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enfoncé dans les plus profondes spéculations, auroit encore parfaitement bien écrit dans le genre badin et léger, s'il avoit voulu écrire dans ce genre, et je cité encore en preuve une lettre à Balzac (1).

(1) J'ai porté ma main contre mes yeux pour voir si je ne dormois point, écrit-il à Balzac, lorsque j'ai lu dans votre lettre, que vous aviez dessein de venir ici; et maintenant encore, je n'ose me réjouir autrement de cette nouvelle, que comme si je l'ayois seulement songée. Cependant je ne trouve pas fort étrange, qu'un esprit grand et généreux comme le vôtre ne puisse s'accommoder de ces contraintes serviles auxquelles ont est obligé à la cour; et puisque vous m'assurez, que Dieu vous a inspiré de quitter le monde, je croirois pécher contre le Saint-Esprit, si je tâchois de vous détourner d'une si sainte résolution; vous devez même pardonner à mon zèle, si je vous invite à choisir Amsterdam pour votre retraite, et à le préférer, je ne dirai pas seulement à tous les couvens des Capucins et des Chartreux, où beaucoup d'honnêtes gens se retirent, mais encore à toutes les plus belles demeures de France et d'Italie, et même à ce célèbre hermitage que vous habitiez l'année passée. Quelque accomplie que puisse être une maison des champs, il y manque toujours une infinité de commodités qui ne se trouvent que dans les villes; et la solitude même qu'on y espère, ne s'y rencontre jamais parfaitement. Je veux bien que vous y trouviez un canal qui fasse rêver les plus grands parleurs, une vallée si solitaire, qu'elle puisse leur inspirer du transport et de la joie; mais malaisément peut - il se faire, que

Il est un autre genre de mérite très-distingué qui avoisine celui que nous venons de reconnoître, et qui appartient aussi à Descartes. Le fameux P. Mersenne lui envoya le projet d'une espèce de langue universelle qui venoit de paroître , et lui demanda ce qu'il en pensoit. Ce fut pour Descartes une occasion de manifester une pénétration, une profondeur de connoissances dans cette partie, qu'on ne soupçonnoit pas, et qui nous jetté encore aujour

Tous n'ayez aussi quantité de petits voisins qui vous vont quelquefois importuner, et dont les visites sont encore plus incommodes que celles que vous recevez à Paris; au lieu qu'en cette grande ville où je suis, n'y ayant aucun homme, excepté moi, qui n'exerce le négoce, chacun y est tellement attentif à son profit, que j'y pourrois demeurer toute ma vie, sans être jamais vu de personne : je vais me promener tous les jours au milieu d'un grand peuple, avec autant de liberté et de repos, que vous en auriez dans vos allées, et je n'y considère pas autrement les hommes que j'y vois, que je ferois les arbres qui se rencontrent dans vos forêts, ou les animaux qui y paissent. Le bruit même de leur tracas n’interrompt pas plus mes rêveries, que feroit celui de quelque ruisseau. Si je fais quelque réflexion sur leurs actions, j'en reçois le même plaisir que vous auriez de voir les paysans qui cultivent vos campagnes ; car je vois que tout leur travail sert à embellir le lieu de ma de

d'hui dans l'étonnement. On sait combien souvent Leibnitz a parlé d'une langue et d'une écriture universelle, à laquelle seroit attachée une espèce d'infaillibilité de raisonnement, du moins à la faveur de laquelle les erreurs se réduiroient à des fautes de calcul. On sait encore quelle gloire et quelle importance il attachoit à la découverte de cette langue. Il assure qu'il en avoit conçu l'idée avant même de sortir du collége; et

men et à faire que je n'y manque d'aucune chose. S'il y a da plaisir à voir croître les fruits dans vos vergers, et à y être dans l'abondance jusqu'aux yeux, pensez-vous qu'il n'y en ait pas bien autant à voir venir ici des vaisseaux, qui nous apportent abondamment tout ce que produisent les Indes, et tout ce qu'il y a de rare en Europe? Quel autre lieu pourroit-on choisir , dans le reste du monde, où toutes les commodités de la vie soient si faciles à trouver qué dans celui-ci? Quel autre pays où l'on puisse jouir d'une liberté aussi entière , où l'on puisse dormir avec moins d'inquiétude, où il y ait toujours des armées sur pied, exprès pour nous garder, où les empoisonnemens, les trahisons, les calomnies soient moins connues, et où il soit demeuré plus de reste de l'innocence de nos aïeux ? etc. Tome 1er. Lettre CII. s i . ..

Remarquez encore que c'est en 1631 que Descartes écrivoit cette lettre, et qu'aucun de ses contemporains n'auroit écrit avec cette pureté de style.

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il mérite d'en être cru sur sa parole. Il dit qu’Aristote et Descartes ont été sur la voie de cette découverte, surtout Descartes dans sa manière d'analyser les idées, et il s'étonne qu'il n'ait pas été plus loin. Mais il nous semble que Descartes a été plus que sur la voie , qu'il y est entré, qu'il y a marché, en un mot, et pour parler plus clairement, il nous semble qu'il a vu le système imaginé depuis pår Leibnitz, ou du moins qu'il en a connu toute la partie fondamentale. Nous prions qu'on consulte le morceau qui termine sa réponse sur la proposition d'une nouvelle langue, et que sa longueur nous oblige de mettre en note (1)

(1) Au reste, je trouve qu'on pourroit ajouter une in, vention, tapt pour composer les mols primitifs de celle lans: gue, que pour leurs caractères; en sorte qu'elle pourroit être enseignée en fort peu de temps, et cela pár le moyen de l'ordre, c'est-à-dire, établissant un ordre entre toutes les pensées qui peuvent entrer en l'esprit humain, de même qu'il y en a un nalurellement établi entre les nombres; et comme on peut apprendre en un jour à nommer tous les nombres jusques à l'infini, et à les écrire en une langue inconnue, qui sont toutefois une infinité de mots différens, qu'on pût faire le même de tous les autres mots nécessaires pour exprimer toutes les autres choses qui tombent en l'esprit des

Qu'on compare ce morceau vraiment curieux avec ce que Leibnitz a écrit sur le

hommes. Și cela étoit trouvé, je ne doute point que cette langue n'eût bientôt cours parmi le monde, car il y a beaucoup de gens qui employeroient volontiers cinq ou six jours de temps pour pouvoir se faire entendre par tous les hommes. Mais je ne crois pas que votre auteur ait pensé à cela, tant parce qu'il n'y a rien en toutes ses propositions qui le témoigne, que parce que l'invention de cette langue dépend de la vraie philosophie; car il est impossible autrement de dénombrer toutes les pensées des hommes, et de les mettre par ordre ; ni seulement de les distinguer en sorte qu'elles soient claires et simples, qui est à mon avis le plus grand secret qu'on puisse avoir pour acquérir la bonne science. Et si quelqu'un avoit bien expliqué quelles sont les idées simples qui sont en l'imagination des home mes, desquelles se compose tout ce qu'ils pensent, et que celá fût reçu par tout le monde, j'oserois espérer ensuite une langue universelle fort aisée à apprendre, à prononcer et à écrire; et ce qui est le principal, qui aideroit au jugement, lui représentant si distinctement toutes choses , qu'il lui seroit presque impossible de se tromper; au lieu que tout au contraire, les mots que nous avons n'ont quasi que des significations confuses, auxquelles l'esprit des hommes s'étant accoutumé de longue main, cela est cause qu'il n'entend presque rien parfaitement. Or, je tiens que cette langue est possible, et qu'on peut trouver la science de qui elle dépend , par le moyen de laquelle les paysans pourroient mieux joger de la vérité des choses, que ne font maintenant les philosophes. Mais n'espérez pas de la voir jamais en usage ; cela presuppose de grands changemens

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