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executé, ou par luy-même, ou par ses Capitaines, durant le cours de ces mouvemens dont toute l'Europe est ébranlée, ils ont un fujet vaste & qui les excercera longtems. Que d'autres augurent, s'ils le peuvent, ce qu'il veut achever dans cette Campagne, je ne parleque de foncour, que de la pureté & de la droiture de ses intentions ; elles font connuës, elles lui échapent , on lefelicite sur des titres d'honneur dont il vient de gratifier quelques Grands de son Etat, que dit-il.? qu'il ne peut-être content quand tous ne le font pas, & qu'il lui est impoflible que tous le soient comme il le voudroit : il sçait, Messieurs, que la fortuned'un Roi est de prendre des villes, de gagner des batailles, de reculer ses frontieres, d'être craint de ses ennemis; mais que la gloire du Souverain consiste à étre aimé de ses peuples, en avoir le cæur, & par lecæur tout ce qu'ils possedent. Provinces éloignées, Provinces voisines, ce Prince humain & bienfaisant, que

les Peintres & les Statuaires nous défigurent, vous tend les bras, vous regarde avec des yeux tendres & pleins de douceur; c'est là son attitude : il veut voir vos habitans; vos bergers danser au fon d'une flutechampêtre sous les saules & les peupliers, y mêler leurs voix rustiques, & chanter

les louanges de celuy qui avec la paix & les fruits de la paix leur aura rendu

la joye & la serenité. C'est pour arriver à ce comble de ses

fou

V

souhaits la felicité commune, qu'il se livre aux travaux & aux fatigues d'une guerre penible, qu'il essuyel’inclemence du ciel & des faisons, qu'il expose "la personne, qu'il risque une vie heureuse; voila fon secret, & les vûes qui le font agir, on les penetre, on les discerne par les seules qualitez de ceux qui font en place, & qui l'aident de leurs conseils ; je ménage leur modestie, qu'ils me permettent seulement de remarquer, qu'on ne devine point les projets de ce fage Prince; qu'on devine au contraire,

qu'on nomme les personnes qu'il va placer & qu'il ne fait que confirmer la voix du

peuple dans le choix qu'il fait de ses MiniItres: Il ne fe décharge pas entierement

sur eux du poidsdė ses affaires, luy-même, "fi je l'ole dire, il est son principal Miniftre; toûjours appliqué à nos besoins, il n'y a pour luy ny temps derelâche ny heuTes previlegiées, déjala nuit s’avanee, les gardes font relevées aux avenuës de son Palais, les Altres brillent au Ciel & font leur course, toute la nature repose, privée du

jour, ensevelie dans les ombres, noustepofons aussi, tandis que ce Roy retiré dans Ion baluftre veille feul sur nous & sur tout PEtat; tel est, Mesfieurs, le Protecteur que vous vous étes procuré,celuy de ses peuples.

Vous m'avez admis dans une Compagnie illustréc par une si haute protection: je ne le diffimúle pas, j'ay affez estiné cette distinction pour desirer de l'avoir dans toute la fleur & dans toute son integrité, je veux dire de la devoir à vôtre feul choix, & j'ay mis vôtre choix à tel prix, que je n'ay pas osé en blefler, pas même en effleurer la liberté par une importune follicitation: j'avois d'ailleurs une juste défiance de moy-même, je fentois de la repugnanceà demander d'être preteré à d'autres qui pouvoient être choisis; j'avois crû entrevoir, Messieurs, une chose que je ne devois avoir aucune peine à croire, que vos inclinations se tournoient ailleurs, sur un sujet digne, sur un homme rempli de vertus, d'esprit & de connoissances, qui étoit'tel avant le porte de confiance qu'iloccupe, & qui feroit tel encore s'il ne l'occupoit plus: je me fens touché, non de fa déference, jesçais celle que je luy dois, mais de l'amitié qu'il m'a témoignée , jusques à s'oublier en ma faveur. Ůn pere mene son fils à un spectacle, la foule y est grande, la porteeft affiegée, il est haut & robuste, il fend la presse, & comme il est prest d'entrer, il pouffe son fils devant luy,, qui sans cette précaution ou n'entreroit point, ou entreroit tard.' Cette démarche d'avoir supplić quelques-uns de vous, comme il a fait, de détourner vers moy leurs fuffrages, qui pouvoient li justement aller à luy, elle est rare, puisque dans ses circonstances elle est unique, & elle ne diminuë rien de ma re

distin

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&

336 Discours à MessićUKS, &c. connoiffance envers vous, puisque vos voix seules ,toûjours libres & arbitraires,donnent une place dans l'Academie Françoise.

Vous me l'avez accordée, Messieurs, de G bonne grace, avec un consentement Gi unanime, que je la dois & la veux tenir de vôtre seule magnificence! il n'y a ny poste, ny credit, ny richesses, ny titres, ny autorité, ny faveur quiayent pû vous plier à fairecechoix, je n'ay rien de toutes ces choses, tout me manque; un ouvrage quia eu quelque fuccés par sa singularité, & dont

les fauffes, je dis les fausses & malignes applications pouvoient me nuire auprès des personnes moins équitables & moins éclairées que vous, a été toute la mediation que j'ai emploiée,& que vousavez reçúë. Quel moyen de me repentir jamais d'avoir écrit.

FI N.

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