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monte au delà, ils prennent des gages, & se font donner tant par mois sur un pied modique. Que si, au bout d'un an, le Débiteur ne paie pas, on fait vendre le gage à l'encan, & on rend au maître ce que l'on en a tiré au delà de la somme prêtée. Il y a beaucoup rapport entre cet établissement, & le Prêt (c) Lombard; à cela près que celui-ci (c) Lombardia. . n'est jamais gratuit, ni fans gages. On l'appelle aiuli, parce qu’autrefois ceux qui faisoient mêtier en France de prêter à intérêt, étoient la plupart Lombards, ou Juifs, qui depuis furent bannis du Roiaume, à cause que, par leurs extorsions, & leurs usures mordantes, ils s'étoient attirez la haine publique (d). Cette forte de Prêt à usure après bien des dispu- (4 voicz"Introtes, fut enfin approuvée, par autorité publique, dans les Pais-bas, comme une chose lici- duétion à l'apon le & avantageule à l'Etat; jusques-là que les Ecclésiastiques même y font valoir leur argent dote, par H. Ede cette maniére, sans que personne y trouve à redire. Ceux qui connoissent l'Art du Né- tienne, Liv. I.

. goce, favent aussi, comment on élude la défense de prêter à usure par le moien du (3) Change fec. On peut rapporter encore ici ce que l'on appelle Moharra , d'un terme Espagnol, par où l'on entend une forte de Contract qui se fait, lors qu'un homme aiant beloin d'argent achete à crédit, au plus haut prix, des marchandises, qu'il revend sur le champ au Marchand même, qui les lui paie argent comptant sur le pied du plus bas prix (e). (e) Voicz les Lem Il y a quelque chose de plus tolérable dans un Contract fort en usage chez les Moscoviles; de Pascal," Lett. par lequel on (f) prend à crédit, pour un long terme, des marchandises que l'on revend vill. avec les sur le champ à un tiers, argent comptant, mais à un plus bas prix; soit pour paier une sous le nom de dette, dont on ne peut se décharger, fans donner un intérêc exorbitant à ceux, de qui Wendrock, Note l'on feroit forcé d'emprunter, soit pour faire un gain si considérable, que, quand le ter

(t) Oleaane du paiement des marchandises lera venu, il se trouve qu'elles nous reviennent à bon rius, liin

. Perh. marché. On ne peut cependant qu'approuver les (g) Loix Civiles, qui réglent les intérêts, Lib. 11. Cap.VII

. ne permettant pas aux Particuliers d'en prendre sur un pied aussi haut, que leur avarice le celle des? Egypdemanderoit. Mais il n'est pas injuste, à mon avis, d'exiger un plus (4) haut intérêt de tiens, dans Dich ceux, à qui l'on prête pour peu de tems, que de ceux qui empruntent pour un terine Cap. Lxxix. considérable.

(3) C'est celui, dont le paiement se doit faire dans le une coûtume des anciens habitans de la ville de Cnolle lieu même où la somme à été comptée; de sorte que en Candie, qui sera mieux placée dans ce paragraphe, c'est au fond un véritable interêt. 11 eft opposé au Chan puis qu'elle n'est autre chose qu'une manière d'eluder ge réel, qui se divise en menu, & local. "Le menu con le Prêt à usure. En cet endroit-là donc, au rapport de lifte dans le changement des especes, lors qu'on donne , Plutarque (Quaft. Grac. p. 303. B. Ed. Wech.) ceux qui par exemple, de l'argent pour de l'or, ou de l'or pour de empruntoient de l'argent à interêt, le prenoient par forl'argent, moiennant un petit profit. Le Change local c'est ce; afin, dit cet Auteur, que, s'ils refusoient de paier lors que l'on prend une certaine somme pour en faire de bonne grace l'intérêt au Créancier, celui-ci pût avoit compter une semblable en un autre lieu. Voiez sur tout contr'eux action de violence, & les faire punir plus riceci Mr. La Placette, dans le dernier Chap. de fon Trai- goureusement. Avant que de finir cette matiere, ajouté de l'Intérêt.

tons encore un mot, après Mr. La Placette, (Chap. XXV.) (4) La raison .en eft, & l'Auteur ne devoit pas ou sur ce que l'on appelle Bodemerie , ou grolle aventures blier de le dire, que, bien que l'intérêt paroisse alors Cette forte de Contract conliste à prêter de l'argent sur exceflif, c'est néanmoins peu de chose pour l’Emprun un Vaisseau marchand, fous cetce condition, que le teur , qui ne paiant l'intérêt que pour un terme fort Créancier se charge des risques, & perde son argent , au court, emploie d'ordinaire cet argent à des usages, cas que le Vaisleau, ou les marchandises, sur quoi il d'où il lui revient un profit beaucoup plus considerable prête, viennent à perir. Comme le Creancier hazarde que ce qu'il donne au Créancier. D'ailleurs, outre que toûjours beaucoup par là, il exige aussi un interêt beaules sommes, qu'on emprunte pour peu de tems , sont le coup plus haut que l'ordinaire, & proportionné aux rifplus souvent de petites sommes, dont l'intérêt ; paié ques auxquelles il s'espole. Le Droit Civil le permet, sur le pied ordinaire, se réduiroit presque à rien, & ne Digest

. Lib. XXII. Tit. II. De Nautico fænore ; & il n'y a vaudroit pas la peine que prendroit le Creancier ; il là rien d'opposé au Droit Naturel. Car, enfin les rifpeut arriver, que, dans ce petit intervalle, il perde ques, auxquels le Prêteur s'expose, font fusceptibles l'occasion de placer son argent pour long tems, ou d'en d'estimation : & par conséquent il peut, d'un côté, s'y faire quelque profit considerable, dequoi il ne seroit de exposer, moiennant un certain prix; de l'autre, ftipudommagé en aucune maniere , li on ne lui paioit un ler ce prix de ceux en faveur de qui il court un tel danplus haut intérêt , qu'il n'en prend d'une personne à qui ger. En un mot, un tel traité n'a rien de plus oppose à il donne son argent pour un terme conliderable. Au la Justice, que le Contract d'assurance, dont on parlera tefte, nôtre Auteur rapportoit ci-dessus (8. 4. à la fin) dans le Chap. IX. 8. 8.

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Diverses manié- §. I. E Contra&t de Société fe fait, lors que deux ou plusieurs personnes mettent en com-
res de contracter
Société.

mun leur argent, leurs biens, on leur travail, à la charge de partager entr’ent
le gain (1) 6 de supporter la perte qui en arrivera, chacun à proportion de ce qu'il contri-
bue du sien. De sorte que, s'ils ont tous fourni une égale somme d'argent, le gain & la
perte se partagent aussi également (2): mais, li l'un a donné plus, l'autre moins, chacun
y entre pour la part, selon la Proportion Géométrique. La même chose a lieu, lors que
deux ou plusieurs personnes associées pour leur travail, prennent également, ou inégale-
ment de la peine; ou lors que l'un y est pour la peine (3), l'autre pour son argent; ou en-

fin lors que chacun contribue & de son argent & de la peine.
On compare l'ar 9. II. QUAND on vient à se séparer, li chacun des Associez n’a fourni que de l'argent,
gent avec la pei- il retire d'abord autant qu'il avoit donné, & prend ensuite, à proportion, la part du gain.
maniéres. Mais si l'un a donné fon argent, & l'autre fa peine, il faut voir sur quel pied ils s'étoiene

associez. Car lors qu'on met en commun, d'un côté le travail & l'industrie, de l'autre seu-
lement l'usage d'une certaine somme; celui, qui fournit l'argent, n'en rend pas

l'autre
Associé copropriétaire, il s'engage seulement à partager avec lui le gain qui proviendra de
cet argent & de ce travail joints ensemble, à proportion de ce que chacun a contribué. En
ce cas-là, comme d'un côté celui, qui n'avoit fourni que la peine, n'entre point, lors que
la Société finit, en portion de la fomme qui a fait le premier fonds du commerce; de l'au-
tre, celui, qui avoit fourni cette somme, en étant seul légitime propriétaire, il faut qu'il
en soit remboursé avant toutes choses, mais aussi, si elle vient à se perdre, c'eft pour son
coinpte. Ainsi, dans une telle Société, on compare avec la peine de l'un des Affociez, non
pas le fonds même de l'autre, mais les risques que celui-ci court de perdre fon argent, &
le gain qu'il pouvoit vraisemblablement espérer d'en retirer. De sorte que, s'il s'agit de
partager le profit entre deux Associez, dont l'un a fourni, par exemple, mille Ecus, &

l'au-
S.I. (1) Sicuti lucrum, ita damnum quoque commune leurs, qui lui prennent fes hardes, ou son argent, ou
effe oportet, quod non culpa focii contigit. Digeft. Lib. XVII. qui lui bleflent un Esclave; il sera dedommage de cette
Tit. II. Pro focio, Leg. LII. §. 4. Ainsi il faut ajoûter perte sur le fonds commun. Quidam Sagariam negotiatio-
cette reftri&ion, que la perte ne soit pas arrivée par la fau nem coserunt : alter ex his ad merces comparandas profectus,
te d'un des Alociez; car alors cet Associé en eft respon in latrones incidit , suamque pecuniam perdidit : servi ejsas
sable, en sorte qu'il ne fauroit légitimement prétendre vulnerati funt , resque proprias perdidit : Dicit Julianus,
compenser une perte, qui est lettet de fa négligence, damnur effe commune , ideoque actione pro socio damni
par les services qu'il peut avoir rendus d'ailleurs à la partem dimidiam agnosiere debere, tam pecunia , quàm re-
Société, puis qu'il étoit tenu, par le Contract , de pro rum ceterarum, quas fecum non tuliffet socius, nisi ad
curer l'avantage commun de ses Allociez. Si focius qua merces communi nomine comparandas proficisceretur. Leg.
dam negligenter in societate egisset, in plerisque autem ro-

LII. S. 4
rietatem auxiffet, non compensatur compendium cum negli (1) Καθάπερ ά χρημάτων κοινωνία αλεία λαμβάνεσιν οι
gentia. ibid. Leg. XXVI. Voiez aussi Leg. LXXIU. &, Guu62226efuse ahela &c. Aristot. Ethic. Nicom. Lib.
sur toute cette matiére, les Loix Civiles dans leur ordre VIII. Cap. XVI. Voiez Quintilien, Declam. CCCXX.
naturel, par Daumat, Part. 1. Liv. I. Tit. VIII. Pour la C'est en ce sens qu'il faut entendre la Loi XXIX. princ.
Loi LX. S. 1. que nôtre Aureur citoit , elle est très-dure du Titre , qui vient d'être cité, laquelle porte, que,
& tres-injuste. Car elle veut , qu'un associé , après fi les portions de perte & de gain ne font pas réglées
avoir ete blesse par un Esclave, qu'il poursuivoit, & qui par le Contract de Société, elles seront égales. Si non
appartenoit à la Societé, se faste traiter à ses propres de fuerint partes societati adjecta , aquas eas effe conftat. Cela
pens; parce, dit-on, qu'encore que cet accident lui soit paroit par la Loi VI. Conveniens eft viri boni arbitrio, ut
arrive à l'occasion de la Societé, ce n'est pas pour la So non utique ex aquis partibus focii simus, veluti fi alter plus
cieté même que se fait cette dépense. Mais n'est-ce pas opera, industria, pecunia in societatem collaturus fita
en faisant les affaires de la Société que cet homme-la a (3) Nam & ita coiri poffe Societatem non dubitamus, ut
été bletlé ? Cette décision est li visiblement fause, qu'el alter pecuniam conferat, alter non conferat, & tamen lue
le se trouve dementie par une autre Loi du même Titre, crum inter eos commune fit: quia sapè opera alicujus pro pe-
ou l'on dir, que si un Associé allant en voiage pour les cunia valet. Infticut. Lib. III. Tit. xxvI. De Sarietate,
affaires de la Societé, combe entre les mains des vo-

S. III,

l'autre un travail qui n'en vaut que cent, il ne faut pas simplement donner à celui-ci un dixiéine : mais plåtôt on doit comparer cette peine avec ce à quoi peuvent se monter les risques, auxquelles l'autre a exposé son argent, & avec le gain qu'il avoit lieu de s'en promettre; &, si cela ne va pas au delà de cent Ecus, alors chacun aura une portion égale du profit. Le plus court est néanmoins de faire l’estination de ces risques & de ce gain, sur le pied des intérêts ordinaires qui se donnent pour un argent prêté. Ainsi, supposé que les intérêts soient fixes, à six pour cent, si l'un des Associez aiant fourni inille Ecus, la peine de l'autre en vaut soixante, le gain doit être partagé également. Mais quelquefois on met en commun le travail & l'argent de telle maniére que celui, qui donne la peine, devient copropriétaire de la somme même que l'autre fournit; & alors la valeur du travail étant censée jointe à l'argent pour ne faire qu'un seul tout ou un seul fonds, on compare le travail avec l'argent, 'en sorte que celui, qui ne fournit que la peine, a part aux deniers du fonds à proportion de ce qu'elle vaut. Sur quoi pourtant il faut supposer, que l'argent aît été emploié à acheter des inarchandises non-travaillées, que cet Allocié a façonnées & mises en cuvre. Par exemple, si j'ai donné cent Ecus à un drappier pour acheter de la laine crue, dont il a fait du drap, & que la peine de cet ouvrier vaille aussi cent Ecus; il est clair que le drap, appartient égaleinent à lui & à inoi, & que chacun de nous doit avoir (a)Voicz Grotius, une portion égale de ce qu'il lera vendu, sans que je puisse d'abord me rembourser de l'ar- lib. 11. Cap. XIL

S. 24. num. 2. gent que j'ai fourni, & partager ensuite le reste avec le drappier (a).

$. III. Il faut remarquer ici, que l'on peut quelquefois, fans injustice, stipuler qu'un Des Sociétez is des Associez aura part au gain (1); sans entrer pour rien dans les pertes. Mais c'est alors régulières. une Société irréguliére, qui tient quelque chose du Contract de Société, & de celui d'Asürance. Pour y garder une juste égalité, il faut que celui, qui se charge seul des risques & périls, aît une portion de gain plus grande (2), à proportion de ce à quoi fe monte l'avaniage qui revient aux autres associez d'être déchargez, ou en tout, ou en partie, des pertes qui peuvent arriver par mille accidens iinprévus. Mais il est contre la nature des Sociétez, que l'un des Allociez souffre des pertes (3) fans avoir aucune part au profit; toute Société le contractant en vûe de quelque utilité que l'on s'en promet,

S. IV. On met quelquefois en (1) commun tous ses biens généraleinent; & alors, tant De la Société de que la Société dure, chacun des Allociez peut prendre du fonds commun, selon la con- ralement. Dedition, & autant que le permettent les Loix d'une fage économie, ce qui lui est néceslaire voirs des Allopour sublister honnêtement, lui (2) & les fiens. Mais comine il peut arriver bien des cas, qui leur falfent prendre envie de le séparer (3); ils doivent, en s'associant, régler d'avance quelle portion du gain reviendra à chacun. Sur quoi (a) Grorius dit, que, dans une (a) vbi fuprà, Société de rous biens généralement, il ne faut pas comparer ensemble le profit, qui se trouve provenir par hazard des biens de l'un ou de l'autre; 'mais celui que chacun avoit lieu vraisemblablement d'en esperer, c'est-à-dire, que l'on régle ordinairement les parts selon qu'on croit qu'il reviendra plus ou inoins de gain des biens de chacun, ou de leurs accefloires, & non pas en sorte que, dans le partage chacun prenne d'abord les biens, qu'il avoit ap

por$. III. (1) Contra Quinti Mucii sententiam obtinuit , ut (3) Aristo refert , Callium respondisse, societatem talem illud quoque conftiterit, poffe convenire, ut quis lucri par coiri non poffe , ut alter lucrum tantum , alier damnum fentem ferai, de damno non teneatur. Bien entendu, que, si, firet : & hanc focietatem leoninam folitum appellare .. dans plusieurs affaires de la Société, il y a du gain d'un Iniquisimum enim genus societatis eft, ex qua quis damcôte , & de la perte de l'autre, on ne tient pour gain

num, non ctiam lucrum specter. Ibid. S. 2. que ec qui reste, la déduction des pertes étant faire. S. IV. (1) Societates contrahuntur five univerforum boQuod tamen ita intelligi oportet, ut si in alia re lucrum , norum, five negotiationis alicujus, five vectigalis, five in alia damnum illarum fit; compenfatione facta , folum ,

etiam rei unius. Ibid. s. s. quod fupereft, intelligatur lucro ejle. Inftit. ubi fupra , .2. Voiez Dig. Lib. XVII. Tit. II. Leg. XXIX, S. 1.

(2) Si focietatem univerfarum fortunarum ita coierint, (2) Quod ita demum valebit,... ftansi ft opera , quan

ut quidquid erogaretur, vel quareretur , communis lucri

atque impendii effer, ea quoque , qua in honorem alteaj damnum est : plerunque enim tanta eft indufria socii, rius liberorum erogata sunt, utrinque imputanda. Ib. Leg. ut plus focietati conferat, quam pecunia ; item li soius na. viget, fi Soins peregrinetur, pericula fubeat folus. Digeft. (3) Nulla focietatis in aternum coitio eft. ibid. Leg.

(1) Voo

ciez.

num. 3.

LXXIII.

LXX,

13

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11 y a des Con- s. 1. & dans lesquels on fait quelque convention au sujet d'un événement incertain, ou

portez dans le fonds commun, & ensuite ce qu'ils ont produit par eux-mêmes. En effet,
l'intention de ceux, qui mettent leurs biens en commun, est que chacun des Affociez ait
part au gain qui provient des biens des autres.

Les Associez fe doivent réciproquement une entiére fidélité (+), & une aussi grande ap-
plication à ménager les affaires de la Société, que celle qu'ils apportent à leurs propres af-
faires. Sur quoi il y a un beau passage de Ciceron: (s) C'est, dit cet illustre Orateur, une
des plus grandes infamies, que de tromper en la moindre chose un homme avec qui l'on s'est
affocié, dans l'espérance qu'il nous aideroit à prendre foin de nos biens. A qui se fiera-i-on,
si l'on est trompé par ceux-même , sur la bonne foi de qui on se repose entiérement ? Les
crimes, qui méritent d'être punis avec le plus de rigueur, ce font ceux contre lesquels il est
le plus difficile de se précautionner. On peut se garder des étrangers

. Il est impossible que ceux, avec qui l'on est familier, ne voient bien des choses : ce ne font pourtant pas toujours les plus secrettes. Mais le moien d'éviter les friponneries d’un Associé? Un seul foupçon de sa mauvaise foi bleffe ce que l'on doit à une personne avec qui l'on a contracté une liaison de cette nature. C'est donc avec raison que nos Ancêtres regardoient comme un très-malhonnête homme, celui qui avoit trompé fon Affocié.

Au reste, quoi que le bien de la paix demande, que l'on ne soit pas forcé de demeurer toûjours dans une Société, où l'on est une fois entré; cependant la fidélité extrême, que les Associez se doivent réciproquement, ne permet pas qu'aucun d'eux veuille rompre luiseul le traité à contreteins, & au préjudice des autres (6).

(4) Venit autem in hoc judicium pro socio bona fides. junxisse , qui cum altero rom communicavit. Ad cujus igie
Ibid. Leg. LII. $. 1. Cum in Societatis contractibus fides tur fidem confugiet, cum per ejus fidem læditur , cui se
exuberet &c. Cod. Lib. IV. Tit. XXXVII. Pro Socio, Leg. commiserit? Atqui ea sunt animadvertenda peccata maxi-
III. Socius socio utrum eo nomine tantum teneatur pro focio me, quæ difficillimè pracaventur. Telti effe ad alienos possue
actione , fi quid dolo commiserit, ficut is qui deponi apud mus : intimi multa apertiora videant neceffe eft. Socium vea
So passus eft; an etiam culpa, id eft, desidie atque neglio ro cavere qui poffumus ? quem etiam fi metuimus , jus of-
gentia nomine : quasitum est. Prævaluit tamen , etiam cul ficii ladimus. Rectè igitur Majores eum, qui sociuen fefel-

& nomine teneri' eum. Culpa autem non ad exactiffimam liffet, in virorum bonorum numero non putarunt haberi opore
diligentiam dirigenda est. Sufficit enim talem diligentiam tere. Orat. pro Sext. Rofc. Amerino, Cap. XL.
communibus rebus adhibere facium , qualem suis rebus ad-

(6) Labeo

fcribit, fi renunciaverit Societati unus bibere folet. Nam qui parum diligentem focium fibi adsu ex sociis eo tempore, quo interfuit focii non dirimi societamit; de se queri , sibique hoc imputare debet. Inftit. ubi tem, committere eum in pro focio actione. Nam so emimus fuprà, s. 9. Les Jurisconsultes Romains disent aussi, que mancipia, initå societate, deinde renuncies mihi eo tempoPassociation est une espece de fraternité. Societas jus re, quo vendere mancipia non expedit , hoc cafu, quia deo quoddam fraternitatis in fe habet. Digeft. ubi fuprà , Leg. teriorem caufam meam facis , teneri te pro Socio judicio, LXIII. princip.

Digeft. ubi fuprà, Leg. LXV. §. 5. Voiez le reste de ceto (s) in rebus minoribus focium fallere turpissimum est....

te Loi. regue injuria : propterea quod auxilium fibi se putat ad

CH A P I T R E IX.

Des Contracts il entre du hazard.

L Ne reste plus qu'à parler, en peu de mots, des Contracts où il entre da hazard, ventions, ou il entre du hazard. bien on consent de part & d'autre de s'en rapporter à un cas fortuit

. Quelques-uns de ces Contracts ne supposent en aucune maniére le Prix des choses. Cependant, comme la plùpart ne sauroient être conçûs sans un tel établissement, nous traiterons ici de tous à la

fois. Du Sort, dont on

§. II. Il y en a de publics, & de particuliers. Les premiers se font, ou dans la paix, 1e sert pour decider certaines ou dans la guerre. Dans la paix on se sert, parmi plusieurs Peuples, de la voie du Sort, choses en tems de paix. pour choisir les Juges, pour alligner les Gouvernemens des Provinces, pour distribuer les

Char

Charges, lors que les Concurrens (1) font égaux, & à l'égard du droit que chacun a d'y prétendre, & à l'égard du mérite ou des qualitez nécessaires pour le bien aquitter de ces forces d'emplois. Car autrement, comme le (a) sort est aveugle, si l'on s'en remet à la (a) Voiez Isocrat. décision, quand il s'agit de prononcer entre des Concurrens, dont les prétensions ne sont Areopagit. patria pas fondées sur le imême titre, on fait du tort à ceux qui ont le premier droit à ce qu'ils Philoftrar, in Vita recherchent tous en même tems : &, si leur mérite n'est pas égal, on cause du préjudice Apoll, Tamane à l'Etat.

rell. Paris, Dans toutes ces occasions, li l'on tire au fort, du libre consentement des intéressez, il y a une Convention, ou une espece de Compromis, par lequel ils s'engagent d'un commun accord à en passer, sans plainte & fans murmure, par la décision du Sort. Mais lors qu'un Supérieur l'ordonne en matiére de choses qu'il pouvoir absolument décider de sa pure auttorité, c'est lui-même qui se détermine à se régler sur le Sort, afin qu'on ne croie pas qu'il donne quelque chose à ses passions, & à ses inclinations particuliéres

. Au reste, le but que l'on se propose en faisant tirer au fort, n'est pas, ni ne doit pas être, de connoître la volonté de Dieu d'une maniére (2) extraordinaire; à moins qu'il n'aît lui-même expressément ordonné d'avoir recours à cette voie: mais seulement de prévenir ou de terminer (b) les disputes & les querelles; d'éviter la haine de celui, qui se voit frustré de ses (b) Voicz Prom

verb. XVIU, 18 espérances; & de faire en sorte qu'il n'aît pas le moindre sujet de se plaindre de l'injustice de la sentence, & de la partialité ou de la tyrannie du Supérieur. „Mais, quand il s'agit d'un procès, dont la décision doit être suivie de quelque peine infligée à celui qui perd sa cause, il est ridicule de s'en rapporter au Sort, ou à quelque chose de semblable, dans quoi il entre du hazard. En effet, toute juste punition suppose un crime coinmis , & dont le criminel soit convaincu par des preuves claires & certaines. Or le Sort n'est pas

de luia même propre à découvrir la vérité; & on ne sauroit dire, que, sur quelque personne qu'il tombe, il puisse faire en sorte, qu'un homme n'ait pas commis ce qu'il a commis, ou qu'il aît cominis au contraire ce qu'il n'a pas commis. Cependant, si plusieurs se trouvent également coupables d'un même crime, pour lequel on ne juge pas à propos de les punir tous; rien n'empêche qu'on ne les false tirer au fort, pour choisir de cette maniére ceux qui seront exemts de la peine, qu'ils ont tous méritée,

Dans les affaires des Particuliers le Sort est aussi fort en usage, quand il s'agit du partage d'une (3) succession; ou lors qu'il faut adjuger un bien, qui ne peut être pollědé que par indivis, 'à une seule personne entre plusieurs, qui y ont le même droit, ou charger d'une chose onéreuse, inais indivisible, une personne qui n'est pas plus obligée, que plusieurs alltres, de s'y assujettir.

§. III. La Guerre a aussi ses Conventions, où il entre du hazard, ce qui se voit non Des Convenseulement lors que l'on reinet la fin de la guerre au succès d'une bataille, ou d'un (a) combat de deux ou plusieurs Champions choisis de part & d'autre; mais encore lors qu'il s'agit lesquelles il end'envoier un Capitaine (b) dans un poste dangereux, où plusieurs autres sont aussi capa-tre du haz bles que lui de fe bien défendre, sans qu'aucun aît de raison particuliére pour s'en exculer. Lib. 11. C.xxin. On peut dire mêine, que dans toute Guerre réglée, (du moins dans celles, où les deux s. 10.& Lib. III. Partis se font engagez, après avoir rejetré l'un & l'autre les propositions d'accommodement) b) 'voicz Homer,

il iliad, VII, 171. S. IL (1) 'Er' icain god šolxts

très bien Mr. Le Clerc dans ses judicieuses Réflexions sur Inaceats.

ce que l'on appeile Bonheur, d Malheur, en matiére de LotCallimach. Hymn. in Jovem,v. 63, 64.

terics &c. Chap. VIII. On fera bien de lire tout ce petit C'est quand les choses sont égales qu'il faut tirer au sort. Voiez Ouvrage. Voicz ausli Mr. La Placeite, dans fon Traité Justin, L. I. C. X. num. 2. & L. XVIII. C. III, num. 9, 10. des Jeux de Hazard, Chap. II.

(2) Ceux qui croient que Dieu est l'auteur des pro (3) Voiez Ps. XVI, 6. Mais les deux autres passages, dučions du Sort, alléguent ce passage des Proverbes, XVI. que notre Auteur citoit , savoir Nombres, XXXIV, 1333. On jetre le Sort dans le sein, (c'est-à-dire, dans le Jofué, XIV, 2. regardent une de ces occasions rares & creux de quelque vase) & tout son jugement (ou sa déci extraordinaires, ou Dieu prélide sur le Sort: car chafoon) of de l'Eternel. Mais, selon le ftile de la Langue que Tribu eût ses terres precisement dans les lieux où Sainte, cela veut dire seulement, que les hommes ne jaccb (Genef. XLIX.) & Meise (Deut. XXXIII.) avoient font point maitres des effets du Sort i comme le prouve predit qu'elles seroicut placées.

tions concernant la Guerre, dans

.

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