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consacré une partie notable de sa vie à l'étude
du corps humain : et son Traité de l'homa
me montre avec quelle application et quel
succès.
· Que d'autres traits pris dans les écrits
et la vie de Descartes ne pourrions-nous
pas citer, qui prouveroient combien gros*
sièrement ont blessé et la vérité et la jus:
tice, ceux qui ont osé dire que Descartes
n'avoit été qu'un visionnaire ! Mais pour
les confondre, et empêcher en même temps
qu'on ne l'oublie, rappelons un vaste et ma-
gnifique projet que Descartes avoit conçu,
et dont sa mort prématurée seule a empê:
ché l'exécution. Nous sommes étonnés que
M. Thomas et ses concurrens ne l'aient
point fait entrer dans son éloge. Il est vrai
que l'exécution de ce projet auroit exigé de
grandes dépenses, bien au-dessus de ses
facultés; mais un de ses amis, M. d'Alibert,
avoit promis d'y consacrer une partie de ses
immenses richesses. «Les conseils de M. Des-
« cartes alloient donc à faire bâtir dans le
« Collége royal, et dans d'autres lieux,
« qu'on auroit consacrés au public, diverses

« grandes

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«« grandes salles pour les artisans, à destiner « chaque salle pour chaque corps de métier, << à joindre à chaque salle un cabinet rempli « de tous les instrumens mécaniques néces« saires ou utiles aux arts qu'on y devoit ena seigner, à faire des fonds-suffisans, non-, (( seulement pour fournir aux dépenses que « demanderoient les expériences, mais en<< core pour entretenir des maîtres ou profes( seurs dont le nombre auroit été égal à celui ( des arts qu'on y auroit enseignés. Ces profes(( seurs devoient être habiles en mathématia ques et en physique, afin de pouvoir répon« dre à toutes les questions des artisans, leur a rendre raison de toutes choses, et leur don: ( ner du jour pour faire de nouvelles dé« couvertes dans les arts. Ils ne devoient « faire leurs leçons publiques que les fètes ( et les dimanches après vệpres, pour dona per lieu à tous les gens de métier de s'y (< trouver, sans faire tort aux heures de leur « travail; et M. Descartes qui avoit proposé « cet expédient, supposant l'agréinent de la << cour et de M. l'archevêque, l'avoit regardé « comme un moyen très-propre à les reti

:( rer de la débauche qui leur est si ordi« naire aux jours de fètes (1)». · La nouvelle philosophie de Descartes ne pouvoit s'établir que sur les ruines de l'ancienne qui régpoit depuis plusieurs siècles dans les écoles. On ne doit donc point trouver étrange qu'elle ait d'abord éprouvé tant de contradictions; il faudroit plutôt être surpris qu'elle ait été si promptement et si pleinement victorieuse. Nous allons faire connoître en peu de mots sa fortune en France, et dans les principales parties de l'Europe.

Descartes étoit l'élève et l'ami des jésuites; il semble donc qu'il pouvoit se flatter qu'ils accueilleroient favorablement sa philosophie; cependant il craignit pendant quelque temps que tout le contraire n'arrivât; inais ces inquiétudes furent bientôt calmées. Lejésuite même quiavoit fait soutenir à Paris, dans le collége de la société, des thèses où sa philosophie étoit vivement combattue, et qui par cet éclat avoit donné lieu à ses alarmes, ne tarda pas à changer de sen

(1) Vic de Descartes, page 131,

timent, et finit par adopter ses principes et lui demander son amitié. · La congrégation naissante de l'Oratoire lui fut encore plus favorable; il comptoit au rang de ses amis le cardinal de Berulle, le P. de Condren, le P. Gibieuf, et en général tous les principaux membres de la congrégation. Mais c'est dans l'Université de Paris que sa philosophie fut d'abord mal accueillie. En 1674, ce grand corps se proposoit de présenter une requête au parlement, pour demander qu'il en défendît l'enseignement dans ses écoles: M. le premier président de Lamoignon, ayant fait connoître à Boileau, dans une conversation, qu'il ne pourroit pas se dispenser de donner un arrêt conforme à la requête de l'Université (1), ce

- (1) Cette requête de l'Université ne doit point nous sur prendre. En général, il est de la sagesse d'un corps, d'être en garde contre les innovations: et il est bon d'observer que, quelques années auparavant, en 1668, les théologiens protestans de Frise dressèrent une requêle, où ils demandoient aux Etats un réglement portant, qu'aucun professeur, docteur ou maitre, quel qu'il pût être, soit dans l'Université, soit ailleurs, ne pút faire mention de la philosophie de Descartes en tout ou en partie , de parole ou par écrit, à moins que ce ne fût pour

lui-ci aidé par Racine, Bernier, et le greffier du parlement, fabriqua promptement cet arrêt burlesque, pour le maintien de la doctrine d’Aristote, qu'on voit dans ses @uvres. Cette plaisanterie arrêta tout, et ne permit pas même à la requête de l'Université de paroître.

Cependant, en même temps que le nombre des partisans de la nouvelle philosophie augmentoit, ses adversaires redoubloient de zèle et d'animosité. Leurs tentatives auprès du parlement n'ayant pas réussi, ils s'efforcèrent de prévenir et d'armer contre elle, la cour et la puissance ecclésiastique : leurs efforts ne furent point sans succès... ta.) * En 1678, l'assemblée générale de la congrégation de l'Oratoire fut avertie qu'on trouvoit mauvais que les opinions de Jansenius sur la grâcegagnassent une partie de ses membres, et que sa tolérance sur cet article compromettoit sa sûreté. L'assemblée, de concert avec M. l'archevêque de Paris, fit un régle

la réfuter. (Voyez Nicéron, Vie de Bekker, t. XXXI, p. 180.) Assurément cette requête enchérissoit sur celle de l'Univer-i sité.

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