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tablira point sa fortune sur la ruine de ses · concurrens, qu'il sera équitable, foulage

ra ses vassaux, payera ses creanciers; qu'il ne sera ny tourbe, ny médisant ; qu'il renoncera aux grands repas &aux amours illegitimes ; qu'il priera autrement que des lévres, & même hors de la presence du Prince ; quand ailleurs il ne sera point d'un abord farouche & difficile qu'il n'aura point le visage austere & la mine triste ; qu'il ne sera point paresfeux & contemplatif, qu'il sçaura rendre par une fcrupuleuse attention divers emplois tres-compatibles, qu'il pourra & qu'il voudra même tourner son esprit & ses soins aux grandes & laborieuses affaires, à celles sur tour d'une fuite la plus étendue pour les peuples & pour tout l'Etat : quand son caractere me fera craindre de le nommer en cet endroit ,

sa modestic l'empéchera , si je ne le nomme pas , de s'y reconnoître; alorsje diray dece personnage, il est devot; ou plûtôt, c'est un homme donné à son siecle pour le modele d'une vertu sincere & pour le discernement del'hipocrite.

* Onuphre n'a pour tout lit qu'une housse de ferge grise, mais il couche sur le cotton & sur le duvet; de même il est habillé simplement, mais commodement, je veux dire d'une étoffe fort legere en elté, & d'une autre fort moëlleuse Tom. II.

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& que

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pendant l'hyver, il porte des chemises tres. déliées qu'il a un tres grand soin de bien cacher. "Il ne dit point ma haire & ma difcipline, au contraire, il passeroit pour ce qu'il est, pour un hypocrite, & il veut passer pour ce qu'il n'est pas, pour un homme devot; isest vray qu'il fait en forte que l'on croit sans qu'il le dife, qu'il porte une haire & qu'il se donne la discipline : il y a quelques livres répandus dans sa chambre indifferemment , ouvrez-les, c'est le Combat spirituel, le Chrétien interieur, & l'Année fainte; d'autres livres sont sous la clef. S'il marche par la ville & qu'il découvre de loin un homme devant qui il est neceffaire qu'il soit devot; les yeux baissez, 'la démarche lente & modeste, l'air recueilli, luy sont familiers, il jouë fon rôle. S'il entre dans une Eglise, il observe d'abord de qui il peut être vû, & selon la découverte qu'il vient de faire, il se met à genoux & prie, ou il ne songe ny à se mettre à

genoux ny à prier: arrive-t-il vers luy un homme de bien & d'autorité qui le verra & qui peut l'entendre, non seulement il prie, mais il médite, il pousse des élans & des foûpirs; li l'homme de bien se retire, celuy-cy qui le voit partir s'appaise & ne soufle pas. Il entre une autre fois dans un lieu faint, perce la foule; choisir un endroit pour se recueillir , & où tout le monde voit qu'il

s'hu

s'humilie; s'il entend des Courtisans qui -parlent, qui rient, & qui sont à la Chap

pelle avec moins de silence que dans l'antichambre, il fait plus de bruit qu'eux pour les faire taire, il reprend la meditation, qui est toûjours la comparaison qu'il fait de ces personnes avec luy-même, & où il trouve son compte. Il évite une Eglise deferte & folitaire, où il pourroit entendre deux Melles de fuite, le Sermon, Vêpres & Complies, tout cela entre Dieu & luy, & sans que personne luy en içût gré; il aime la Paroisse; il frequente les Temples où se fait un grand concours, on n'y manque point son coup, on y est vû. Il choilit deux ou trois jours dans toute l'année, où à propos de rien il jeûne ou fait abstinence: mais à la fin de l'hyver il touffe, il a une mauvaise poitrine, il a des vapeurs, il a eu la fiévre; il fé fait prier , preffer, quereller pour rompre le Carême dés son commencement, & il en vient là par complaisance. Si Onuphre est nommé arbitre dans une querelle de parens ou dans un procez de famille, il est pour les plus forts, je veux dire

pour

les plus riches, & il ne se persuade point que celuy ou celle qui a beaucoup de bien puisse avoir tort. S'il se trouve bien d'un homme opulent, à qui il a fçû impofer, dont il est le parasite, & dont il peut tirer de grands secours, il ne cajolle point fa femme, il ne I 2

luy

luy fait du moins ny avance ny declaration; il s'enfuira, il luy laissera fon manteau, s'il n'est aussi sûr d'ele

que de luy même: il est encore plus éloigné d'employer pour • Fauffe la flater & pour la seduire le jargon de la deyotion, devotion *:

; ce n'est point par habitude qu'il le parle, mais avec desfein, & selon qu'il luy est utile, & jamais quand il ne serviroit qu'à le rendré tres-ridicule. Il sçait où se trouvent des femmes plus fociable; & plus dociles que celle de son ami, il ne les abandonne pas pour longtems, quand ce ne seroit que pour faire dire de soy dans le public qu'il fait des retraites; qui en effet pourroit en douter, quand on le revoit paroître avec un visage extenué & d'un homme qui ne se ménage point. Les femmes d'ailleurs qui fleu

riffent & qui prosperent à l'ombre de la * Fausse devotion *, luy conviennent, seulement devotion.

avec cette petite difference qu'il neglige celles qui ont vieilli, & qu'il cultive les jeunes, & entre celles-cy les plus belles & les mieux faites, c'est son attraitj: elles vont, & il va; elles reviennent, & il revient; elles demeurent, & il demeure; c'est en tous lieux & à toutes les heures qu'il a la consolation de les voir; qui pourroit n'en être pas

édifié ? elles sont devotes, & il est devot. Il n'oublie pas de tirer avantage de l'aveuglement de son ami & de la prévention où il l'a jetté en la faveur; tantôt il luy

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emprunte de l'argent, tantôt il fait Gi bien que cet ami luy en offre; il se fait reprocher de n'avoir pas recours à ses amis dans ses besoins, quelquefois il ne veut pas reCevoir une obole sans donner un billet qu'il eft bien sûr de ne jamais retirer; il dit une autre fois & d'une certaine maniere , que rien ne luy manque, & c'est lors qu'il ne luy faut qu'une petite somme ;

il vante quelque autre fois publiquement la generosité

de cet homme pour le piquer d'honneur & le conduire à luy faire une grande largesse ; il ne pense point à profiter de toute sa succession, ny à s'attirer unedonation generale de tous ses biens, s'il s'agit sur tout de les enlever à un fils, le legitime heritier; un homme devot n'eft ny avare, ny violent, ny injuste, ny méme intereflé; Onuphre n'est pas devot , mais il veut être crû tel, & par une parfaite, quoy que fausse imitation de la pieté, ménager sourdement ses interêts : auslí ne se foue-t-il pas à la ligne directe, & il ne s'insinuë jamais dans une famille, où se trouvent tout à la fois une fille à pourvoir & un fils à établir; il y a là des droits trop forts & trop inviolables, on ne les traverfe point fans faire de l'éclat; & ill’apprehende; sans qu'une pareille entreprise vienne aux oreilles du Prince, à qui il dérobe la marche par la crainte qu'il

a d'être découvert & de paroître ce qu'il est: il en

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veut

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