, pour l'aimer. Mais comme nous ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit en nous, et qui ne soit pas nous. Or, il n'y a que l'Etre universel qui soit tel. Le royaume de Dieu est en nous (Luc, 17, 21); le bien universel est en nous-mêmes, et ce n'est pas nous.

XLV.

C'est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités; mais c'est étre superbe de ne vouloir s'y soumettre.

XLVI.

Toutes les religions et toutes les sectes du monde ont eu la raison naturelle pour guide. Les seuls chrétiens ont été astreints à prendre leurs règles hors d'euxmêmes, et à s'informer de celles que Jésus-Christ a laissées aux anciens pour être transmises aux fidèles. Cette contrainte lasse ces bons pères". Ils veulent avoir, comme les autres peuples, la liberté de suivre leurs imaginations: C'est en vain que nous leur crions, comme les prophètes disaient autrefois aux Juifs : Allez au milieu de l'Église; informez-vous des lois anciens lui ont laissées, et suivez ces sentiers. Ils ont répondu comme les Juifs : Nous n'y marcherons pas ; mais nous suivrons les pensées de notre cæur : Et ils ont dit: Nous serons comme les autres peuples.

que les

"Les jésuites.

XLVII.

Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspiration. La religion chrétienne, qui seule a la raison, n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration : ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume, au contraire ; mais il faut ouvrir son esprit aux preuves, s'y confirmer par la coutume; mais s'offrir par les humiliations aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ut non evacuetur crux Christi (I Cor., 1, 17).

XLVIII.

Jamais on ne fait le mal si pleinementet si gaiement que quand on le fait par (un faux principe de ) conscience.

XLIX.

Les Juifs, qui ont été appelés à dompter les nations et les rois, ont été esclaves du péché; et les chrétiens, dont la vocation a été à servir et à être sujets sont les enfants libres.

L.

Est-ce courage à un homme mourant d'aller, dans la faiblesse et dans l'agonie , affronter un Dieu tout-puissant et éternel?

crois

LI. que

les bistoires dont les témoins se fe

Je ne raient égorger.

LII.

La bonne crainte vient de la foi; la fausse crainte vient du doute. La bonne crainte porte à l'espérance, parce qu'elle nait de la foi, et qu'on espère au Dieu que l'on croit : la mauvaise porte au désespoir, parce qu'on craint le Dieu auquel on n'a point de foi. Les uns craignent de le perdre, et les autres de le trouver.

LIII.

Tous les païens disaient du mal d'Israël, et le pro

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