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a poissance de la nature..... Je me proposois « de montrer si clairement, dans un traité, « l'utilité que le public peut en recevoir, « que j'obligerois tous ceux qui désirent en « général le bien des hommes, c'est-à-dire, « tous ceux qui sont en effet vertueux, soit a à me communiquer celles qu'ils ont déjà « faites , soit à m'aider dans la recherche de « celles qui restent à faire ». Descartes a-t-il pu s'expliquer plus fortement sur l'utilité des expériences dans l'explication des lois et des phénomènes de la nature ? A-t-il pu témoigner plus de goût et d'estime pour elles ? Qu'on consulte encore ce qu'il dit sur ce sujet, à la fin du même Discours.

Mais nos censeurs seront bien étonnés , si nous leur apprenons que la fameuse expérience du Puy-de-Dôme, qui a fait tant d'honneur à Pascal , appartient plutôt à Descartes qu’à Pascal. L'expérience fut exécutée en Auvergne par M. Perrier, beau-frère de Pascal, qui étoit alors à Paris : cependant on l'attribue à Pascal et non à M. Perrier, et on lui en fait honneur avec raison; pourquoi, parce que c'est lui qui en donna l'idée à son beau

frère et qui l'engagea à la tenter. Si donc Descartes en avoit donné l'idée à Pascal, et l'avoit exhorté à la tenter par lui-même ou par un autre, d'après le même principe, ce seroit donc à Descartes qu'en appartiendroit la principale gloire : or, ce dernier fait nous paroît incontestable, et il nous semble que sur ce point on doit s'en rapporter à la déclaration positive et réitérée qu'en a faite Descartes, sans qu'il ait été contredit par Pascal ou ses amis.

Il écrivoit , le 11 juin 1649, à M. Carcavi : « Le bon P. Mersenne m'avertissoit de « toutes les expériences que lui ou d'autres « avoient faites...... Trouvez bon que je vous << prie de m'apprendre le succès d'une expé« rience qu'on m'a dit que M. Pascal avoit « faite ou fait faire sur les montagnes d'Au« vergne, pour savoir si le vif-argent monte « plus haut dans le tuyau , étant au pied de « la montagne, et de combien il monte plus «« haut qu'au-dessus. J'aurois droit d'attendre « cela de lui plutôt que de vous, parce que « c'est moi qui l'ai avisé, il y a deux ans, « de faire cette expérience, et qui l'ai assuré «que, bien que je ne l’eusse pas faite, je ne « doutois point du succès ». ( Lettres de Descartes , tome I, Lettre LXXV). .

M. Carcavi satisfit promptement le désir de Descartes. Celui-ci l'en remercia par une lettre du 17 août de la même année : « Je « vous suis très-obligé, lui dit-il, de la a peine que vous avez prise de m'écrire le « succès de l'expérience de M. Pascal , tou( chant le vif-argent. J'avois quelque intérêt « de la savoir, parce que c'est moi qui l'avoit <prié, il y a deux ans, de la vouloir faire, « et je l'avois assuré du succès, comme étant « entièrement conforme à mes principes , ( sans quoi il n'eût eu garde d'y penser , à a cause qu'il étoit d'une opinion contraire ». (Lett. LXXVII). Dans la réponse de M. Carcavi , du 24 septembre 1649, on lit ces paroles : « J'ai écrit à M. Pascal , qui n'est pas << encore de retour en cette ville, ce que vous « avez désiré que je lui fisse savoir de votre « part, touchant l'expérience qu'il a faite ». On ignore la réponse que fit Pascal. Là finit ce que nous connoissons de la correspondance de Descartes et de M. Carcavi. .

Si quelqu'un osoit soupçonner ici la bonne foi de Descartes, et observoit avec malignité que Descartes n’assure avoir donné à Pascal, l'idée de l'expérience du Puy-de-Dôme, qu'après avoir été instruit que cette expérience avoit été faite et avoit parfaitement réussi , nous serions en état de lui fermer la bouche. Dans le Traité de l'équilibre des liqueurs et de la pesanteur de l'air, par M. Pascal , nous voyons que le 15 novembre 1647, il avoit écrit à M. Perrier , son beaufrère, pour l'engager à tenter l'expérience ; mais qu'elle ne fût réellement exécutée que le 19 septembre 1648 : or, dans une lettre écrite au P. Mersenne, le 13 décembre 1647, . et, par conséquent, près d'une année avant que l'expérience ait été faite, Descartes lui disoit: J'avois averti M. Pascal d'expérimenter si le vif-argent montoit aussi haut, lorsqu'on est au-dessus d'une montagne, que lorsqu'on est tout au bas ; je ne sais s'il l'aura fait.

Cette lettre n'est point, il est vrai, dans le recueil des Lettres de Descartes : elle n'a pas encore été imprimée ; mais elle est

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conservée dans la bibliothèque de l'Institut, et fait partie des Lettres originales de Descartes au P. Mersenne, léguées par M. de la Hire à l'Académie des sciences. Nous avons vu plus haut que Descartes écrivoit, le 11 juin 1649, à M. de Carcavi, qu'il avoit avisé M. Pascal, il y avoit deux ans, de faire cette expérience. Et c'est effectivement peu de temps après cet avertissement, que M. Pasçal se donna des mouvemens pour la faire exécuter en Auvergne, puisque sa lettre à M. Perrier est du 15 novembre 1647.

Mais pourquoi M. Pascal n'a-t-il pas fait connoître le droit qu'avoit Descartes de revendiquer la première idée de cette expérience? M. Baillet (Vie de Descartes, p. 330.) donne assez à entendrequ'il n'approuve point ce procédé de Pascal : et véritablement, si un aussi grand et aussi honnête homme que Pascal pouvoit être jugé défavorablement sur les apparences , on croiroit qu'il n'en a point agi avec assez de noblesse et d'équité à l'é gard de Descartes ; on soupçonneroit qu'il étoit jaloux de sa gloire ; car, non-seulement il ne lui témoigne aucune reconnois

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