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moignage que leur donne leur conscience, qu'elles s'acquittent en cela de leur devoir, et font une action louable et vertueuse, les rend plus heureuses, que toute la tristesse, que leur donne la compassion, ne les afflige.

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CONSIDÉRATION proposée à la Princesse Palatine,

sur l'entrée d'un prince de sa maison (1) dans l'église romaine.

(Tom. Jer., Lett. X.)

J'avoue que j'ai été surpris d'apprendre que

(1) Il s'agit du prince Edouard, frère de la Princesse Palatine, qui épousa en France Anne de Gonzague, fille du duc de Mantoue, et soeur de la reine de Pologne. Notre princesse eut dans la suite un autre sujet de chagrin parfaitement semhlable : mais Descartes ne put travailler à le calmer; il ne vivoit plus. La princesse Louise, sa seur , filleule de Louis XIII, touchée d'un mouvement extraordinaire de la grâce, se convertit, passa en France, s'y consacra à la vie religieuse, sous la règle de saint Bernard, et mourut abbesse de Maubuisson. C'est cette princesse qui, dans le désir de réunir les luthériens aux catholiques, et à la faveur de sa soeur, madame la duchesse d'Hanover, engagea la fameuse correspondance entre M. Bossuet et M. Leibnitz.

Descartes a fait voir, à l'occasion de cette princesse , combien il auroit été capable de tourner un compliment à la ma

votre altesse ait été fâchée, jusqu'à en être incommodée dans sa santé, pour une chose que la plus

nière des gens du monde et de la cour. C'est par les mains de cette princesse que passoit ordinairement la correspondance de sa soeur avec Descartes, et celui-ci prit de là occasion de lui dire (Lett. XVI): « En considérant que les lettres que « j'écris et que je reçois passent par de si dignes mains, il me u semble que madame votre sour imite la souveraine divinité, « qui a coutume d’employer l'entremise des anges, pour re« cevoir les soumissions des hommes, qui leur sont beaucoup « inférieurs, et pour leur faire savoir ses commandemens ; « et parce que je suis d'une religion qui ne me défend point « d'invoquer les anges, je vous supplie d'avoir agréable que « je vous en rende grâces, et que je témoigne ici que je suis « avec beaucoup de dévotion, etc. ).'

Dans la Lettre XVIJI, Descartes, qui en avoit reçu une de cette princesse, lui dit, en suivant toujours sa comparaison avec les esprits célestes :

« Madame, les anges ne sauroient laisser plus d'admiration « et de respect dans l'esprit de ceux auxquels ils daignent ap« paroître, que la lettre que j'ai eu l'honneur de recevoir avec « celle de madame votre sour en a laissé dans le mien; et « tant s'en faut qu'elle ait diminué l'opinion que j'avois, au « contraire, elle m'assure que ce n'est pas seulement le visage « de volre altesse qui mérite d'être comparé avec celui des « anges, et sur lequel les peintres peuvent prendre patron « pour les bien représenter, mais aussi que les grâces de votre « esprit sont telles, que les philosophes ont sujet de les ad« mirer, et de les estimer semblables à celles de ces divins « génies, qui ne sont portés qu'à faire du bien, et qui ne dé« daignent pas d'obliger ceux qui ont pour eux de la dévo« tion, eto. »

grande partie des hommes trouvera bonne, et que plusieurs fortes raisons peuvent rendre excusable envers les autres; car tous ceux de la religion dont je suis (qui font sans doute le plus grand nombre dans l'Europe) sont obligés de l'approuver, quoique même ils y vissent des circonstances et des motifs apparens qui fussent blâmables : car nous croyons que Dieu se sert de divers moyens pour attirer les ames à lui, et que tel est entré dans le cloître avec une mauvaise intention, lequel y a mené dans la suite une vie fort sainte.

Pour ceux qui sont d'une autre créance, s'ils en parlent mal, on peut récuser leur jugement. Qu'ils considèrent effectivement qu'ils ne seroient pas de la religion dont ils sont, si eux, ou leurs pères, ou leurs aïeuls n'avoient quitté la romaine, et ils verront qu'ils n'ont pas sujet de railler ni de nom* mer inconstans ceux qui quittent la leur.

Quant à ce qui regarde la prudence du siècle, il est vrai que ceux qui ont la fortune chez eux, ont raison de demeurer tous autour d'elle, et de joindre leurs forces ensemble pour empêcher qu'elle n'échappe; mais ceux de la maison dont elle est fugitive, ne font, ce me semble, point mal de s'accorder à suivre divers chemins, afin que s'ils ne la peuvent trouver tous, il y en ait au moins quelqu'un qui la rencontre; et cependant parce qu'on croit que chacun d'eux a plusieurs ressources, ayant des amis en divers partis, cela

les rend plus considérables que s'ils étoient tous engagés dans un seul : ce qui m'empêche de pouvoir imaginer que ceux, qui ont été les auteurs de ce conseil, aient en cela voula nuire à votre inaison. Mais je ne prétends point que mes raisons puissent faire évanouir la peine de votre altesse, j'espère cependant que le temps l'aura diminuée avant que cette lettre vous soit présentée, et jecrain. drois de la rafraîchir, si je m'étendois davantage sur ce sujet.

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LIMMORTALITÉ de l'ame, et le bonheur réservé

aux bons, est un puissant motif de consolation dans la mort de ses amis et dans sa propre mort.

(Tom. III, Lett. CXX.) J'ai expérimenté qu'il est un remède très puissant non-seulement pour me faire supporter la mort de ceux que j'ai le plus aimés, mais aussi pour m'empêcher de craindre la mienne, nonobstant que j'estime assez la vie. Ce remède consiste dans la considération de la nature de nos ames, que je pense connoître si clairement devoir durer après cette vie, et être nées pour des plaisirs et des félicités beaucoup plus grandes que celles dont nous jouissons en ce monde, (pourvu que par nos déréglemens nous

nel

ne

ne nous en rendions point indignes, et que nous ne nous exposions point aux châtimens qui sont préparés aux méchans) que je ne puis concevoir autre chose, de la plupart de ceux qui meurent, sinon qu'ils passent dans une vie plus douce et plus tranquille que la nôtre, et que nous les irons trouver quelque jour, même avec le souvenir du passé; car je trouve en nous une mémoire intellectuelle, qui est assurément indépendante du corps. Et quoique la religion nous enseigne beaucoup de choses sur ce sujet, j'avoue néanmoins avoir une foiblesse qui m'est, ce me semble, commune avec la plupart des hommes, c'est que, nonobstant que nous voulions croire, et même que nous pensions croire très-fermement tout ce qui nous est enseigné par la religion, nous n'avons pas néanmoins coutume d'être aussi touchés des choses que la seule foi nous enseigne, et où notre raison ne peut atteindre, que de celles qui nous sont avec cela persuadées par des raisons naturelles fort évidentes.

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