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Pr. 129.–LA TABLE EST L'ENTREMETTEUSE DE L'AMITIÉ.

CEUX QUI TROUVENT MAUVAIS QU'ON PARLE MAL DES MÉCHANTS, SONT DES MÉCHANTS.- Vanieres.

HEURES DORÉES.

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de ces prisons qui étaient closes par des portes faites d'une
seule pierre qui s'ouvraient en roulant sur elles-mêmes lors-
qu'on les faisait mouvoir ; ces portes rendaient un son
plaintif et prolongé, écho naturel de la plainte de la vic-
time.

Chaque jour apportait au malheureux ses angoisses, cha-
que nuit son agonie.

Dans les cachots, il y avait une partie plus profonde ou
plus retirée qu'on nommait oubliettes ; c'est dans ce lieu
qu'on descendait ceux qui étaient condamnés à une prison
perpétuelle. Ceux qu'on y enfermait, ne paraissant plus,
étaient entièrement oubliés. D'autres fois, le supplice des
oubliettes consistait dans un jeu de lames tranchantes qui,
en un instant, coupait la victime par morceaux.

Le château de Blois renfermait des oubliettes dont on
montre encore l'emplacement. Les rois et les ministres
n'ont
pas

reculé devant le secours que ces affreux supplices
pouvaient prêter à leur tyrannie.

Le cardinal de Richelieu se défaisait, disait-on, des gens
qu'il n'osait ou ne pouvait attaquer publiquement, en les
comblant de caresses et de marques d'amitié. La dernière
preuve était de les faire sortir par un escalier dérobé, au
milieu duquel était une bascule que ce ministre avait la
bonté de lâcher lui-même. On tombait alors dans un puits
qui avait cent pieds de profondeur. Les premiers qui l'es-
sayèrent furent ceux qui l'avaient creusé.

Le spéculateur qui acheta le château de Bagneux-Riche-
lieu trouva, dans les démolitions, un puits, dont l'ouverture
était bouchée, et dans lequel étaient les ossements de plus
de quarante cadavres, avec les débris de leurs vêtements,
montres, bijoux, argent.

Dans les temps modernes, la Bastille et Vincennes en
France, le Spielberg en Autriche, et les mines de Strolof en
Sibérie, ont été des monuments de la barbarie surgissant à
une époque de civilisation.

Masers de Latude, en réparation d'une faute qui méritait
un léger châtiment, fut arrêté sous le règne de Louis XV et
conduit à la Bastille. Au bout de quelques mois, transféré
au donjon de Vincennes, il parvint à s'échapper ; ce trait
d'audace lui attira la colère de ses persécuteurs, et, repris
et ramené à la Bastille, il ne tarda pas à s'évader de nou-

LE DERNIER DES MENDIANTS EST UN HOMME COMME LE ROI.-Le Grand Frédéric.

Pr. 130.- ENTERRER LA SYNAGOGUE AVEC HONNEUR.

Pr. 131.-C'EST UN SYCOPHANTE. (CALOMNIATEUR, IMPOSTBUR.)

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veau.

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À MESURE QUE L'ON VIT PLUS, ON DOIT PARDONNER DAVANTAGE.-La Harpe.

HEURES DORÉES. Les “ Mémoires de Latude” peuvent seuls faire comprendre les moyens à l'aide desquels le patient et courageux prisonnier parvint encore une troisième fois à recouvrer sa liberté. Arrêté en Hollande au moment où il allait s'embarquer pour les Indes, il fut ramené de nouveau dans son cachot, chargé de chaînes, et surveillé avec la plus mi. nutieuse attention. Le captif sut encore se procurer la liberté pour quelques moments. Vingt ans de sa vie s'épuisèrent dans cette lutte ; enfin il fut rendu au monde à l'époque de la révolution de 1789, et mourut, à Paris, en 1805, à l'âge de 80 ans.

Les infortunes du trop célèbre baron de Trenck peuvent faire le pendant aux malheurs de Latude. Le baron de Trenck, sujet de Frédéric II, accusé à tort d'entretenir des relations avec un de ses parents qui servait dans les armées ennemies, fut jeté dans les cachots. Ingénieux, comme Latude, et, comme lui, l'objet d'une rigide surveillance, il réussit plusieurs fois à briser ses chaînes, mais il fut aussi ramené dans les fers. Sa captivité fut longue et douloureuse, mais son énergie ne faillit pas, et le jour de la liberté brilla pour lui après de longues années de souffrance. Il devint l'ami de Latude ; mais il avait encore des jours cruels à compter... Emprisonné de nouveau dans un pays qu'il avait adopté, il mourut victime des passions révolutionnaires.

Et de nos jours on ne peut lire, sans ressentir le frisson, les cruautés exercées dans les prisons de Venise et de Milan contre des prisonniers d'état. Les noms de Galotti, de Confalorieni, de Sylvio Pellico, et de notre compatriote Andryane rappellent tout ce que le despotisme a pu exercer de plus cruel.

Quelques-unes des prisons de Paris ont eu aussi leurs monuments vivants de longue souffrance et de résignation. Avant la révolution de juillet, les étrangers, débiteurs des Français, restaient captifs à perpétuité à la prison pour dettes. Un colonel, l'Américain Svan, resta vingt-quatre années prisonnier à Sainte-Pélagie ; il ne recouvra sa liberté qu'au jour où les portes de la prison tombèrent au bruit du canon de la grande insurrection. Malheureusement la joie et l'air vif de la liberté tuèrent subitement le pauvre captif. Le 29 juillet il remerciait les hommes de

LA FLATTBRIE EST UNE MINE QUE CREUSE LE VICE POUR FAIRE ÉCROULER LA VERTU, - D'Arc.

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Pr. 182.-LE SURPLUS ROMPT LE COUVERCLE.

Pr. 133.-C'EST UN MAUVAIS SUJET.

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HEURES DORÉES. sa délivrance; le 1er août, la tombe recevait sa dépouille mortelle !

LA vertu d'elle-même est partout respectable;
Vous doublez son empire en la rendant aimable,

CHÉNIER.

RIEN N'EST, À mon AVIS, SI TROMPEUR QUE LA MINE. Campistron.-TOUT CE QUI SE MESURE FINIT.-Bossuet.

On demandait à un plaisant à quoi servent les ballons ; il répondit : à chausser les grandes jambes (les bas longs).

L'usage était autrefois parmi les gens du bon ton, lorsqu’un gentilhomme buvait à la santé d'une belle, de jeter dans le feu, pour l'honorer encore plus, quelque partie de sa parure; ses amis étaient obligés, par l'étiquette, de l’imiter, en consumant dans les flammes la même partie de leurs vêtements, quelle qu'elle fût. Un jour que sir Charles Sedley dinait en société dans une taverne, un de ses amis s'étant aperçu qu'il avait une très-belle cravate de dentelle, fit le sacrifice de la sienne en portant un toast à sa maîtresse, et sir Charles, ainsi que le reste de la compagnie, fut obligé d'imiter son exemple. Sir Charles supporta sa perte avec le plus grand sang-froid, en observant que la plaisanterie était fort bonne, mais qu'il aurait son tour. Le lendemain, la même compagnie se trouvant réunie, Sedley, au moment où il porta le toast à l'une des beautés du jour, appela le garçon de la taverne et lui ordonna de faire monter un dentiste qu'il avait mandé exprès. A peine le dentiste fut-il entré, qu'il se fit tirer une mauvaise dent dont il souffrait depuis fort long-temps. Les règles de la bonne société exigeaient que chacun de la compagnie suivît son exemple. Ils le prièrent de vouloir bien ne pas exiger rigoureusement l'exécution de la loi ; mais les remontrances furent vaines, et tous ses amis furent obligés de se mettre sous les mains de l'opérateur ; et comme ils faisaient les grimaces ordinaires en pareil cas : Messieurs,” leur dit Sedley, “je vous avais bien dit que je m'amuserais à mon tour.”

c'est n'AVOIR RIEN QUE N'AVOIR QUE POUR 801. De Florian.-ON NE FAIT BIEN QUE CE QU'ON PAIT SOI-MÊME.Bonaparte.

ÉNIGME 10.
Nous sommes bien des sæurs à peu près du même âge,
Dans des rangs différents, mais d'un semblable usage.
Nous avons en naissant un palais pour maison,
Qu'on pourrait mieux nommer une étroite prison :
Il faut nous y forcer pour que quelqu'une en sorte,
Quoique cent fois le jour on nous ouvre la porte.

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Pr. 134.- POINT D'ARGENT, POINT DE SUISSE. (NO SILVER, NO SERVANT.]

Pr. 135.-QUI N'A SUFFISANCE N'A RIEN.

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" Je

HEURES DORÉES. Un Espagnol revenant de Paris dans le temps où tout le monde y portait des bottes, rencontre sur son chemin un Français de sa connaissance à qui il demande où il va. m'en retourne à Paris.” "Et qu'y ferez-vous ?” lui répondit l'Espagnol, vous n'y trouverez sûrement plus personne, car tout le monde était botté quand je suis parti.”

Quand on veut livrer une bataille, il est de règle générale de rassembler toutes ses forces, de n'en négliger aucune; un bataillon quelquefois décide une journée.—NaPOLÉON.

CHARLES-Quirt étant venu à Paris, en 1540, par Poitiers et Orléans, François Ier lui demanda ce qu'il pensait de ces deux villes. Poitiers," répondit Charles, “ est le plus beau village qui soit au monde, et Orléans la plus belle ville.” Et

que

dites-vous donc de Paris ?” “ Paris n'est pas une ville, c'est un royaume." Qu'eût dit Charles Quint s'il eût vu Paris dans l'état où il est aujourd'hui ?

Un philosophe a dit : "Le bonheur n'est pas chose aisée ; il est très-dificile de le trouver en nous, et impossible de le trouver ailleurs."

Une femme se formalisa de ce qu'en entrant dans une société, un jeune homme dit : “ C'est Madame...elle-même.” Elle avait entendu “elle m'aime.”

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LA FUREUR DE LA GUERRE EST UNE MALADIE DES ROIS ET DES MINISTRES.- Fénélon.

LE MOINS PAUVRE des HOMMES EST CELUI QUI DÉSIRE LE MOIN8.-P. Syrus

CHARADE 10.
Du médecin et de l'apothicaire

Mon premier se passe aisément :
Veut-il se procurer un prompt soulagement,
Il cherche mon entier à ses maux salutaire;
Mais s'il n'a mon dernier, ma foi, tout est perdu;
Le remède est pour lui sans force et sans vertu.

On donnait au peuple,” dit Appion, “ dans le grand cirque, le spectacle d'un combat de bêtes, dans le plus grand appareil : comme je me trouvais à Rome, j'y courus. Les barrières levées, l'arène se couvre d'une foule d'animaux frémissants, monstres affreux, tous d'une hauteur et d'une férocité extraordinaires. On vit surtout bondir des lions d'une grandeur prodigieuse ; un seul fixa tous les regards : une taille énorme, des élancements vigoureux, des muscles enflés et raidis, une crinière flottante et hérissée,

Pr. 136.--ÉVEILLÉ COMME UNE POTÉE DE SOURIS.

LE SOUPÇON EST LA VERTU D'UN LÂCHE.-Otway.

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Pr. 137.- ALLER DE PORTE EN PORTE COMME LE POURCEAU DB SAINT-ANTOINE.

HEURES DORÉES.

71 un mugissement sourd et terrible, faisaient frémir tous les rangs des spectateurs. Parmi les malheureux condamnés à disputer leur vie contre la rage de ces animaux affamés, parut un certain Androclès, autrefois esclave d'un proconsul. Dès que le lion l'aperçoit, dit l'écrivain, il s'arrête tout-à-coup frappé d'étonnement; il s'avance d'un air adouci, comme s'il eût connu ce misérable, s'approche en agitant la queue d'une manière soumise, comme le chien qui cherche à flatter : il presse le corps de l'esclave à demi mort de frayeur, et lèche doucement ses pieds et ses mains. Les caresses de l'horrible animal rappellent Androclès à la vie: ses yeux éteints s'entr'ouvrent peu à peu, ils rencontrent ceux du lion. Alors, comme dans un renouvellement de connaissance, vous eussiez vu l'homme et le lion se donner les marques de la joie la plus vive et du plus tendre attachement. Rome entière, à ce spectacle, poussa des cris d'admiration, et César ayant appelé l'esclave: "Pourquoi," lui dit-il, es-tu le seul que la fureur de ce monstre ait épargné ?" Daignez m'écouter, seigneur,” dit Androclès, "voici mon aventure:-Pendant que mon maître gouvernait l'Afrique en qualité de proconsul, les traitements cruels et injustes que j'en essuyais tous les jours me forcèrent enfin de prendre la fuite ; et, pour échapper aux poursuites d'un maître qui commandait en ce pays, j'allai chercher une solitude inaccessible parmi les sables et les déserts, résolu de me donner la mort de quelque manière si je venais à manquer de nourriture. Les ardeurs intolérables du soleil, au milieu de sa carrière brûlante, me firent chercher un asile. Je trouvai un antre profond et ténébreux, je m'y cachai : à peine y étais-je entré que je vis arriver ce lion; il s'appuyait douloureusement sur une patte ensanglantée. La violence de ses tourments lui arrachait des rugissements et des cris affreux. La vue du monstre rentrant dans son repaire me glaça d'abord d'horreur ; mais, dès qu'il m'eut aperçu, je le vis s'avancer avec douceur : il approche, me présente sa patte, me montre sa blessure et semble me demander du se

J'arrachai une grosse épine enfoncée entre ses griffes, j'osai même en presser la plaie et en exprimer le sang corrompu : enfin, pleinement remis de ma frayeur, je parvins à la purifier et à la dessécher. Alors l'animal, soulagé par mes soins et ne souffrant plus, se couche, met sa

Pr. 138.--TOUT LE MONDE DÉSIRE LA VIEILLESSE, ET TOUT LE MONDE LA MAUDIT APRÈS L'AVOIR OBTENUE.

cours.

LA POLIE EST LA SOURCE DES EXPLOITS DE TOUS LES Héros.- Erasme.

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